Sécurité alimentaire

Une expérience immersive dans les champs avec les Compagnons Maraîchers·ères

Une expérience immersive dans les champs avec les Compagnons Maraîchers·ères

Ressource

Dans un monde où tout va rapidement, il existe souvent une déconnexion profonde entre la vie urbaine et la réalité agricole. Par conséquent, nous ne prenons pas toujours réellement conscience de la valeur des aliments qui se retrouvent dans notre assiette. Et si, l’espace d’une journée ou d’une fin de semaine, nous vivions un moment d’immersion dans le quotidien d’une ferme maraîchère ? Peut-être serions-nous plus sensibles aux réalités des milieux agricoles et plus conscient·es de la valeur réelle des aliments ? 

 

C’est justement ce que les Compagnons Maraîchers·ères, un mouvement communautaire et solidaire regroupant des fermes écologiques de proximité, nous proposent à travers leurs excursions. 

Jardins de la résistance
Les Jardins de la Résistance, Ormstown

Un projet d’immersion agricole né à l'UQAM

Le mouvement a pris racine de façon très organique en 2017, alors que trois étudiant·es en géographie et environnement à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) cherchaient à acquérir de l'expérience sur des fermes. L'un des fondateurs, Olivier Côté-Thibault, a commencé à organiser, pour ses ami·es, des sorties de groupe dans des fermes de son entourage. Petit à petit, au vu de la demande bien présente, l’offre s'est élargie à tout le monde. 

Aujourd’hui membre du Réseau Demain le Québec, Stéphanie Vaillancourt s’est jointe aux Compagnons Maraîchers·ères dès leur première assemblée. Cela fait près de 10 ans qu’elle s’investit bénévolement dans la gestion de l’OBNL afin de mobiliser des volontaires pour soutenir les fermes écologiques de la grande région de Montréal. Au fil des années, elle a forgé son expertise grâce à plusieurs formations, notamment en horticulture, écologie, planification territoriale et gestion des risques.

Ferme Aux jardins colorés
Ferme Aux jardins colorés, Sainte-Cécile-de-Milton

L’expérience concrète d’une journée dans les champs

Les excursions proposées par les Compagnons Maraîchers·ères sont à différencier des activités de glanage offertes dans plusieurs municipalités et MRC du Québec. L’OBNL propose un service de mobilisation de bénévoles pour venir prêter main-forte à la ferme. Le glanage, quant à lui, s’effectue plutôt à la demande, lorsqu’une ferme compte des surplus et invite les gens à venir les chercher pour les redistribuer. 

Les excursions offertes par les Compagnons Maraîchers·ères durent une journée ou une fin de semaine, et c’est l’organisme qui prend en charge la logistique et les déplacements.

Lors d’une journée typique, le groupe de bénévoles se retrouve à un point de rencontre à Montréal et se déplace en covoiturage. À l’arrivée, une visite de la ferme avec la personne propriétaire est prévue pour se familiariser avec les lieux. Ensuite, les participant·es se rendent aux champs pour environ six heures de travail, entrecoupées d’un dîner composé d’ingrédients frais, offert par la ferme.

Les tâches varient selon les besoins : désherbage, plantation, récolte, montage de clôtures, ramassage de roches dans les champs, etc. Pour les excursions d’une fin de semaine, la journée se poursuit avec un souper collectif, une soirée autour du feu et une nuit en camping. 

« Notre approche est très minimaliste, et c'est voulu comme ça : ralentir notre rythme de vie, arrêter d'être toujours dans la recherche de nouveauté. On veut se recentrer sur l'essentiel. »

- Stéphanie Vaillancourt, administratrice des Compagnons Maraîchers·ères

Toutes les raisons sont bonnes pour participer à une excursion et aucune expérience préalable n'est requise. De la simple curiosité à la quête de sens, les gens viennent aussi pour aider, se ressourcer, ralentir, apprendre et passer du temps en nature. Certaines personnes reviennent même tous les ans, parfois sur la même ferme. Stéphanie Vaillancourt mentionne cet ingénieur dans la cinquantaine, qui participe régulièrement : « C'est comme des vacances pour son cerveau : aider sur des fermes, se sentir utile et se connecter aux autres. » 

Certains bénévoles viennent même de l'extérieur du Québec pour découvrir différents modèles agricoles, dont une personne du Minnesota qui a participé à une demi-douzaine d’excursions en vue de démarrer un projet similaire chez elle.

