MRC du Haut-Richelieu

Qualité de vie en milieu rural: une approche par territoire pour répondre aux besoins communs des petites municipalités

Le 17 décembre 2018

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Dans la MRC du Haut-Richelieu, en Montérégie, des projets municipaux concertés ont été mis en place pour améliorer la santé et la qualité de vie des citoyens de ce milieu rural. Clé du succès : l’approche par territoire plutôt que par municipalité.

Agent de promotion de la santé à la Direction de santé publique (DSP) du CISSS de la Montérégie-Centre, Laurent Teasdale a fait une présentation inspirante lors des 22e Journées annuelles de santé publique, au sujet de  l’approche collaborative mise en place dans la MRC du Haut-Richelieu, qui compte 13 municipalités rurales.

Saint-Blaise-sur-Richelieu

1er constat : le citoyen habite un territoire et pas seulement une municipalité

« Auparavant, un citoyen résidant à Henryville y travaillait, y faisait son épicerie et y trouvait des services de santé, ainsi qu’une école pour ses enfants, a expliqué Laurent Teasdale. Ce n’est plus du tout le cas actuellement: sa résidence peut être à Henryville, mais il travaille à Saint-Jean-sur-Richelieu, fait son épicerie à Lacolle et va au CLSC à Henryville. Sans compter que ses enfants vont à l’école à Saint-Sébastien, tout en ayant des amis qui habitent à Saint-Blaise. »

Voilà donc une réalité qui demande d’adopter une vision très différente des besoins des citoyens !

Henryville

2e constat : les municipalités se concurrencent sur les appels de projets

« Nous avions aussi remarqué que toutes les municipalités faisaient des demandes de subventions auprès des mêmes programmes lorsqu’un appel de projets s’ouvrait, mais que peu d’entre elles obtenaient un financement, a noté le présentateur. De plus, étant donné leurs ressources humaines limitées, les petites municipalités ont peu de temps à mettre sur la recherche de financement offert par des programmes peu connus. »

Forte de ces deux constats, la DSP a saisi l’occasion de mobiliser les municipalités autour d’un besoin commun. « Dans la MRC nous sommes impliqués dans l’élaboration des politiques familiales et la démarche « Municipalité amie des aînés », ce qui nous a permis de constater que des aménagements favorables à la pratique d’activités physiques libres étaient une nécessité commune », a précisé Laurent Teasdale.

Parcours Actif à Saint-Alexandre – Crédit photo : Anne Tremblay

Des panneaux d’exercice pour inciter les citoyens à bouger

Les parties prenantes du projet ont opté pour des panneaux d’exercice qui serviraient à aménager des parcours actifs. « En collaboration avec la municipalité de Sainte-Anne-de-Sabrevois, nous avons rédigé la demande de subvention pour le compte de 10 municipalités participantes, a expliqué le présentateur, et ce projet a reçu un financement de 25 000 $ du programme Nouveaux horizons pour les aînés. »

Les agents de promotion de la santé ont ensuite accompagné un comité formé de représentants de chacune des municipalités engagées dans le projet. Les citoyens, les entreprises, les élus et les fonctionnaires ont été impliqués dans la conception des panneaux, le choix des textes et du visuel. « Ce projet a également engendré une collaboration interdisciplinaire, car les services de loisirs, d’urbanisme et de voirie ont travaillé ensemble » a noté avec satisfaction Laurent Teasdale.

Les panneaux, qui ne nécessitent que du mobilier urbain comme des bancs et des tables à pique-nique, invitent les enfants, les adultes et les aînés à exécuter des mouvements ou exercices adaptés à leur niveau. « Comme des circuits de mise en forme ont été aménagés, ou sont en voie de l’être, dans 10 municipalités, les citoyens peuvent en profiter sur tout le territoire et au moment qui leur convient le mieux », s’est réjoui  l’agent de promotion de la santé.

