Changer les règles

Ville nourricière: Saint-Bruno-de-Montarville innove et défriche le terrain

Le 22 janvier 2018

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En mars 2017, Saint-Bruno-de-Montarville devenait l’une des premières municipalités du Québec à se doter d’une Politique Ville nourricière. Près d’une année plus tard, Isabelle Bérubé, conseillère du district 5, raconte les progrès accomplis.

100º : Quels sont, d’après vous, les facteurs ou les circonstances qui ont conduit votre ville à adopter sa Politique Ville nourricière ?

Isabelle Bérubé : En 2014, la Ville a mené un large exercice de consultation publique auprès des Montarvillois. Ce qui a donné naissance à notre Vision stratégique 2035. Car c’est justement ce qu’on demandait aux gens : se projeter dans l’avenir pour nous dire comment ils rêvaient leur ville dans 20 ans. Comment ils souhaitaient que leur ville soit en 2035. Et plusieurs constats sont ressortis de cet exercice, dont un qui a débouché sur la Politique Ville nourricière.

C’est dire que votre politique répond aux souhaits exprimés par les citoyens ?

Exactement. Sans trop de surprise, les gens ont d’abord exprimé leur attachement aux paysages qui caractérisent notre communauté, notamment ses zones agricoles. Mais, en parallèle, les citoyens ont manifesté un intérêt marqué pour les enjeux liés à l’achat et à l’approvisionnement local, ainsi qu’aux saines habitudes de vie. Et les astres semblaient vraiment bien alignés puisque l’organisme Vivre en Ville venait tout juste de publier son guide Villes nourricières : mettre l’alimentation au cœur des collectivités.

Intéressante coïncidence, mais les citoyens ne devaient toutefois pas être nombreux à connaître cette publication.

C’est vrai. Mais, comment vous expliquer… on sentait alors une volonté commune de changement, de faire les choses autrement. Rétrospectivement, je ne peux m’empêcher d’établir un lien avec le documentaire Demain qui traitait, entre autres, des moyens pour s’affranchir des grands systèmes alimentaires afin que les citoyens retrouvent une plus grande autonomie. Et les Montarvillois se disaient justement sensibles au paradoxe que représente le fait d’acheter en magasins des aliments qui viennent de partout, mais d’être incapables de mettre la main sur des produits en provenance des terres agricoles voisines.

Vous pouviez donc compter sur l’appui de vos citoyens. Mais la mise en place d’une telle politique doit comporter son lot de difficultés, non ?

C’est clair. Nous avons dû adapter certains de nos règlements, notamment au chapitre du zonage. D’ailleurs, même avant l’adoption de la politique Ville nourricière en tant que telle, nous avions déjà commencé à apporter des changements pour permettre, entre autres, les potagers en façade. Dans d’autres situations, je vous dirais que, parfois, les changements ont aussi servi à encadrer des pratiques qui avaient déjà cours, comme l’élevage des poules… un secret de polichinelle à l’époque…

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Autrement dit, avant même l’adoption de la politique, cette volonté commune, dont vous parliez, se manifestait déjà concrètement.

Dans le cadre de notre Vision stratégique 2035, nous avions déjà commencé à mobiliser des comités consultatifs pour œuvrer à la Politique. Par exemple, dès le départ, l’un de ces comités, la Tribune jeunesse, a poussé très fort pour l’installation de ruches urbaines. Afin de prévenir les appréhensions des citoyens, on a décidé de travailler en amont. La Tribune jeunesse a donc fait du porte-à-porte pour sensibiliser les gens et, à notre grande surprise, cela a suscité beaucoup plus d’enthousiasme que de craintes. Résultat : on se retrouve maintenant avec un beau projet intergénérationnel, puisque la Tribune jeunesse s’est associée au Cercle des fermières pour la mise en pot du miel et sa mise en marché !

Et depuis l’adoption de la politique, avez-vous pu constater l’apparition de nouvelles initiatives ?

Justement, cet été j’ai eu la surprise de voir un chapiteau installé sur le terrain de l’église de la paroisse Saint-Bruno par le Centre d’action bénévole (CAB) Les p’tits bonheurs. Il sert d’une part à recueillir les dons de fruits et légumes en surplus et d’autre part à encourager les citoyens, qui sont dans le besoin, à venir se servir. C’est une initiative citoyenne qui permet de lutter à la fois contre le gaspillage et l’insécurité alimentaire. Or, à ma connaissance, la Ville n’y est pour rien. Et ça, c’est fabuleux ! C’est le genre d’exemple qui, selon moi, découle en bonne partie de la mise en place de notre Politique Ville nourricière.

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Qu’elles seront les prochaines étapes du déploiement de votre Politique ?