Les Jardins du Cheval Blanc
Les Jardins du Cheval Blanc, Saint-Antoine-sur-Richelieu

Un nouveau regard sur la nourriture que l’on consomme

En étant exposé·e, même pour un bref instant, au quotidien des travailleur·euses agricoles, notre perception change. On peut mieux comprendre certaines réalités, dont le prix de certains produits. « On voudrait que les carottes bio ne coûtent pas cher, mais la réalité, c'est qu'il faut les éclaircir une à une, les désherber (quasiment à la pincette)… J'ai de la difficulté à imaginer qu'une personne vivrait une expérience comme celle-là, puis dirait : "Voyons donc, pourquoi ta livre de carottes coûte cinq dollars?" », illustre Stéphanie Vaillancourt. 

Après avoir participé à une excursion, l’expérience continue à faire son chemin, même si on habite en ville. Se permettre de ralentir, de se reconnecter à la terre et à la communauté, et créer des liens entre les milieux ruraux et urbains… tout cela produit un effet durable. 

Outre se sensibiliser aux réalités agricoles de sa région, ce type d’expérience permet aussi de faire un pas de plus vers la transition socioécologique. En effet, une nouvelle solidarité se crée avec celles et ceux qui produisent nos aliments et qui, par le fait même, encouragent l’autonomie alimentaire du Québec et proposent des alternatives concrètes aux modèles agroalimentaires industriels.

« Si tout le monde au Québec faisait une journée de bénévolat maraîcher par année, ça créerait un vrai changement à l’échelle de la communauté. Une personne qui se dit : "Moi, chaque année, je fais au moins deux excursions", c'est une personne qui est déjà engagée sur la voie de la transition socioécologique », affirme Stéphanie Vaillancourt.

Bien sûr, un tel souhait renvoie à des enjeux plus larges, notamment le revenu minimum viable et la réduction du temps de travail comme conditions pour offrir aux gens le temps et la liberté de s’impliquer socialement. 

Ferme Cadet Roussel
Ferme Cadet Roussel, Mont-Saint-Grégoire

Une diversité de fermes partenaires

De la ferme maraîchère bio aux fermes solidaires, en passant par les serres quatre-saisons, il existe une grande diversité de modèles de fermes au Québec.

Stéphanie Vaillancourt donne l'exemple de la ferme coopérative Aux champs qui chantent, une ferme queer-friendly dans le coin de Brownsburg-Chatham, près de la rivière Rouge, qui compte plusieurs champs de fleurs, de légumes, des vergers, des poules, des moutons et qui offre un spectacle en soirée lors de chaque excursion.

La Fiducie d’utilité sociale agroécologique (FUSA) Cadet Roussel représente un autre modèle. Elle a été la première ferme à faire de l'agriculture soutenue par la communauté (ASC), à la base du modèle des fermiers et fermières de famille que l’on connaît bien, soit le panier de légumes hebdomadaire généralement offert de juin à fin octobre.

Au cours des dernières années, la FUSA a développé un modèle de membres coopérants, qui paient selon leurs moyens et participent aux différents travaux de la ferme. Cette nouvelle approche permet de sortir de l'échange transactionnel en développant plutôt un lien solide avec un producteur local, qui peut compter sur notre aide pour produire des milliers de kilos de nourriture destinés à la communauté, et ce, presque toute l'année.

Rassemblement pique-nique
Ferme coopérative Aux champs qui chantent, Brownsburg-Chatham

Un moyen concret de s’impliquer et de se reconnecter à la terre

Bref, participer à l’une des excursions offertes par les Compagnons Maraîchers·ères, c’est bien plus qu’aller prêter main-forte dans les champs. C’est une façon concrète de s’impliquer, de se reconnecter à la terre et de tisser des liens avec sa communauté, tout en changeant son rapport à la nourriture. En ayant une vue de l’intérieur sur la ferme, on peut cultiver une sensibilité nouvelle et repartir avec une vision différente du monde agricole et de l’environnement qui nous entoure, particulièrement dans le sud du Québec. 

Si tout le monde vivait cette expérience au moins une fois, plusieurs préjugés envers le milieu agricole tomberaient, et la société serait mieux conscientisée sur la réelle valeur des aliments consommés au quotidien et sur le travail essentiel réalisé dans les champs.

Envie de tenter l’expérience ? Allez jeter un coup d’œil au calendrier des activités proposées par les Compagnons Maraîchers·ères pour en savoir plus. 

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