Saine alimentation

5 ingrédients essentiels pour nourrir nos communautés

5 ingrédients essentiels pour nourrir nos communautés

L’intérêt pour l’alimentation de proximité était déjà palpable. Mais la pandémie a soufflé sur les braises du mouvement. Plus que jamais, les communautés comprennent l’importance d’un système alimentaire local durable et résilient. Dans ce deuxième article d’une série de trois, je vous propose de faire un survol de différentes stratégies mises de l’avant par les communautés pour accroître leur autonomie alimentaire.

Un contexte favorable à l’autonomie alimentaire

En me promenant virtuellement d’une région à l’autre au cours de la dernière année, j’ai eu le privilège d’assister à de nombreux rassemblements d’humains engagés dans une volonté commune de se réapproprier leur alimentation. Le signal fort envoyé par le Gouvernement du Québec au début de la pandémie concernant l’autonomie alimentaire n’est certes pas étranger à cette mouvance. Il importe toutefois de se rappeler que de nombreuses initiatives concertées visant à améliorer l’accès à une saine alimentation et la sécurité alimentaire des communautés étaient déjà en cours dans toutes les régions du Québec, appuyées par des politiques publiques d’envergure[1].

En décembre dernier, le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) annonçait aussi un nouveau programme : les plans de développement des communautés nourricières (PDCN). Au moment d’écrire ces lignes, plusieurs municipalités recevaient la confirmation d’un financement leur permettant de mettre en place une planification structurée de l’alimentation et de l’agriculture de proximité sur leur territoire. Une telle planification comprend généralement un portrait, un diagnostic, une vision commune et un plan d’action. Chaque communauté se dote ainsi d’un plan d’action adapté à sa réalité, mais il est utile de rappeler les grands thèmes qui doivent être abordés pour assurer une démarche cohérente.

territoire nourricier

Une capsule vulgarisée, cinq ingrédients à rassembler

Lorsque Vivre en Ville a lancé la publication Villes nourricières en 2015, notre objectif était d’outiller et d’inspirer les communautés afin qu’elles renforcent leur système alimentaire de proximité. Depuis, plusieurs ont répondu à l’appel, mais ce message demeure criant d’actualité. C’est pourquoi nous avons décidé de rendre ce contenu accessible à un plus grand nombre de personnes, notamment grâce à de courtes capsules vidéo vulgarisées. La première capsule faisait état des problématiques à la jonction de la santé, de l’alimentation et du territoire, tout en montrant les bénéfices d’une approche systémique. La deuxième capsule, publiée il y a quelques jours, met en lumière les grandes stratégies qui peuvent être employées pour créer des milieux de vie nourriciers.

Visionner la nouvelle capsule: les ingrédients d'une communauté nourricière.

Les ingrédients regroupent un éventail de stratégies utilisées pour renforcer une facette du système alimentaire local. L’idée n’est pas d’adopter toutes les stratégies, mais d’identifier celles qui sont les plus pertinentes pour la communauté, en fonction des particularités de son territoire et de sa population. Au bilan, les cinq ingrédients doivent toutefois être considérés dans le plan d’action. Regardons d’un peu plus près chacun d’eux.

territoire nourricier

1- Un territoire productif

Les stratégies incluses dans l’ingrédient 1 visent à s’assurer que le territoire productif est protégé et mis en valeur. En effet, les agricoles et forestières jouent un rôle écologique essentiel et contribuent au maintien d’un climat viable sur la planète. Les outils de planification et de réglementation, la consolidation des secteurs urbanisés, les mesures de conservation volontaires (comme les fiducies foncières d’utilité sociale) et l’agriculture urbaine font partie des solutions à la portée des communautés pour s’assurer que leur garde-manger demeure bien vivant et bien garni.

