Petite enfance / Milieu de garde

Alimentation locale: les Petits ambassadeurs à la conquête du Québec

Alimentation locale: les Petits ambassadeurs à la conquête du Québec

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Du poisson du Saint-Laurent, du tempeh produit localement, du pain du coin : de plus en plus d’aliments québécois garnissent les assiettes des tout-petits, grâce à la participation de leur service de garde éducatif au projet Petits ambassadeurs! Zoom sur un concept de maillage novateur et bien ficelé.

Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º

Un peu de contexte. Le projet Petits ambassadeurs se déploie actuellement dans 15 régions du Québec, grâce à un financement octroyé par le MAPAQ en 2021. Plus de 160 services de garde éducatifs (SGÉ) sont actuellement mobilisés pour servir davantage d’aliments locaux à des milliers de tout-petits.

Courtoisie COSMOSS, Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent

Le concept est né au Saguenay–Lac-Saint-Jean en 2016, lorsqu’Émilie Tremblay, conseillère en développement à la Table agroalimentaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, a eu l’idée de mettre en contact des SGÉ et des producteurs locaux, deux milieux qui ne se connaissaient pas ou peu, tout en ayant un intérêt commun : mettre plus d’aliments sains et locaux au menu des tout-petits.

Le succès de cette première rencontre a mené à la mise en place d’un projet structurant. « Mon rôle a été de rapprocher l’offre alimentaire régionale de la demande, en tenant compte des besoins spécifiques des SGÉ », relate Émilie Tremblay. C’est mission accomplie, car 21 établissements sont accrédités au Saguenay–Lac-Saint-Jean et d’autres ont entrepris la démarche.

Le déploiement national

Ce succès a attiré l’attention des membres du regroupement des Tables de concertation bioalimentaire du Québec (RTCBQ). « En 2020, le regroupement a choisi de travailler sur un déploiement concerté plutôt qu’à la pièce, indique Émilie Tremblay. Nous avons donc élaboré un plan d’action et des outils qui ont été expérimentés dans 9 régions en 2020. »
Puis, en juin 2021, dans le cadre de la Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois, le MAPAQ a accordé un montant de 644 000 $ à la Table agroalimentaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour qu’elle coordonne le déploiement provincial du projet. « Les 15 tables de concertation qui ont levé la main ont chacune embauché un·e chargé·e de projet qui adapte le plan d’action à la réalité de chaque région », précise Émilie Tremblay, qui est également la coordonnatrice nationale de ce déploiement.
Nous sommes les petits ambassadeurs

Comment ça marche?

Pour être accrédité « Petits ambassadeurs », un SGE doit atteindre un seuil d’approvisionnement régional et québécois dans 7 catégories d’aliments sur 10. Ce seuil varie en fonction de la réalité bioalimentaire du terrain. « Comme il y a beaucoup de producteurs et de transformateurs laitiers au Saguenay–Lac-Saint-Jean, nous avons fixé la cible à 70 % de produits régionaux, 20 % de produits québécois et 10 % provenant d’ailleurs, illustre Émilie Tremblay. Cette cible est de 20 % et 40 % dans le cas de la viande et des produits de la pêche, car il n’y a pas d’abattoirs ni d’activités de pêcherie ici. »

L’autre critère d’accréditation est l’organisation d’au moins deux activités agroalimentaires éducatives par année. « La grande majorité des SGE offrent déjà ce type d’activité, mais le projet leur permet de sensibiliser très directement les enfants à l’origine des aliments qu’ils voient dans leur assiette, souligne Émilie Tremblay. Mettre un visage et un lieu sur les ingrédients utilisés dans les recettes crée un sentiment d’appartenance au territoire, tant pour les tout-petits que pour les adultes. »

Courtoisie COSMOSS, Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent

L’exemple du Bas-Saint-Laurent

Au Bas-Saint-Laurent, le projet des Petits ambassadeurs est mené conjointement par la Table intersectorielle régionale en saines habitudes de vie COSMOSS et la Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent. « Il y a une belle convergence d’expertise et d’intérêts entre ces deux porteurs », souligne Nathalie Bélanger, chargée du projet pour COSMOSS.

Ces deux organisations se sont de plus dotées d’un comité de mise en œuvre solide, composé de 7 partenaires, dont la direction de la santé publique du CISSS du Bas-Saint-Laurent, la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent et le Réseau des Services à la petite enfance de l’Est-du-Québec (RESPEQ).

Une cohorte enthousiaste

La première cohorte du Bas-Saint-Laurent compte 11 services de garde éducatifs et 2 services de garde scolaire, ce qui représente 900 enfants. « Nous n’avons pas eu besoin de convaincre les SGÉ, ils sont très motivés, se réjouit Nathalie Bélanger. Pour le moment, aucun d’entre eux n’est accrédité, mais déjà, des réflexes se sont installés. Une responsable alimentaire a contacté un maraîcher dont elle a vu les produits à l’épicerie, et le groupe a manifesté le désir de s’approvisionner en poissons du fleuve Saint-Laurent. Ce projet suscite beaucoup d’effervescence au sein des SGÉ et dans le secteur bioalimentaire ! »

Elle ajoute que même si l’accréditation repose sur l’atteinte des seuils d’approvisionnement dans au moins 7 catégories d’aliments, si un SGÉ y parvient dans 3 ou 4 catégories après quelques mois, le processus est déjà bien entamé !

