Limoilou

Garderie en plein air: la formidable initiative d’une éducatrice en milieu familial

Le 2 mai 2017

Convaincue que le jeu libre en nature est essentiel au développement des enfants, Marie-Pierre Lajoie amène chaque semaine les tout-petits de sa garderie familiale Les Petits Pois de Limoilou au cœur de la forêt. Beau temps, mauvais temps, les enfants passent la journée entière à l’extérieur.

Ce projet exceptionnel de Marie-Pierre Lajoie prendra de l’ampleur cet automne, grâce à la collaboration de l’Initiative 1, 2, 3 Go ! Limoilou et de son adjointe à la coordination Michèle Leboeuf. Ces deux pionnières ont décidé de passer à l’action pour le mieux-être des enfants.

Jouer en pleine nature

Bien que sa garderie soit en ville, Marie-Pierre Lajoie a voulu donner la chance aux enfants de découvrir les bienfaits du jeu libre à l’extérieur. Sans plus tarder, elle a conclu une entente avec le Domaine Maizerets, un parc de 27 hectares situé dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, pour faire vivre aux enfants de 3 à 5 ans une journée complète en pleine nature.

« À la forêt du Domaine, il y a une mégabiodiversité qu’on ne trouve pas en ville, explique Marie-Pierre. Le fait que ce n’est pas aménagé, c’est magique. Les enfants développent leurs capacités et leur curiosité et apprennent à se faire confiance ».

Marie-Pierre Lajoie: « Ma référence, c’est quand on était tout petits, on jouait dehors et on sautait partout. Quand on pense à notre propre enfance, ça donne un sens à ce qu’on cherche à faire. »

Gérer le « risque sain »

Passionnée par son métier d’éducatrice, Marie-Pierre Lajoie raconte avoir vécu un gros déclic en assistant à une présentation du chercheur Claude Dugas sur la prise de risque, qui a profondément changé sa vision et transformé son travail au quotidien. « Il y a le carcan de la sécurité qui est super puissant, reconnaît-elle. Mais l’objectif risque zéro, ça veut dire on ne fait rien. C’est dans ce sens-là qu’il faut trouver la juste ligne entre les dangers versus le risque sain. Nous, notre règle de sécurité en forêt, c’est qu’on doit toujours se voir. Ça donne une latitude. Le carcan est pas mal moins présent. » Au-delà de la journée au Domaine Maizerets, Marie-Pierre exploite quotidiennement son environnement extérieur au maximum et encourage les enfants à jouer dehors et à découvrir la nature selon leurs propres capacités. « Si je laisse un enfant monter dans un arbre, il faut que j’évalue les risques et que j’accepte qu’il se fasse des écorchures. C’est normal : ça fait partie de l’apprentissage ! »

Grandir en forêt : un projet mobilisateur

Marie-Pierre Lajoie participe à la table de mobilisation de l’organisme à but non lucratif Initiative 1, 2, 3, Go ! Limoilou, où elle a rencontré Michèle Leboeuf. Les deux femmes n’ont pas tardé à voir qu’elles partageaient les mêmes convictions et le même désir de favoriser le développement des enfants par le jeu libre et le contact avec la nature.

« Il y a eu une convergence, raconte Michèle. D’autres citoyens ont démontré un intérêt et on s’est dit que ce serait intéressant d’élargir la portée de l’initiative de Marie-Pierre. » Dès cet automne, une structure sera mise en place pour aller chercher des groupes d’enfants dans les CPE de Limoilou et les amener jouer dans la forêt. Le projet « Grandir en forêt » permettra ainsi à une trentaine d’enfants de passer deux jours par semaine au Domaine Maizerets.

« Ça fait des années que je travaille sur la question de la qualité des environnements éducatifs, confie Michèle Leboeuf. Une des grandes préoccupations que j’ai, c’est de faire en sorte que les enfants qui vivent dans des contextes de vulnérabilité puissent avoir accès à un environnement qui soit riche sur le plan de l’expérience. »

Sensibiliser les parents

Marie-Pierre Lajoie, qui a trois enfants dont des jumeaux, sait combien tous les parents craignent pour la sécurité de leurs enfants, tout en voulant le mieux pour leur développement. Un tel projet ne peut donc pas se faire sans une opération de sensibilisation auprès des parents. « Quand j’ai commencé à passer plus de temps dehors et à voir le risque sain d’une façon différente, j’en ai discuté avec les parents, explique Marie-Pierre. Je prends aussi beaucoup de photos ; ça leur permet de voir à quel point c’est riche et nourrissant pour les enfants. » Une démarche qui va tout à fait dans le sens de l’énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur de l’organisme ParticipAction, qui encourage les parents à soutenir le développement de leur enfant en favorisant le jeu libre en plein air.

Transformer la culture des services de garde

Marie-Pierre Lajoie et Michèle Leboeuf n’ont pas compté leurs heures pour concrétiser leur projet. Il fallait entre autres convaincre les partenaires, voir à assurer le transport et acquérir de l’équipement de plein air pour les enfants — une dernière étape qui n’est pas encore finalisée. Le projet est toutefois bien en selle pour l’automne. Mais ce que les deux initiatrices souhaitent par-dessus tout, c’est d’en assurer la pérennité. Pour y parvenir, elles projettent d’ajouter un volet de réflexion avec des acteurs de la communauté et de la société en général afin que leur expérience puisse servir de levier pour la mise en place de services de garde en pleine nature, à travers tout le Québec. « Ça fait longtemps que je porte ce projet dans mon cœur, ajoute Michèle. Il y a plein de possibilités, mais il faut revoir nos a priori et que les éducatrices retrouvent le plaisir d’être en nature. »

« Tout le monde s’entend pour dire qu’il faut laisser les enfants jouer dehors, prendre certains risques, conclut Marie-Pierre. C’est vraiment une prise de conscience collective qu’on doit faire. On n’est pas les seules au Québec, mais on est en retard sur certains pays. »