Santé et société

Bien-être et qualité de vie : comment vont les enfants du Québec?

Bien-être et qualité de vie : comment vont les enfants du Québec?

Ressource

Une enquête, principalement menée par la Fédération des comités de parents du Québec, vient de sonder des parents d’enfants d’âge scolaire afin d’évaluer leur niveau de bien-être, leur utilisation des écrans, et leurs relations à l’école. Des parents qui étaient aussi invités à témoigner de leurs préoccupations à l’égard de ces enjeux. En voici les faits saillants, éclairés notamment par les explications de Dre Mélissa Généreux*.

Soulignons d’abord que cette enquête, qui en est à sa troisième édition, permet de constater, cette année, une légère tendance à la hausse de la qualité de vie des familles. Toutefois, bien des aspects demeurent préoccupants en matière de santé mentale, d’utilisation des écrans, d’anxiété sociale, de violence et d’intimidation à l’école.

Temps d'écran

Le bien-être des jeunes du primaire et du secondaire

Globalement, on remarque chez les jeunes que la qualité de vie, la santé mentale et le sentiment de bien-être se dégradent au secondaire alors que l’usage de la médication (psychostimulants) s’accroît. On constate aussi certaines disparités selon le genre. Ainsi, la santé mentale des filles, au secondaire, se détériore encore plus que celle des garçons qui, eux, sont comparativement plus nombreux à faire usage de psychostimulants.

Sans surprise, le temps d’écran, la connectivité (utilisation de différentes technologies) et l’usage problématique des médias sociaux sont en hausse constante, dès le primaire, et connaissent ensuite une accélération marquée au tournant du secondaire. Notons, à ce chapitre, que les garçons (35 %) sont plus à risque d’un usage problématique que les filles (26 %). Ce qui entraîne notamment son lot de conflits et de tensions à la maison.

En ce qui concerne les relations à l’école, il semble que les filles soient légèrement plus enclines à éprouver de l’anxiété sociale que les garçons. Cela dit, du primaire au secondaire, ce sentiment demeure étonnamment stable. En revanche, on note une augmentation signification de la violence au secondaire, alors que, de manière surprenante, les comportements d’intimidation ou de discrimination sont plus présents au primaire qu’au secondaire.

Intimidation à l'école

Programme régulier, sélectif ou école privée

Parmi les critères retenus dans cette enquête, certains indicateurs sont aussi examinés en fonction du type d’établissement scolaire : public régulier, public sélectif ou privé. Qu’il s’agisse de la qualité de vie, de la santé mentale, de l’usage de la médication ou de la violence à l’école (secondaire), le constat est clair : les élèves du programme régulier sont beaucoup plus à risque d’éprouver des difficultés que ceux du public sélectif ou du privé.

Mélissa Généreux

Questionnée à ce sujet, Dre Mélissa Généreux, qui a supervisé cette enquête, souligne qu’il ne s’agissait pas ici de stigmatiser les programmes réguliers. « Au contraire, soutient-elle, il est important de mesurer ces écarts, d’autant plus qu’ils sont considérables, pour ensuite tenter de répondre aux lacunes du systèmes et allouer les ressources nécessaires en fonction des besoins. Pour agir efficacement, il faut connaître l’état de la situation. »

« Un des aspects qui me frappe le plus, ajoute-t-elle, c’est la grande différence entre le régulier et le sélectif, par exemple en matière de violence. Et c’est surprenant, car les élèves de ces deux programmes se retrouvent pourtant dans un même établissement. Ils fréquentent la même cafétéria. Mais, ceux du programme régulier vivent deux fois plus d’intimidation ou de discrimination que les autres du programme sélectif. Je n’ai pas d’explication, mais c’est certainement un problème qu’il faudrait creuser si on veut lui trouver une solution. »

Élève en difficulté

Les élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage

Sur l’ensemble des enfants dont les parents ont participé à l’enquête, 29 % d’entre eux étaient des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Que ce soit au chapitre de la qualité de vie, de la santé mentale, de la médication, de l’usage problématique des écrans, de l’anxiété sociale et de l’intimidation ou la discrimination, les enfants avec des besoins particuliers sont nettement plus vulnérables que les non-EHDAA. Et leur situation ne cesse de se détériorer du primaire au secondaire (sauf pour l’intimidation ou la discrimination).

Pour Dre Mélissa Généreux, il s’agit d’un portrait alarmant. « Clairement nous devons accorder beaucoup plus d’attention aux élèves avec des besoins particuliers. Présentement, ce sont les laissés pour compte du système d’éducation. Bien sûr, c’est l’ensemble de la société qui devrait aussi se sentir interpellée par ce constat. Car l’école ne peut pas combler tous les besoins. Il faudrait certainement que ça devienne un sujet de discussion collective. »

Père et fille

Les préoccupations des parents

Cette année, le sujet de préoccupation numéro un des parents porte sur les écrans, peu importe si leurs enfants sont au primaire ou au secondaire. Toutefois, on remarque que c’est moins le temps d’écran qui les inquiète que les types de contenus ou leur influence. Ce dont se réjouit d’ailleurs Dre Mélissa Généreux. « Même si l’enjeu demeure problématique, je trouve ça encourageant comme changement de paradigme. Auparavant, c’était plus la quantité de temps passé devant les écrans qui inquiétait les parents. Et pour cause. Puisque ça empiétait sur d’autres aspects importants d’une bonne hygiène de vie, comme l’activité physique ou le sommeil. Alors que maintenant, en se préoccupant davantage de la qualité des contenus, les parents deviennent conscients que le phénomène est complexe et que les dangers associés à leur utilisation sont nombreux. D’ailleurs, notre enquête montre que 84 % des parents sont d’accord avec l’interdiction des cellulaires à l’école. »

Notons, pour terminer, que le quart des parents qui ont participé à l’enquête jugent que leur situation financière est préoccupante. Et ça, pour une société, c’est un constat vraiment préoccupant. Mais c’est une autre histoire…

*Dre Mélissa Généreux est médecin spécialiste en santé publique et professeure titulaire à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Elle a supervisé cette enquête menée par la Fédération des comités de parents du Québec et l’Association des comités de parents anglophones, en collaboration avec leurs partenaires : l’Association pour la santé publique du Québec et l’École branchée. Une enquête qui a permis de rejoindre plus de 12 000 parents d’enfants d’âge scolaire lors d’un sondage en ligne mené du 2 au 13 février 2026.

Pour consulter les résultats de l’enquête : https://www.fcpq.qc.ca/wp-content/uploads/2026/03/20260318-resultats_3e_enquete_bien-etre.pdf

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