Milieu scolaire / Éducation

Pandémie: comment mieux soutenir les jeunes athlètes privés de sports organisés?

Pandémie: comment mieux soutenir les jeunes athlètes privés de sports organisés?
Martin Dusseault

Martin Dusseault

TRAVAILLEUR SOCIAL ET COORDONNATEUR BIEN DANS MES BASKETS | CIUSSS CENTRE-SUD DE L'ÎLE DE MONTRÉAL

La pandémie entraîne son lot d’anxiété et déstabilise toute notre société. Mais pour les jeunes qui sont très engagés dans une pratique sportive, la suspension des activités peut être particulièrement éprouvante, en ébranlant leur équilibre physique et mental. Comment les entraîneurs. enseignants ou autres intervenants peuvent-ils les soutenir pour diminuer les risques d’effets collatéraux des mesures sanitaires ? Voici dix pistes d’action pour relever ces défis !

Les intervenants sportifs qui travaillent auprès des jeunes peuvent en témoigner. Au cours du mois de novembre, la détresse, les problèmes de santé mentale et les idées suicidaires se sont manifestés plus que jamais. Une étude américaine réalisée sur des athlètes de niveau secondaire, publiée par la faculté de médecine de l’Université du Wisconsin, nous présente des résultats affolants. 65 % des athlètes-étudiants ont rapporté vivre de l’anxiété tandis que 68 % de ces mêmes adolescents mentionnaient avoir connu des symptômes dépressifs depuis l’arrêt de leur sport. Fait d’autant plus inquiétant, 34 % de ceux-ci vivaient ces symptômes de manière modérée ou sévère. Bien que cette étude soit américaine, nous pouvons croire que les résultats seraient semblables chez nos jeunes athlètes-étudiants québécois.

Une période charnière… et fragile

Il est important de se rappeler que pour nos adolescents, cette période tumultueuse vient s’ajouter aux multiples transformations physiques, psychologiques et émotionnelles, tout à fait normales et nécessaires à cette étape de la vie. Rappelons-nous que nos jeunes sont à l’âge où se construit leur identité. À travers leurs activités sportives, leurs contacts sociaux, leurs relations parentales et leurs relations avec des adultes significatifs, ils apprennent à développer des compétences et à établir des repères qui les mèneront bientôt à l’indépendance.

Sur le terrain clinique, nous pouvons identifier plusieurs facteurs qui fragilisent la santé mentale de nos jeunes cette année. Le manque de routine, la diminution des occasions de faire de l’activité physique, l’isolement, la peur, l’incertitude, la surutilisation des écrans, la diminution des saines habitudes de vie, la réduction du sommeil et surtout l’augmentation du niveau d’anxiété sont en constante progression. Une anxiété qui semble être plus souvent qu’à son tour, générée par l’adulte, qui lui-même, a perdu ses propres repères ou qui vit des stresseurs inhabituels, et transférée ensuite à l’adolescent.

Mieux soutenir les jeunes dans la tempête

Ainsi, pour reprendre les mots d’une de mes collègues, nous sommes conscients que la tempête passera, mais nous savons aussi que tous n’ont pas le même bateau pour la traverser. Alors, vous, chers coaches, enseignants, intervenants, que pouvez-vous faire pour vous assurer que les jeunes athlètes que vous côtoyez vont bien et qu’ils ont les bons outils dans leur bateau ? Voici quelques pistes de solutions simples sur lesquelles vous pouvez certainement avoir de l’influence et qui permettront à nos jeunes athlètes adolescents de pouvoir traverser la tempête sur leur bateau sans risque de s’échouer.

  • Soyez à l’écoute des besoins des adolescents que vous côtoyez et normalisez leurs émotions. La crise nous révèle que plusieurs ne sont pas en mesure de satisfaire leurs besoins de base. Considérant la pyramide des besoins de Maslow, il sera difficile de les aider à se réaliser si leurs besoins en matière de sécurité, d’alimentation et de relations sociales ne sont pas remplis.
  • Préservez le lien : individuellement et collectivement. Même s’il est présentement difficile d’avoir des contacts directs avec nos athlètes, la technologie nous permet tout de même de rester connectés. N’hésitez pas à utiliser Zoom, Facetime, Teams, Skype ou tout autre média social pour garder contact avec vos jeunes. Créez un nouveau canal de communication. Soyez conscient que vous comptez parmi les personnes les plus importantes de leur vie d’ado. Donc s’ils manifestent le souhait de partager leurs sentiments, d’exprimer leurs besoins, d’exposer leurs problèmes, ils vous tendront la perche !
  • Profitez-en pour aider vos jeunes à revoir les motifs pour lesquels ils font du sport. Les amener à réfléchir sur soi les reconnectera avec les raisons de prendre soin d’eux, tant physiquement que mentalement. Cette réflexion stimulera grandement leur motivation et la révision de leurs objectifs
  • Aidez vos athlètes à adopter une routine quotidienne. Bien que souvent considéré comme contraignant de la part de nos ados, ce cadre permet de sentir qu’ils ont du contrôle sur leur journée, ce qui par le fait même diminuera l’anxiété. Cette routine permettra aussi d’y insérer des moments d’activités physiques et de stabiliser les heures de sommeil qui semblent compromises depuis mars dernier.
  • Profitez de ce moment pour donner des conseils à vos athlètes qui pourront les aider dans les différentes sphères de leur vie. Abordez avec eux les saines habitudes de vie, la nutrition, le sommeil, la gestion du temps d’écran et des réseaux sociaux, et surtout la gestion de stress et de l’anxiété.
  • Prenez le temps d’évaluer le climat de travail avec vos adolescents. Pour calmer l’anxiété reliée à l’incertitude et la perte de repères, il est nécessaire de proposer un climat sécurisant ainsi qu’un cadre et une relation bienveillante.
  • Reconnaissez les limites de vos compétences. Vous n’êtes pas nécessairement des travailleurs sociaux, psychologues ou psychoéducateurs. Votre rôle est d’être à l’écoute des besoins de vos athlètes et les guider vers des intervenants professionnels lorsque la situation le demande.
  • Prenez soin de vous-même et de votre propre santé mentale. Il faut être en bonne disposition pour assurer une écoute bienveillante et une présence de qualité.
  • Adaptez vos activités en fonction des besoins. Soyez créatif et innovant. La pandémie nous oblige à sortir de nos zones de confort et ça pourrait faire un grand bien !
  • Pour les directions scolaires, les responsables de club ou d’organisations, le moment de pause sportive est un excellent temps pour prendre soin des adultes qui travaillent avec nos athlètes. L’anxiété qui les habite peut se déverser naturellement sur nos jeunes. Évaluons comment ils se portent, offrons-leur de nouveaux outils et surtout, formons-les à la nouvelle réalité et au dépistage de la détresse psychologique. Non seulement ça stimulera leur sentiment d’appartenance de compétence et de reconnaissance.

Il va sans dire que, au-delà des jeunes sportifs, ce sont tous les adolescents qui sont fragilisés par le contexte actuel de pandémie. Au Québec, les résultats préliminaires d’une étude mentionnent que 51 % de nos adolescentes et 38 % des adolescents présenteraient de la détresse psychologique et/ou des symptômes anxieux (Tardif-Grenier, 2020). Pour les adultes qui s’occupent d’eux, tant les parents que les enseignants et les intervenants, c’est assurément un appel à l’action. Il est de notre responsabilité de veiller plus que jamais au bien-être de nos jeunes.