Notre prochain défi, c’est la mobilisation de tous les acteurs du milieu par la création d’un organisme dont le rôle sera de faire la promotion et la coordination de toutes les initiatives en matière agroalimentaire. Il nous faut des porteurs de projets afin de faire vivre la politique. N’oublions pas que tout cela doit se réaliser dans une perspective d’économie circulaire, ce qui se traduit par la volonté d’agir sur les cinq axes du système alimentaire soit : la production, la transformation, la distribution, la consommation et la gestion des matières résiduelles. Dans ce dernier cas, nous avons même accéléré la mise en place de la collecte sélective afin de pouvoir récupérer les matières organiques dès 2019 !

Saint-Bruno semble en si bon chemin que c’est déjà un exemple à suivre, non ?

Vous touchez à un point qui fait justement partie de nos prochains objectifs : mettre en place de bons indicateurs. Je vous donne un exemple. On trouve à Saint-Bruno des plates-bandes municipales où poussent des plantes comestibles. Les produits de la cueillette sont remis au Centre d’action bénévole pour en faire de la popote qui est ensuite redistribuée aux plus démunis. Avouez que ça fait du sens d’utiliser les terrains de la municipalité pour redistribuer aux membres de la communauté ! Sauf que nous n’avons aucune idée des volumes de production, de transformation et de perte. Avant de créer un guide des bonnes pratiques, on va devoir chiffrer les retombées de toutes ces initiatives.

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Pour terminer, vous avez parlé de vos prochains objectifs, au pluriel…

Présentement, on regarde du côté des commissions scolaires, des restaurateurs, des commerces de détail… On pourrait faire tellement de choses avec eux, par exemple en matière de sensibilisation et d’éducation. D’ autre part, il nous faut un solide plan de communication. Vous savez, nous avons des arbres à noix dans un de nos parcs, et il faut que les gens aillent les cueillir, sinon ça se perd. Et pour cela, les citoyens doivent le savoir afin de se déplacer au bon moment. Car on souhaite vraiment encourager les Montarvillois à venir s’approvisionner eux-mêmes sur les terrains de la ville.

Et, permettez-moi de conclure sur une charmante anecdote. Cet automne, une dame est venue me voir pour se confesser… Ayant aperçu une tomate bien mûre et chauffée par le soleil sur une de nos plates-bandes potagères, elle n’a pas pu s’empêcher de la décrocher de son plant et de la croquer sur place. Mais elle s’est ensuite sentie fautive, pensant avoir agit comme une voleuse. Je l’ai tout de suite rassurée en lui disant : « Allez-y, servez-vous ! Ça n’appartient à personne, mais à tout le monde en même temps. C’est aussi ça, vivre dans une ville nourricière ! »



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La Politique Ville nourricière à Saint-Bruno, ça fait partie des mœurs

Depuis 3 ans, un marché public déploie, chaque été, ses étals au cœur de la Ville. Signe de sa popularité, d’année en année le nombre de rendez-vous offerts à la population ne cesse d’augmenter. C’est devenu un lieu de rencontre qui joue désormais un rôle social essentiel, estime Isabelle Bérubé.

La Ville a, entre autres, modifié sa réglementation afin de permettre l’implantation de potagers urbains sur les toits plats. Il s’agit d’une des nombreuses mesures destinées à encourager l’agriculture urbaine et à en multiplier les lieux d’émergence.

En septembre 2017, la Ville concrétisait son soutien au projet Agriculture urbaine Saint-Bruno en annonçant son raccordement au réseau d’aqueduc municipal. Ce projet, proposé par une entrepreneure en agriculture, madame Elizabeth Ménard, va permettre de remettre en culture une terre laissée à l’abandon et jusque là couverte de plantes envahissantes. Fonctionnant sur le principe de l’économie circulaire, cette petite exploitation va créer des emplois, en plus d’écouler localement sa production biologique !

En octobre 2017, Saint-Bruno-de-Montarville adoptait son nouveau plan d’urbanisme en appui à sa Vision stratégique 2035 et à sa politique de « ville nourricière ». Il s’agit d’un document d’orientations évolutif qui « propose une vision intégrée et durable du développement du territoire en misant sur la protection des milieux naturels et agricoles, la densification et la mixité des fonctions, la saine alimentation et les saines habitudes de vie, ainsi que la mobilité active dans l’optique de favoriser le développement d’une ville à échelle humaine. »

Une municipalité nourricière : un rêve accessible

Visionnez la conférence 100º d’Isabelle Bérubé, conseillère municipale, Saint-Bruno-de-Montarville:

« On a dit aux citoyens : Rêvez votre ville. Dites-nous comment vous voulez la voir dans 20 ans. On a fait des cafés rencontres, on a fait des sondages sur internet, on a monté plein de façons de consulter les gens, d’aller vers eux. La politique Ville nourricière, elle vient de là. »