Agroalimentaire

Les initiatives de lutte au gaspillage et à la défavorisation sous la loupe de l’INSPQ

Les initiatives de lutte au gaspillage et à la défavorisation sous la loupe de l’INSPQ
François Grenier

François Grenier

JOURNALISTE | 100º

La récupération des invendus comestibles, le glanage des aliments non récoltés, les frigos communautaires et la vente à bas prix des fruits et légumes moches, voilà autant d’initiatives de réemploi alimentaire que l’INSPQ examine dans un tout nouveau rapport de sa collection TOPO.

Au Québec, ces dernières années, de nombreuses initiatives, en matière de réemploi alimentaire, ont fait leur apparition dans le but de rendre accessibles, notamment aux populations défavorisées, des aliments écartés de la chaîne d’approvisionnement traditionnelle. Autrement dit, il s’agit à la fois de lutter contre le gaspillage alimentaire et de favoriser la sécurité alimentaire. Toutefois, on possède peu de données sur le sujet. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a donc voulu examiner les conditions de mise en œuvre de ces initiatives, leur fonctionnement, leur pérennité et les bénéfices perçus à partir des points de vue des acteurs du milieu.

Les 3RV-É

Dans le domaine de la gestion des matières résiduelles, l’acronyme 3RV-É est bien connu. Il désigne les termes suivants : Réduction, Réemploi, Recyclage, Valorisation, Élimination. Cela vaut aussi pour les aliments. C’est donc dans ce contexte que l’on doit considérer l’expression « réemploi alimentaire », qui dès lors signifie de manière très technique : « Utiliser une seconde
fois des produits qui auraient été jetés, soit la consommation humaine des matières comestibles, par la récupération des rejets dans les différentes étapes du système alimentaire. » Bref, avec la réduction, qui lui est préférable, le réemploi est un geste qui contribue nettement à la réduction du gaspillage.

Le rapport de l’INSPQ s’est donc penché sur 4 types d’initiatives québécoises qui participent aux efforts de réemploi alimentaire.

  • La récupération alimentaire : consiste à récupérer les aliments invendus encore comestibles chez les grossistes, distributeurs et commerçants, pour les redistribuer principalement dans les banques alimentaires.
  • Le glanage : vise à récupérer les surplus agricoles directement chez les producteurs pour être partagés de manière égale entre le cueilleur, le producteur et un organisme communautaire.
  • Les frigos communautaires : permettent aux commerçants ou aux particuliers de partager leurs surplus d’aliments à ceux qui peuvent en profiter.
  • La vente de fruits et légumes à prix réduits: donne accès à des produits frais, mais imparfaits, à des prix inférieurs de 30 à 50 %.

Quelques-uns des bénéfices

Selon le rapport de l’INSPQ, les initiatives de récupération alimentaire de grande envergure comme le Programme de récupération en supermarchés et le Service de récupération alimentaire de La Tablée des Chefs contribuent de manière notable à lutter contre le gaspillage alimentaire, tout en améliorant la qualité de l’offre des organismes qui redistribuent ces surplus. De plus, les volumes traités sont assez stables tout au long de l’année, ce qui n’est évidemment pas le cas du glanage.

Dans le cas des initiatives citoyennes à l’échelle locale, les effets sont beaucoup plus limités. On note cependant qu’ils offrent l’occasion, pour plusieurs personnes, de socialiser, de découvrir de nouveaux types d’aliments ou d’acquérir de nouvelles compétences. Par exemple, les frigos communautaires auraient le potentiel, selon l’INSPQ, de devenir des outils sociaux de 
lutte à l’isolement, de contribuer à la mixité sociale en plus de favoriser l’économie de partage. Ces derniers sont d’ailleurs perçus par leurs utilisateurs comme plus inclusif et moins stigmatisant que les banques alimentaires.

Le réemploi alimentaire peut enfin jouer un rôle pédagogique non négligeable. En effet, l’émergence de ces initiatives, jumelée à leur visibilité dans les médias, constitue une façon de sensibiliser la population aux conséquences néfastes du gaspillage alimentaire. Rappelons en effet que, au Canada, 44 % du gaspillage alimentaire découle de la chaîne d’approvisionnement, à savoir la production, la transformation, le transport et la distribution, ce qui inclut la vente
 au détail. Or, le consommateur à la maison demeure le plus grand responsable du gaspillage alimentaire dans une proportion de 47 %. De quoi alimenter de nombreux frigos communautaires…