Initiatives citoyennes

Ruelles vertes: des retombées insoupçonnées

Le 5 juin 2017

On sait que les ruelles vertes offrent toute une gamme d’avantages au chapitre de l’environnement et de la qualité de vie des citoyens. Ce que l’on sait moins, c’est à quel point la mobilisation générée par un projet de ruelle verte peut se muer en richesse collective et conduire à des idées innovantes, voire surprenantes. Voici une histoire inspirante.

Il était une fois, dans Rosemont-La Petite Patrie, une ruelle comme tant d’autres, et que des voisins, pour lui redonner vie, ont d’abord souhaité reverdir. Ensemble, ils l’ont nettoyée, ils l’ont aménagée, pour enfin la verdir. Puis, de fil en aiguille, ils se sont mis à l’animer grâce à de l’art de rue, l’organisation de fêtes, de spectacles, de lectures de contes pour enfants et même des présentations de films. Puis, ils se sont partagé une piscine l’été et une patinoire l’hiver, ainsi que leurs récoltes de miel et de fruits. Peu à peu, un tissu social s’est mis à se resserrer et une vision collective a pris forme.

ruelle verte

Petit projet deviendra grand

En 2015, stimulés par leur capacité d’action collective, les voisins (qu’on doit en fait appeler les « riverains ») de cette ruelle verte ont voulu aller plus loin et se pencher sur des projets communs plus complexes et de plus grande envergure. Ils étaient convaincus du formidable potentiel de la mobilisation citoyenne pour améliorer la qualité de vie du voisinage, développer et renforcer le tissu social et contribuer à solutionner des enjeux environnementaux comme la lutte aux changements climatiques. C’est donc dans cette optique qu’ils ont créé l’organisme nommé Solon (en référence à Solon, un poète et homme d’état grec, considéré comme un des pères de la démocratie).

Dès ses débuts, Solon a affiché ses ambitions avec le projet Celsius. Un projet qui vise à expérimenter un système de géothermie, enfoui dans une ruelle, et connecté à l’ensemble des habitations riveraines. Cette idée audacieuse permet d’utiliser la ruelle comme source d’énergie et de mutualiser le système, ainsi que les coûts importants associés à l’installation de cette technologie, pour que les avantages qui en découlent soient accessibles à tout le voisinage !

Solon a d’autres projets dans ses cartons. Aujourd’hui, une bonne trentaine de membres se réunissent autour de quatre thématiques (énergie, mobilité, objets et alimentaire) pour développer d’autres projets collectifs et locaux.

Pour mettre en action les citoyens, Solon a mis de l’avant l’initiative Nos milieux de vie ! en collaboration avec la Coop Carbone, et soutenu par de nombreux partenaires, Solon a également mis de l’avant l’initiative Nos milieux de vie. Lancé à l’automne 2016, ce projet d’une durée de deux ans vise à impliquer les citoyens d’un voisinage (représentant 10 à 15 ruelles) dans la création et l’implantation d’actions collectives en matière d’énergie et de mobilité. Quatre milieux pilotes, trois à Montréal (Rosemont–Petite-Patrie et Villeray) et un à Québec (Limoilou), ont été ciblés. Ces démarches feront l’objet d’une recherche-action visant, entre autres, à faire ressortir les solutions innovantes et qui peuvent se transposer dans d’autres milieux de vie.

fête de ruelle verte

La valeur du partage

Enfin, les membres de Solon animent des Assemblées de ruelles. Il s’agit de rencontres qui favorisent les échanges entre voisins de manière à partager les expertises de chacun, d’exprimer des besoins ou encore des rêves et d’y répondre collectivement. En vertu de trois thématiques (énergie ; mobilité ; partage d’objets), les citoyens dressent le portrait de leur situation actuelle, puis ils fixent les buts qu’ils souhaitent atteindre, pour ensuite définir ensemble les solutions à leur portée et planifier les étapes pour les réaliser. Solon soutient le passage à l’action de ces groupes en les aidant à identifier les obstacles potentiels, tout comme les conditions de succès des projets, et les accompagne dans la mise en œuvre des premières étapes.

Peut-être vous demandez-vous à quoi peuvent bien ressembler concrètement les projets ? En fait, il s’agit d’actions qui mettent en commun des actifs et des services. Les possibilités sont donc aussi diverses que variées et ne demandent qu’à être explorées. Essentiellement, il s’agit d’un système de partage, par exemple, de voitures à essence ou électriques, de vélos traditionnels ou électriques, de bornes de recharge pour véhicules électriques, de jeux d’enfants, d’outils (menuiserie, jardinage, électroniques), de récoltes, de surplus alimentaires, etc. La liste est longue !

Pour la fervente des saines habitudes de vie que je suis, l’exemple de Solon montre, une fois de plus, à quel point le développement durable, la santé et la qualité de vie dans les villes vont de pair. Et pour la banlieusarde que je suis aussi, ces initiatives citoyennes m’inspirent. Car, dans ma ville et mon quartier, où le « chacun pour soi » règne en maître, où l’abondance rime avec dépenses et gaspillage, tout reste à faire en matière de partage, d’entraide et de réduction de l’empreinte écologique. Ne partagez-vous pas mon point de vue ?

 

Crédits  photos : Regroupement des éco-quartiers