Mobilité active et durable

Des villes à échelle humaine: pour des transports actifs et collectifs

Le 12 octobre 2016

Depuis quelques années, sur l’île de Montréal, les cônes orange se multiplient. Et les automobilistes ont beau prendre leur mal en patience, ils ne sont pas au bout de leurs peines.

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De nouvelles entraves majeures sont annoncées dans la foulée du mégachantier de l’échangeur Turcot. Et bien sûr, on doit prévoir, de temps à autre, la fermeture partielle du pont Champlain. Car il a bien besoin de travaux d’entretien, en attendant l’ouverture de son successeur. De quoi donner à plusieurs le goût d’aller voir ailleurs.

Alors, je ne vais pas vous parler de Montréal, mais plutôt de Helsinki, question de vous faire rêver un peu. Parce qu’il s’y prépare un chantier vraiment particulier. En effet, la capitale finlandaise vient d’annoncer qu’elle se lance dans la construction, non pas d’un pont, mais de trois ! L’un d’entre eux, avec sa travée de 1,2 km, va même devenir le plus long pont de Finlande. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est qu’aucune voiture automobile ne pourra circuler sur ces ponts !

Priorités aux piétons et aux cyclistes

Trois ponts, donc, qui seront strictement réservés aux tramways, aux cyclistes et aux piétons. Ils serviront principalement à améliorer le réseau de tramways de Helsinki en reliant directement le centre-ville aux banlieues est. Mais, ils vont aussi compléter un important réseau cyclable de plus de 1 200 km et qui fait déjà la réputation de cette capitale nordique.

Vu d’ici, en Amérique du Nord, il y a de quoi s’étonner, mais pour les Helsinkois, c’est probablement moins surprenant. En effet, dans cette ville pourtant nordique, l’automobile ne représente que 25 % des déplacements, contre 30 % pour les transports en commun et 30 % pour la marche. La part du vélo, quant à elle, est de l’ordre de 10 à 11 % et connaît une forte croissance. Selon les estimations, ces nouveaux ponts devraient être utilisés chaque jour par 37 000 passagers du tramway, 3 000 piétons et 3 000 cyclistes.

Les bénéfices du transport actif

Helsinki est sans contredit une ville à part, un exemple qui fait rêver, mais il n’en demeure pas moins que l’engouement pour le transport actif gagne rapidement du terrain. Partout à travers le monde, des élus municipaux et des décideurs publics prennent des décisions en faveur de la mobilité durable et du transport actif. Les aménagements favorables à la marche et au vélo, couplés à une desserte en transport collectif efficace, sont en voie de devenir la norme. En plus de résoudre les problèmes de congestion, ils permettent aux individus d’être physiquement plus actifs. Car, le saviez-vous ? sitting is the new smoking. À ce propos, la prestigieuse revue The Lancet vient de publier une série de 3 études qui démontrent que, pour être en mesure d’offrir des environnements favorables à la santé humaine, les villes doivent se doter de politiques qui priorisent la marche, le cyclisme et le transport collectif aux dépens des déplacements en automobiles privées.

Selon les dernières données de l’Institut de la statistique, la moitié de la population adulte est sédentaire. Or, se retrouver au volant d’une automobile, congestion ou pas, c’est du temps assis. Et le temps assis rend malade… Au contraire, la marche associée au transport actif représente une excellente occasion de dépenser de l’énergie. Et pour certaines personnes, peu enclines à pratiquer des sports ou qui ne trouvent pas le temps de le faire, c’est souvent leur seule occasion d’être physiquement actif. Et ce n’est pas rien. Une étude française vient de montrer que les habitants de la grande région parisienne qui utilisent les transports collectifs pratiquent 27 minutes d’activité physique par jour associées à leurs déplacements. C’est tout près des 30 minutes recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé !

Investir dans l’avenir

Je suis bien sûr consciente que de nombreuses infrastructures, héritées des années 1960, sont maintenant en fin de vie. Et que certaines d’entre elles, à défaut de pouvoir être réparées, ont besoin d’être remplacées. Mais cela ne doit pas nous empêcher de penser autrement, ni surtout d’essayer de réparer les erreurs du passé, alors que les villes étaient uniquement aménagées en fonction de la voiture.

Un volumineux rapport, fruit du travail d’une équipe de recherche composée de planificateurs, d’urbanistes et d’ingénieurs, confirme justement que les villes accordant une plus grande place aux piétons sont de plus en plus nombreuses. À partir de 80 études de cas réalisées dans autant de villes sur les cinq continents, ils ont identifié 50 moteurs de changements ou tendances fortes, 50 bénéfices en matière de santé publique, cohésion sociale, dynamisme économique, etc., et 40 actions ou interventions qui peuvent être mises en place dès maintenant. Bref, le livre de chevet idéal de tout élu municipal…

J’en suis convaincue, il faut plus que jamais aménager des villes à échelle humaine. Des villes favorables aux transports actifs et collectifs. Des villes saines pour des populations en santé. Et c’est tout à fait possible. Ça se fait déjà, ailleurs, mais ici aussi. Et je voulais vous réserver la surprise… Imaginez-vous que Montréal est citée en exemple dans ce fameux rapport ! Ce n’est déjà plus un rêve, mais bientôt la réalité !



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