Agriculture urbaine

SOYL : un camp d’été unique pour les ados de la région de Vancouver

Le 29 décembre 2019

Cultiver, récolter, cuisiner, vendre et partager des aliments : voilà ce que des ados expérimentent chaque été grâce au programme SOYL, offert par Fresh Roots, un organisme vancouvérois qui met l’agriculture urbaine au cœur et au service de la communauté.

Nicole Bruce a 20 ans. Depuis deux ans, elle travaille comme animatrice pour SOYL, un camp estival de six semaines conçu pour renforcer les capacités des ados à travers toutes les ramifications de l’agriculture urbaine. Entrevue avec une jeune femme qui constate chaque année à quel point ces jeunes, lorsqu’ils ont les deux mains dans la terre, se révèlent à eux-mêmes et à la communauté.

100°. Qu’est-ce qui vous a incitée à devenir animatrice pour SOYL ?

Nicole Bruce. J’ai moi-même participé à ce camp d’été en 2016 dans le but d’acquérir des compétences en agriculture et en cuisine et j’ai appris beaucoup. Mais ce que j’ai vécu de plus précieux durant ces six semaines, c’est l’occasion de développer mon leadership et mon engagement. C’est avant tout une expérience humaine qui se vit à travers le cycle complet des aliments.

Comment et où se déroule le camp ?

SOYL est vraiment un camp particulier : pendant six semaines, les jeunes de 13 à 17 ans se présentent à la ferme quatre jours par semaine pour travailler et apprendre. En échange de leur contribution, ils reçoivent une allocation de 100 $ par semaine, des « crédits » de bénévolat et une expérience de travail reconnue.

À Vancouver, le camp accueille deux groupes de 26 participants sur deux campus où de grands terrains sont consacrés à la culture de légumes et de fruits. À Coquitlam, SOYL a lieu à la Suwa’lkh School, où 13 jeunes régénèrent et entretiennent une forêt nourricière autochtone, afin de récolter des plantes médicinales et des aliments traditionnels.

Comment arrimez-vous l’agriculture urbaine avec le développement personnel des jeunes ?

L’effet rassembleur de la nourriture est une clé, tout comme la grande diversité des activités expérientielles reliées aux aliments. La culture, la récolte, la transformation, la vente au marché, le partage, le compostage des aliments se vivent en équipe. Mais il y a aussi des activités conçues pour accompagner les jeunes sur le plan du leadership et de la communication.

Ainsi, les jeunes qui ont tendance à être timides ou solitaires ont l’occasion de sortir de leur zone de confort en toute sécurité grâce à l’accompagnement des animatrices. Pour d’autres, travailler dehors, être en contact avec la nature est une découverte qui change leurs habitudes.

De plus quelques-uns des participants au camp ont un handicap physique ou mental : cette expérience d’inclusion et de solidarité est aussi importante et enrichissante pour eux que pour les autres jeunes. Le fait que les participants ont entre 13 et 17 ans crée également une dynamique fructueuse entre les grands et les plus jeunes. Et comme le camp dure six semaines, chacun a le temps d’expérimenter toutes ces interactions et de s’ouvrir aux autres à son rythme.

SOYL est aussi une expérience de travail pour les participants

Oui, tout à fait. Par exemple, les jeunes s’engagent à se présenter à l’heure et à respecter certaines règles. Et ils apprennent beaucoup ! Pendant ces six semaines, ils ont vu pousser une grande variété de légumes, ont appris quand et comment les récolter, ont préparé des repas dans notre cuisine collective, transformé des aliments. Ils ont aussi appris à communiquer avec le public à l’occasion des marchés où ils vendent avec fierté ce qu’ils ont eux-mêmes fait pousser ou transformé. Tous ses volets leur seront très utiles lorsqu’ils décrocheront un emploi.

SOYL les invite également à devenir des citoyens impliqués dans leur communauté, des acteurs de changement. À travers divers ateliers et sorties, ils explorent toutes les facettes du système alimentaire ce qui leur permet de porter un regard critique sur ses dérives, comme le gaspillage et les inégalités d’accès aux aliments sains. Et puis, en ayant travaillé six semaines à la ferme, ils sont plus conscients de la grande valeur du travail accompli par ceux et celles qui produisent les aliments.

Vous étudiez en génie de l’environnement, mais vous allez quand même revenir animer à SOYL l’année prochaine. Pourquoi ?

Mes amis me demandent pourquoi je ne fais pas, comme eux, des stages d’été dans des bureaux d’ingénieurs, mais pour moi, passer une grande partie de l’été dehors, ça n’a pas de prix ! Accompagner des jeunes dans le renforcement de leurs capacités personnelles est très gratifiant, tout comme leur donner le goût de respecter la terre et ce qu’elle nous donne. Ça rejoint mes valeurs, ça a du sens pour moi.

Sarina

Et j’apprends aussi beaucoup des jeunes. L’année dernière, une participante, qui faisait face à divers défis physiques et mentaux, s’est montrée très timide, très réservée. Elle est revenue cette année et le changement était tel qu’elle a demandé elle-même à prendre la parole au souper-bénéfice en plein air. C’est un événement annuel qui rassemble des centaines de personnes. Les gens étaient émus aux larmes devant son assurance tranquille au micro. De tels moments sont inoubliables.