Ce projet a permis à chaque municipalité d’aménager un parcours actif équipé d’un panneau explicatif et de 10 panneaux d’exercice. Quelques-unes ont même choisi de créer plus d’un parcours en achetant une série supplémentaire de panneaux afin de profiter d’une économie d’échelle considérable.

Parcours actif à Saint-Alexandre – Crédit photo : Anne Tremblay

Une démarche fructueuse qui se poursuit

Fortes de ce succès, les 13 municipalités rurales de la MRC, ont choisi de poursuivre cette démarche collaborative. Elles ont créé un Comité rural en santé et qualité de vie (CRSQV) qui est axé sur des projets concertés ayant des retombées globales sur le territoire.

Le comité s’est doté d’un cadre de travail et trois projets sont actuellement sur la table :

  • l’étude de l’embauche d’une ressource commune qui, entre autres, coordonnera les projets communs et sera à l’affût des appels de projets pour rédiger les demandes de subventions ;
  • l’organisation d’une journée de réflexion en mars prochain dans le but de définir un autre projet commun ;
  • le suivi du projet des Parcours Actifs.

Cette structure de travail intermunicipale a bien des avantages, car elle permet notamment aux municipalités d’échanger des connaissances en matière de santé et de qualité de vie, de savoir ce qui fonctionne bien dans les autres communautés et, autre point important, d’optimiser les ressources matérielles, humaines et financières du milieu.

Les défis

Laurent Teasdale a partagé les défis que devra relever le Comité rural en santé et qualité de vie. En voici quelques-uns :

  • prendre en compte que le citoyen de 2018 habite un territoire ;
  • identifier un mode de fonctionnement pour gérer le budget pour des projets communs ;
  • s’assurer que la coordination est assurée par un acteur indépendant et impartial ;
  • ne pas imposer de charge de travail supplémentaire aux municipalités ;
  • clarifier les rôles de la santé publique et ceux des municipalités ;
  • ne pas se dédoubler.

« Il faut aussi maintenir la motivation des municipalités en leur proposant des actions concrètes réalisables à court terme, car la pression des citoyens est forte à ce chapitre a ajouté le présentateur. Mais il est important d’avoir aussi des projets à moyen et long terme. »

Municipalité de St-Alexandre

Les conditions gagnantes

« Pour bien mener un projet intermunicipal de ce type, il est essentiel, dans un premier temps, que les besoins communs soient bien cernés et priorisés », a exposé Laurent Teasdale. Ce dernier a également insisté sur l’importance de mettre en valeur les forces de chacun des acteurs et de faire rayonner l’initiative pour stimuler la fierté des participants.

La réalisation de ce projet a également été facilitée par le fait que l’indépendance des municipalités est respectée et qu’elles y participent sur une base volontaire. La coordination impartiale des agents de promotion de la santé publique joué un rôle important. Toutefois, comme l’objectif est de passer le flambeau aux municipalités, le CRSQV travaille dans l’optique d’embaucher une ressource commune pour la coordination.

« La souplesse est également de mise, a signalé Laurent le présentateur. Il faut s’adapter à la réalité du terrain, et ne pas hésiter à ajuster la démarche en fonction des attentes et des commentaires des partenaires. Dans cette optique, la transparence et la circulation des informations sont essentielles. »

Saint-Georges-de-Clarenceville

Et pourquoi pas d’autres enjeux de santé ?

Comme l’a souligné le présentateur, le succès de ce projet a de plus débouché sur un mandat élargi, puisque le Comité rural en santé et qualité de vie prévoit inclure dans son plan d’action des enjeux comme le transport actif, la qualité de l’eau, l’aménagement des berges et la maladie de Lyme.

« En prime, cette façon de travailler donne aux acteurs de la santé publique une occasion de participer à une démarche globale, avec des municipalités motivées et proactives, et de discuter des projets en fonction des bonnes pratiques en matière de santé », a conclu Laurent Teasdale.

Voilà de bien beaux arguments pour inspirer d’autres MRC et DSP !



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