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Alimentation des tout-petits: nos attitudes aussi importantes que le contenu de leur assiette

Le 16 avril 2018

Nutritionniste et professeure titulaire au département de nutrition de l’Université de Montréal, Marie Marquis a profité d’une année sabbatique pour écrire le livre « Un trio gagnant pour l’alimentation de l’enfant : parent, éducatrice, enfant ». Elle a délibérément choisi de livrer des messages-clés avec simplicité, bienveillance, et quelques touches d’humour, histoire de dédramatiser un sujet qui préoccupe les adultes entourant les tout-petits, et ce, plusieurs fois par jour. Entrevue avec une passionnée des comportements alimentaires.

100°. Votre livre met l’accent sur le rôle des parents et des éducatrices, plutôt que sur le contenu de l’assiette des tout-petits. Pourquoi ?

Marie Marquis. C’est un choix délibéré ! Les comportements et les attitudes liés à l’acte de manger sont particulièrement présents dans ce livre, car les connaissances ont beaucoup évolué sur ces points au cours des dernières années. Toutes les routines autour des repas et des collations, ainsi que nos attitudes et pratiques, sont des clés pour ouvrir la porte à une relation saine avec les aliments dès la petite enfance. Ceci dit, le livre contient aussi des liens vers plusieurs ressources externes, comme de courtes vidéos ou des sites internet, qui permettront aux lecteurs d’explorer plus concrètement certains aspects.

Pourquoi insistez-vous sur l’importance de ne pas forcer un enfant à manger ou à finir son assiette ?

Parce qu’il est primordial de faire confiance à l’enfant au chapitre de son appétit. S’il est en mesure de nous dire qu’il a faim, il est aussi en mesure de nous dire qu’il n’a plus faim. Ne pas le forcer à manger, c’est respecter ses signaux de satiété. Cette capacité à reconnaître qu’il n’a plus faim va lui être bénéfique tout au long de sa vie. Et, c’est aussi éviter un stress qui peut plomber l’atmosphère d’un repas… En revanche, demander à l’enfant de rester à table même s’il ne mange pas, c’est lui apprendre à respecter le moment du repas et ceux qui l’ont préparé, sans oublier toutes les occasions d’apprentissage liées aux échanges autour de la table.

Les phrases à éviter. Finis ton assiette, plusieurs enfants n’ont rien à manger, tu sais. – Allez hop ! on finit ça, pas de gaspillage ! – Encore un peu de légumes et ensuite on pourra jouer. – Mange si tu veux devenir fort et grandir toi aussi.

Vous dites aussi que l’enfant peut avoir son dessert, même s’il n’a pas fini son assiette…

Je sais que c’est surprenant. Le dessert n’est pas obligatoire, mais est prévu, il ne doit pas être conditionnel au fait de manger tout le plat principal. La meilleure stratégie, c’est de prévoir un dessert nutritif, comme un fruit, une compote ou un muffin maison. Le conseil est d’ailleurs valable pour les adultes aussi ! Là encore, on investit dans une relation saine avec la nourriture, une relation sans pression et sans culpabilité.

Donner la possibilité à un enfant d’apprendre à décoder ses signaux de satiété, c’est lui offrir un beau passeport en prévention de l’obésité.

Comment un parent peut-il être sûr de bien nourrir son enfant ?

Il y a tellement de bruit autour de l’alimentation des enfants ! Et tellement de stress inutile ! Vous ne m’entendrez jamais parler d’oméga-3 ou de gras saturés aux parents. L’enfant est en bonne santé ? Donnons-nous une tape dans le dos ! Dès qu’on cuisine simplement avec des ingrédients de base, et qu’on offre à l’enfant des légumes, des fruits, des produits céréaliers, des produits laitiers (ou substituts) et une petite quantité de protéines, on vient de régler la question des nutriments essentiels à la santé. La variété est de mise aussi, mais pas besoin d’en faire une fixation, en tous les cas, pas comme la jeune mère que j’ai été et qui tenait absolument à ce que son enfant mange des légumes et des fruits différents à chaque repas et jour de la semaine.

Mais tous les parents n’ont pas le temps ni l’énergie de cuisiner

C’est juste et je le comprends tout à fait. Voilà pourquoi je recommande fortement aux parents qui souhaitent modifier leurs routines alimentaires, de le faire très progressivement, parce que le plus important, c’est de maintenir ces changements, afin d’en expérimenter les avantages. Par exemple, en planifiant les repas plus d’un jour à l’avance, les moments avant de passer à table et à table sont moins énergivores, moins stressants.

Un conseil de base en matière de planification : faire une liste de ce qu’on a dans le garde-manger, dans le frigo et le congélo. Et les raccourcis, c’est tout à fait OK : pourquoi pas des légumes précoupés, des légumineuses en conserve ou encore de la pâte à pizza déjà faite ? Il y a des produits peu transformés très intéressants sur les tablettes des épiceries. La clé est de bien les choisir.

Vous vous adressez aux parents, mais aussi aux éducatrices…

Oui, parce que la cohérence des messages entre la maison et le service de garde est très importante. Si parents, grands-parents et éducatrices ont une attitude semblable, l’enfant ne vivra pas de contradictions dans son lien avec les aliments. Si chaque milieu respecte les consignes de base comme « pas d’écran, pas d’obligation de tout manger et pas de morale culpabilisante », les tout-petits auront des repères clairs et sains.

Par ailleurs, même si les éducatrices des services de garde éducatifs sont sensibilisées à l’importance d’une alimentation saine au cours de leur formation de base et grâce, par exemple, aux formations Croq’Plaisir conçues par Extenso, ce livre constitue à la fois une mise à jour et un rappel des connaissances.

Votre livre est donc un bon outil pour engager la conversation

Vous avez tout compris ! Si sa lecture entraîne des échanges entre les parents et les grands-parents, et avec les éducatrices, et que tous se retrouvent sur la même longueur d’onde, en reconnaissant et en respectant l’importance du rôle de chacun, ce sera mission accomplie. Je rêve d’un point de bascule, d’un moment où il sera aussi courant de parler des apprentissages alimentaires d’un tout-petit avec son éducatrice, que de parler de l’évolution de ses habiletés motrices. Je rêve aussi que nos connaissances des comportements alimentaires au sein des familles soient de plus en plus fines, histoire d’être aussi bien équipés que l’industrie alimentaire.

Le livre Un trio gagnant pour l’alimentation de l’enfant: parent, éducatrice, enfant, est offert uniquement en format électronique, au coût de 15 $. Les profits associés à sa vente sont versés à Extenso, le Centre de référence en nutrition de l’université de Montréal, pour développer d’autres ressources en alimentation à la petite enfance.