Agroalimentaire

Premier portrait du gaspillage alimentaire au Québec

Premier portrait du gaspillage alimentaire au Québec

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Depuis des années, la même donnée circule dans les médias : au Canada, comme au Québec, 47 % du gaspillage alimentaire serait causé par les ménages. Or, une nouvelle étude de RECYC-QUÉBEC, en partenariat avec la Ville de Montréal, permet non seulement de remettre les pendules à l’heure, mais aussi de quantifier les émissions de gaz à effet que génèrent ces pertes et ce gaspillage.

François Grenier

François Grenier

JOURNALISTE | 100º

Le problème avec ce fameux 47 %, c’est qu’il repose sur la valeur marchande des aliments gaspillés. Or, contrairement au milieu de la restauration qui par exemple peut aisément réaliser des économies d’échelle, le consommateur, lui, paie ses aliments au prix fort. Autrement dit, c’est le consommateur qui éponge la plus grande part des pertes financières liées au gaspillage alimentaire. Mais, si on réalise les calculs en fonction du tonnage, un étalon insensible à la loi de l’offre et la demande, la responsabilité du consommateur québécois se situe plutôt autour de 28 %. Une donnée plus équilibrée, mais qui ne le dispense pourtant pas de faire plus d’efforts pour éviter le gaspillage.

Gaspillage alimentaire
Répartition des aliments comestibles perdus ou gaspillés à travers le système bioalimentaire

À propos des résidus alimentaires

Le système bioalimentaire du Québec, selon les données de 2019, met en circulation 7,5 millions de tonnes de denrées, ce qui équivaut à 2,43 kg par personne par jour. Sur ce total, 4,43 millions de tonnes sont consommées et 3,12 millions de tonnes sont jetées en tant que résidus alimentaires. Mais attention, ce dernier nombre se divise en deux éléments distincts. On trouve d’abord la catégorie Aliment comestible perdu ou gaspillé (ACPG) qui pèse 1,2 million de tonnes et celle des Parties non comestibles associées (PNCA) qui comptent donc pour 1,92 million de tonnes.
 
Autrement dit, sur les 3,12 millions de tonnes de résidus alimentaires, 39 % d’entre elles sont attribuables aux ACPG et 61 % aux PNCA. Certains se demanderont pourquoi les PNCA figurent dans cette équation puisqu’ils sont non comestibles. C’est parce qu’ils sont indissociables de la chaîne alimentaire et que, tout dépendant de l’étape de production par laquelle ils transitent, sans oublier leur destination, ils contribuent aux émissions de gaz à effet de serre que génère globalement notre système alimentaire.

Gaspillage alimentaire

Empreinte carbone

Les émissions annuelles totales d’équivalent CO2 associées au système bioalimentaire québécois sont estimées, selon les données de 2018, à 20,2 millions de tonnes. Autrement dit, le 2,43 kg de denrées par personne par jour pèse 6,5 kg de CO2. De ce nombre les résidus alimentaires génèrent 7,9 millions de tonnes de CO2, soit 39 % des quelque 20 millions de tonnes. De ces résidus alimentaires, les ACPG sont responsables des émissions ~3,5 millions de tonnes de CO2, soit 45 % des tous les résidus, et les PNCA ~4,3 millions de tonnes, soit 55 %.
 
Le lecteur averti remarquera que les proportions d’empreintes carbone des ACPG et des PNCA diffèrent de celles de leurs tonnages. Alors qu’ils représentent respectivement 39 % et 61 % du poids total des résidus alimentaires, ils comptent respectivement pour 45 % et 55 % de leur empreinte carbone. Ce qui est notamment attribuable au fait que 47 % des ACPG prennent le chemin de l’enfouissement, contre 27 % pour les PNCA.
 
Un tel exemple illustre bien la pertinence de ce rapport, puisqu’il permet notamment de mettre en lumière les maillons faibles de notre chaîne alimentaire. En l’occurrence, c’est la prévisibilité des PNCA qui semble faciliter leur injection dans des filières de valorisation, car on sait d’avance en quelle quantité ils seront générés. De leur côté, les ACPG, plus sujets aux aléas de la transformation ou de la distribution, ce qui les rend plus imprévisibles, seraient donc plus difficiles à valoriser. Ils prennent donc plus souvent le chemin de l’enfouissement où, en se décomposant, ils produisent de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Gaspillage alimentaire

Choix individuels et collectifs

Cette étude permet non seulement d’identifier les secteurs de la chaîne de production où des progrès significatifs devraient être réalisés, mais elle peut aussi contribuer à éclairer les choix des consommateurs. Par exemple, seulement 13 % du tonnage des ACPG est attribuable aux viandes et volailles. En revanche, ces mêmes viandes et volailles comptent pour 59 % des émissions annuelles totales d’équivalent CO2. À l’inverse, pourrait-on dire, les fruits et légumes, qui représentent 45 % du tonnage des ACPG, ne sont responsables que de seulement 15 % des émissions de CO2.
 
Cette différence s’explique notamment par le fait que la production d’une tonne de bœuf engendre 23,5 tonnes d’équivalent de CO2. Dans le cas de l’agneau, c’est 15,35 tonnes, le porc 4,29 et la volaille 4,39. Cependant, une tonne de fruit et légumes n’engendre que 0,462 tonne de CO2. On constate donc que, en matière d’émission de gaz à effet de serre, nos résidus alimentaires ne sont pas tous égaux.

Gaspillage alimentaire

Deuxième moisson

Nos systèmes alimentaires sont évidemment fort complexes et pour diminuer les pertes et le gaspillage, tout comme les émissions de gaz à effet de serre associées, de nombreuses mesures devront être mises en place. Toutefois, ces stratégies peuvent se résumer assez simplement grâce au principe suivant, explique le rapport : il faut agir en amont de la poubelle. En fait, il n’existe pas de raison valable pour que de la matière organique, comestible ou non, se retrouve dans des sites d’enfouissement. Une pratique qui ne devrait pas être considérée comme normale.
 
La première règle, donc, c’est bien sûr la réduction à la source, ce que tout le monde peut réaliser, y compris les consommateurs. Ensuite, c’est le réemploi par l’utilisation de surplus ou de résidus alimentaires afin de créer des produits à valeur ajoutée et destinés à l’alimentation humaine. Là aussi les consommateurs peuvent jouer un rôle, en confectionnant par exemple des confitures ou du pesto. Le même type de réemploi peut servir à l’alimentation des animaux. Puis, il y a le supracyclage qui débouche sur des produits à valeur ajoutée, mais non alimentaire. Et si toute ces options demeurent impraticables, alors on peut se rabattre sur le compostage et retourner au sol ce que nous lui avons emprunté.
 
Après ça, techniquement, nous n’aurions plus besoin de poubelles…
 
Pour lire le rapport complet : Étude de quantification des pertes et gaspillage alimentaires au Québec

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