alimentation durable

Rapport EAT-Lancet: le défi de nourrir 10 milliards d’humains en 2050

Le 18 mars 2019

« Nous devons amorcer un virage alimentaire et environnemental dès maintenant, pas demain, ni la semaine prochaine, si nous voulons préserver notre santé et celle de la planète ». Voilà l’essentiel du message que Brent Loken, un des coauteurs du récent rapport de la Commission EAT-Lancet, a livré à Montréal le 13 mars dernier.

Brent Loken a présenté les conclusions de ce rapport sur l’alimentation et le système alimentaire planétaire à l’hôtel de ville de Montréal, au cours d’une rencontre organisée par le Conseil SAM (Système alimentaire montréalais). Voici quelques-uns des points saillants de sa conférence, qui a été très appréciée.

Brent Loken

Un défi planétaire ambitieux ET réalisable

Avons-nous le choix de ne rien faire d’ici 2050 pour améliorer le système alimentaire planétaire ? « Absolument pas, a martelé Brent Loken. Nous devons non seulement agir, et agir vite, mais nous devons aussi agir sur plusieurs fronts si nous voulons que d’ici 2050, 10 milliards d’êtres humains aient accès à une alimentation saine. » Parce qu’il ne s’agit pas juste de nourrir les humains, mais bien de les nourrir avec des aliments sains et durables.

Ce défi est incontournable, parce que les chiffres montrent que près de la moitié de l’humanité mange mal, trop ou pas assez et que la planète ne peut supporter plus longtemps le traitement que l’espèce humaine lui impose. « Nous devons décarboniser la planète si nous voulons respecter les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. que nous avons nous-mêmes fixés et transformer en profondeur le système alimentaire mondial est une façon d’y arriver », a souligné le conférencier.

Commission EAT-Lancet

L’assiette santé planétaire selon la Commission EAT-Lancet

Par quoi commencer ?

Les 37 scientifiques derrière le rapport de la EAT-Lancet Commission ont déterminé trois objectifs de base pour arriver à un système alimentaire sain et durable :

  • Modifier notre alimentation pour arriver à un régime flexitarien
  • Réduire de moitié le gaspillage alimentaire
  • Modifier les pratiques agricoles (qualité plutôt que quantité et production durable)

« La modification de notre alimentation est l’action qui aura le plus d’impact sur la santé des humains et de la planète, a affirmé Brent Loken, chiffres à l’appui. Mais nous devons mener la lutte sur les trois fronts en même temps, si nous voulons arriver à nourrir 10 milliards d’humains d’ici 2050, dans un écosystème sain et résilient. »

Commission EAT-Lancet

Source : Commission EAT-Lancet

Un enjeu mondial, à aborder mondialement

Le conférencier a aussi insisté sur la nécessité de faire ce travail au niveau mondial et non pas pays par pays. « Si chacun des états se centre uniquement sur des stratégies alimentaires nationales, ça ne fonctionnera pas, a-t-il déclaré. Les changements climatiques affectent l’ensemble de notre planète et nous devons collaborer pour avoir un impact systémique global. »

Commission EST-Lancet

Source : Commission EAT-Lancet – Adaptation graphique : Gael Hervé

La consommation de viande et l’utilisation des fertilisants sont deux exemples des enjeux qui diffèrent selon les régions du monde. « En Amérique du Nord, la consommation de viande est trop élevée pour la résilience de la planète, mais dans plusieurs régions d’Afrique, cet apport doit augmenter pour assurer un apport suffisant en protéines aux populations, qui souvent consomment de grandes quantités de manioc, une plante qui leur fournit des calories, mais pas assez de nutriments », a précisé le conférencier.

« Les enjeux des différentes régions du monde sont distincts, et seule une coopération mondiale et coordonnée permettra d’arriver à un équilibre global. » – Brent Loken.

Du côté de la productivité agricole, celle du Canada est adéquate selon les chiffres de la Commission, mais les pratiques doivent être améliorées pour que la production soit plus durable. En revanche, la productivité est très basse en Afrique et nécessitera probablement le recours à des fertilisants.

Guide alimentaire canadien

L’assiette santé du Guide alimentaire canadien

Le Guide alimentaire canadien : très similaire à l’assiette santé planétaire

« L’assiette santé du nouveau Guide alimentaire canadien est presque identique à celle recommandée par la Commission, a dit avec enthousiasme Brent Loken. Voilà ce qui arrive lorsqu’on laisse les scientifiques faire leur travail à l’abri de l’influence de l’industrie ! », une déclaration applaudie par la centaines de personnes présentes.

En revanche, il y a beaucoup de chemin à faire pour arriver à ce régime alimentaire, a-t-il souligné, chiffres à l’appui. Voici quelques-uns des changements à faire d’ici 2050 :

  • Réduire notre consommation de bœuf et de porc de 90 % (- 126 g/jour)
  • Réduire notre consommation de volaille de 70 % (- 70 g/jour)
  • Réduire notre consommation de sucre de 60 % (- 46 g/jour)
  • Augmenter notre consommation de légumes de 58 % (+ 110 g/jour)
  • Augmenter notre consommation de fèves et haricots secs de 251 % (+ 50 g/jour)
  • Augmenter notre consommation de poisson de 58 % (+ 10 g/jour)

« Ce virage flexitarien permettrait de sauver près de 70 000 vies chaque année au Canada, principalement par la réduction du risque de maladies chroniques non transmissibles causé par l’obésité », a précisé Brent Loken.

Bref, notre fourchette est un outil de changement extrêmement puissant !