Aliments transformés

Les gras trans ne sont pas forts, mais ils ne sont pas encore morts!

Le 17 septembre 2018

La semaine dernière, dans un blogue intitulé R.I.P. gras trans industriels. Nous ne t’oublierons pas!, je me réjouissais de la disparition des huiles partiellement hydrogénées (HPH) de nos assiettes. Cette mesure, promise par le gouvernement fédéral, devait prendre effet à partir du 15 septembre 2018 et rendre illégale la vente de produits contenant des HPH.

Coup de théâtre, lundi matin : alors que Santé Canada annonce l’entrée en vigueur tant attendue du règlementinterdisant de vendre des produits contenant des HPH, nous apprenions que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), dont le rôle est justement de l’appliquer, accorde un délai de deux ans aux détaillants pour leur permettre d’écouler les stocks de l’industrie ! C’est choquant et insultant !

Des années et des années de lutte

Il faut savoir, comme je l’expliquais dans mon précédent blogue, devenu obsolète en quelques jours à peine, que cette affaire remonte à 2004 ! À l’époque, une motion était adoptée à la Chambre des communes pour que soit mis en place un Groupe d’étude sur les graisses trans dont le mandat était d’« offrir au ministre de la Santé des recommandations et des stratégies concrètes et efficaces visant à éliminer ou à réduire autant que possible la teneur en graisses trans des aliments au Canada ».

En juin 2006, ce groupe a remis à l’Honorable Tony Clement, alors ministre de la Santé, son rapport intitulé TRANSformer l’approvisionnement alimentaire. Un an plus tard, ce dernier annonçait que Santé Canada allait adopter les normes suggérées sur une base volontaire. Du coup, on incitait l’industrie alimentaire à les appliquer dans un délai de deux ans; à défaut de quoi, le gouvernement canadien l’imposerait par une réglementation.

Or, sans grande surprise, les cibles volontaires ne seront pas atteintes. Malgré tout, il faudra encore attendre huit ans, un changement de gouvernement, deux consultations publiques ainsi que de nombreuses revendications de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, de la Coalition Poids et d’autres organismes, pour qu’un règlement soit enfin adopté ! Sauf que, lundi matin…

Un laxisme inadmissible

Il est très difficile de comprendre la logique qui sous-tend cette décision de l’ACIA. Ce n’est pas comme si l’industrie avait été prise de court : elle a eu plus de 10 ans pour s’adapter ! D’autant plus que lors des consultations de Santé Canada ayant précédé la rédaction du règlement, les gros joueurs de l’agroalimentaire, eux-mêmes, étaient généralement d’accord avec le fait qu’une année était amplement suffisante pour assurer la transition.

Lorsque j’ai appris cette nouvelle, je me suis demandé pourquoi ces deux années de délais ? Surtout que, dans le cas des gras trans, les entreprises qui en utilisent encore dans leurs produits sont celles qui n’ont pas fait les efforts demandés au cours de la dernière décennie  !

Au fond, c’est comme si l’ACIA avait choisi de récompenser ces entreprises, pourtant incapables d’atteindre des cibles volontaires, en leur permettant de réaliser des profits sur la vente de produits qui ne devraient plus exister depuis belle lurette.

Un (r)appel à l’action

Nous avons assez attendu ! Il est aujourd’hui temps que l’ACIA exige un rappel des produits déjà sur les tablettes. Car, je tiens à le souligner, les HPH sont néfastes, peu importe la dose.

Alors, ai-je vraiment besoin de marteler que la santé des Canadiens doit primer sur les intérêts économiques de l’industrie. L’ACIA doit réviser le tir ! Ces deux années supplémentaires sont inadmissibles.

1 Note : dans les communications récentes du gouvernement, il est indiqué que le règlement interdisant la vente de produits contenant des HPH est effectif depuis le 17 septembre. Dans notre blogue précédent, nous indiquions le 15 septembre, en nous basant sur les communiqués de Santé Canada, qui ont accompagné l’adoption du règlement en 2017. Cela étant, que ce soit le 15 ou le 17,  l’interdiction est présentement en vigueur, mais pas appliquée.