Réseautage et solutions sur mesure

Les SGÉ et les producteurs font connaissance au cours de deux rencontres annuelles. « Chaque producteur dispose de 20 minutes pour se présenter, explique Nathalie Bélanger. Une période d’échange permet ensuite de voir comment cette offre peut répondre aux besoins spécifiques des SGÉ. Actuellement, les rencontres se font de façon virtuelle, mais dès qu’elles reprendront en personne, les dégustations seront à nouveau au programme. » « Dans quelques régions, des chargés de projet ont eu l’idée de faire parvenir des sacs d’échantillons aux SGÉ la veille de la rencontre virtuelle, signale Émilie Tremblay. C’est un beau compromis ! »

Les échanges permettent notamment aux producteurs et transformateurs alimentaires de proposer des formats qui conviennent bien aux SGÉ. « Une entreprise du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui fabrique de la mayonnaise végane a adopté des formats de 5 et 20 litres pour ce marché, et une boulangerie qui produit des pains de blé entier sans allergènes, fournit maintenant des pains hamburgers avec cette caractéristique, à la suite d’une demande des SGÉ », précise Émilie Tremblay.

Au Bas-Saint-Laurent, le désir des SGÉ de mettre des poissons du fleuve au menu va bientôt se réaliser. « Le moratoire sur la pêche au sébaste a été levé en 2021, relate Nathalie Bélanger. Il s’agit d’un poisson peu coûteux et l’entreprise Cuisimer a accepté de portionner une partie de cette pêche pour répondre aux besoins des SGÉ. »

Des découvertes

Le CPE des Farfadets de la Pointe, à Rimouski, a profité de sa participation aux Petits ambassadeurs pour sortir des sentiers battus. « Notre cuisinière sert régulièrement du tempeh produit à St-Valérien-de-Rimouski et utilise un pesto aux algues fabriqué en Gaspésie dont les enfants raffolent, révèle Hélène Tremblay, la directrice de l’établissement. Ce projet est arrivé au bon moment pour nous, car nous avions déjà l’objectif de nous approvisionner de façon plus locale. Le soutien de COSMOSS et de la Table de concertation bioalimentaire est venu structurer notre démarche. »

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les responsables de l’alimentation des SGÉ participants utilisent des flocons d’avoine d’une entreprise située à Saint-Félicien. « Le projet des Petits ambassadeurs leur a donné l’idée de faire de la chapelure maison avec ces flocons, plutôt que d’acheter un produit tout fait, raconte Émilie Tremblay. Elles ont fait d’une pierre deux coups puisque cette chapelure est à la fois plus locale et plus saine. Le réseautage entre les responsables des services alimentaires des SGÉ est un terreau fertile ! »

L’offre doit demeurer compétitive sur le plan du prix, mais un produit local n’est pas forcément plus cher qu’un autre. « Les produits présentés et leurs formats sont choisis de façon à répondre à la réalité budgétaire des SGÉ. C’est également ce style d’arrimage que permettent les activités de réseautage, indique Émilie Tremblay. Certains producteurs consentent un prix spécial aux SGÉ, car ils sont intéressés par la stabilité de ce nouveau marché. »

Courtoisie COSMOSS, Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent

Les activités éducatives

Les chargés de projet régionaux ont pour mission de créer un répertoire des entreprises agrotouristiques dont les activités et les infrastructures répondent aux besoins des tout-petits. « Ça facilite l’organisation des sorties et permet aux SGÉ de mieux connaître les possibilités qui s’offrent à eux », explique Émilie Tremblay.

La pandémie a bien sûr réduit les visites agroalimentaires, mais certains SGÉ ont fait preuve de débrouillardise. « Un CPE qui organisait chaque année une visite chez un producteur de courges a eu l’idée de faire l’inverse, en demandant au producteur de livrer différentes variétés qui ont été disposées sur le terrain de l’établissement. »

Un maillage très prometteur

Le lancement officiel du projet national aura lieu en juin 2022. L’accréditation sera alors accessible dans les 15 régions participantes. « Le potentiel est énorme, souligne Émilie Tremblay. Quand nous sondons les entreprises agroalimentaires régionales, 95 % d’entre elles se disent intéressées par ce marché. Du côté des 180 SGÉ ayant répondu à notre sondage, 90 % souhaitent augmenter leur approvisionnement local et québécois. »

Le déploiement des Petits ambassadeurs

Alors que les parents des enfants québécois sont de plus en plus sensibilisés à l’importance d’encourager l’achat d’aliments locaux, le moment est bien choisi pour déployer un tel projet à l’échelle provinciale. Une superbe initiative que 100° se promet de suivre…

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