COVID-19

Redonner de l’espace aux piétons et cyclistes pour faciliter la distanciation sociale

Le 17 avril 2020

Les mesures de confinement ont conduit à un apaisement inédit de la circulation, mais aussi à la multiplication des marcheurs et des joggeurs. Or, tout ce beau monde est obligé de cohabiter sur des trottoirs trop étroits pour qu’il soit possible de respecter les règles de distanciation sociale. Voilà pourquoi de nombreuses voix réclament aux municipalités de donner aux piétons et cyclistes un plus large accès aux chaussées désertées par les voitures.

Le 26 mars dernier, l’organisme Piétons Québec partait le bal en pressant les municipalités de créer : « des rues piétonnes temporaires dans les milieux de vie denses et les cœurs villageois ». L’objectif étant bien sûr d’aider les gens à conserver leur santé mentale et physique, tout en respectant les consignes de distanciation sociale.

Deux semaines plus tard, Marie-Soleil Cloutier, professeure-chercheure en géographie de la santé au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, ayant constaté que la situation n’avait guère évolué, rédigeait une lettre, co-signée par d’autres experts, pour presser les autorités municipalités de « redistribuer l’espace dans les villes ».

« J’ai été agréablement surprise des réactions dans les médias suite à l’appel de Piétons Québec, nous dit-elle en entrevue. Mais par la suite, on s’est demandé pourquoi personne ne prenait les devants, ou presque. Outre Drummondville qui a fermé le pont Curé-Marchand à la circulation automobile, et l’arrondissement du Plateau qui a retranché une voie de circulation sur l’avenue Mont-Royal afin de créer un « corridor sanitaire », la population du Québec demeurait toujours « confinée » sur les trottoirs. »

Un cas de synchronicité

Cette lettre, qui avait pour but initial d’enjoindre les municipalités à se montrer proactives, aura eu des retombées inattendues. « Ce que j’ignorais, et que j’ai découvert en recevant de nombreux coups de fil, c’est que, généralement, les municipalités étaient désireuses de mettre en place des mesures pour accorder plus de liberté de mouvement aux piétons et aux cyclistes. Mais, elles demeuraient prudentes, parce qu’elles ne veulent pas contrevenir aux directives de la santé publique. Bref, ce que j’ai appris depuis, c’est que le fruit est mûr. »

Marie-Soleil Cloutier ne croyait pas si bien dire puisque, quelques heures après l’entretien qu’elle accordait à 100º, l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce annonçait qu’il allait élargir les trottoirs de trois segments de rues très achalandées : rue Monkland, chemin de la Côte-des-Neiges et chemin Queen-Mary. Le lendemain, à l’heure d’écrire ces lignes, la Ville de Montréal, rappelant à juste titre le succès obtenu avec le réaménagement temporaire de la rue Mont-Royal, rendait publique la liste des rues dont les trottoirs seraient désormais élargis dans neuf de ses arrondissements !

Ailleurs dans le monde

De plus en plus de villes « fermées » ouvrent leurs rues aux cyclistes et aux piétons, partout à travers la planète. On l’a vu à Bogota qui, dès la troisième semaine de mars, aménageait 76 km de pistes cyclables temporaires en quelques jours à peine. Sa mairesse, Claudia López, soulignait à ce propos que la bicyclette est un moyen de locomotion très hygiénique et parfaitement adapté aux premières phases de la pandémie.

Par la suite, les villes qui ont profité de l’apaisement forcé de la circulation automobile pour réallouer des espaces aux piétons et aux cyclistes se sont multipliées. Par exemple Calgary, ou encore Oakland qui, elle, s’est entre autres fixé pour objectif de « piétonniser » près de 120 km de rues, soit environ 10 % de son réseau. Et ainsi permettre à ses citoyens de se dégourdir les jambes et de prendre de l’air d’excellente qualité en toute sécurité ! Un site, mis à jour quotidiennement, permet de consulter la liste de villes qui, dans la foulée de la COVID-19, se piétonnisent.

Ainsi que le fait remarquer Marie-Soleil Cloutier, on peut classer les différentes interventions selon trois catégories. D’abord, la plus radicale consiste à carrément fermer des rues à la circulation automobiles, sauf pour les véhicules des résidents, comme c’est le cas de Calgary et d’Oakland. L’autre approche moins contraignante, mais sans doute plus délicate à mettre en place, c’est la rue partagée qui fait cohabiter voitures et piétons sur la chaussée, ainsi que l’expérimente la Ville de Westmount sur un tronçon du boulevard Maisonneuve. Enfin, dernière stratégie, le retranchement d’une voie de circulation pour élargir le trottoir tout en maintenant une séparation entre les piétons et les automobiles, à la manière de l’avenue Mont-Royal.

Et quelle est la préférence de Marie-Soleil Cloutier ? « Les élargissements de trottoirs sur les artères commerciales, à mon sens, c’est la première mesure à mettre en place. Parce que c’est la plus facile à implanter. Mais si les consignes de distanciation sociale devaient se prolonger pendant encore 18 mois, par exemple, je crois que nous aurons à créer plus de rues partagées. Même si ça va nous obliger à revoir radicalement nos comportements et demander beaucoup de communication et de sensibilisation. »

Or, justement, depuis plus d’un mois déjà, c’est exactement ce que nous vivons !