À titre d’exemple, pensons à la MRC d’Argenteuil qui, dans le cadre de son plan de développement de la zone agricole (PDZA), a initié en 2015 un projet d’agriculture communautaire sur une terre municipale permettant de nourrir des centaines de familles à faible revenu. De son côté, la Ville de Québec, dans le cadre de sa Vision de développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire, augmente chaque année le nombre de jardins communautaires avec l’objectif de doubler le nombre de citoyens y ayant accès d’ici 2025. Autre exemple : la Ville de Granby a tout récemment adopté un règlement permettant l’implantation de serres en zone industrielle, notamment sur les toitures. Comme quoi différents types d’espaces peuvent contribuer à renforcer la vocation nourricière du territoire.

territoire nourricier

2- Des entreprises prospères et responsables

Le deuxième ingrédient comprend un ensemble de stratégies visant à soutenir les entreprises qui nourrissent la population tout en adoptant des pratiques responsables : agroécologie, efficacité énergétique, réduction des emballages, dons à la communauté, etc. Une communauté nourricière ne peut exister sans la participation de ces entreprises, qu’elles soient issues de l’économie libérale ou sociale. La pérennité de leurs activités dépend entre autres de nos choix de consommation, de la main d’œuvre, du soutien de l’État et des investissements dans la recherche et l’innovation.

Dans son tout nouveau plan stratégique bioalimentaire, le CLD de Brome-Missisquoi affirme clairement le caractère nourricier et entrepreneurial de la MRC. Le plan accorde une place importante au développement d’entreprises résilientes, innovantes et régénératrices. De son côté, la Ville de Québec a mis sur pied l’incubateur Mycelium au Grand Marché afin de stimuler le démarrage d’entreprises agroalimentaires innovantes. À Montréal, l’Esplanade accompagne et accélère le parcours d’entrepreneurs sociaux innovants dans trois secteurs-clés, dont celui des systèmes alimentaires.

territoire nourricier

3- Un accès amélioré à des aliments de qualité

Le troisième groupe de stratégies vise à garantir l’accès à une offre alimentaire de qualité pour l’ensemble de la population, quel que soit son statut socioéconomique. Pour améliorer l’accès physique et économique à une saine alimentation, il faut localiser judicieusement les infrastructures alimentaires au cœur des collectivités, améliorer la qualité de l’offre alimentaire dans ces dernières, faciliter les déplacements et renforcer le pouvoir d’achat et le pouvoir d’agir des personnes. Une attention particulière devrait être portée sur les personnes vulnérables, notamment celles vivant en situation d’insécurité alimentaire.

pole agroalimentaire de Lotbinière Pôle agroalimentaire de Lotbinière

Les initiatives en ce sens sont nombreuses. Pensons notamment au Pôle agroalimentaire de Lotbinière qui rassemble au cœur de la municipalité diverses activités en lien avec l’alimentation : cuisines de transformation, espace réfrigéré, plateforme de commande de produits locaux (Du terroir à l’armoire), etc. Plus bas le long du fleuve Saint-Laurent, la Haute-Gaspésie a débuté une vaste démarche visant à doter ses communautés d’infrastructures alimentaires de proximité telles que séchoirs et fumoirs à poisson, équipements de boucherie, caveaux et chambres froides, biodigesteur et composteurs, etc. En matière d’accès économique, le Carrefour alimentaire Centre-Sud a lancé l’an dernier la carte Proximité, fermière et solidaire. Il s’agit d’une forme de coupon alimentaire visant à rendre les aliments non transformés et locaux plus accessibles financièrement. Elle est utilisable dans différents marchés et kiosques maraîchers à Montréal.

territoire nourricier

4- Une demande de proximité accrue

Le quatrième ingrédient regroupe des stratégies visant à augmenter la demande pour des aliments nutritifs et locaux. L’objectif ici, c’est que les mangeurs soient au rendez-vous et consomment de façon responsable. L’accroissement de la demande va de pair avec la promotion et l’intégration de ces aliments aux réseaux de distribution les plus fréquentés par la population. L’éducation des mangeurs est aussi incontournable, en particulier celle des jeunes. Elle passe par le développement des compétences alimentaires et culinaires, mais aussi par une meilleure compréhension du système alimentaire et de ses impacts sur le territoire et la santé.

Par exemple, dans les épiceries, l’identifiant Aliments du Québec permet de reconnaître les aliments produits ou fabriqués au Québec. Certaines régions se sont aussi dotées d’identifiants régionaux, pensons notamment à l’Estrie (Créateurs de saveurs) ou encore la Mauricie (MIAM). Par ailleurs, afin de soutenir l’achat d’aliments locaux dans les institutions publiques, qui sont de grands acheteurs, Équiterre a publié des guides et mis en place une communauté de pratiques à l’intention des responsables de l’approvisionnement dans ces établissements. Autre exemple inspirant en matière d’éducation des jeunes mangeurs : depuis 2016, l’école Louis-de-France à Trois-Rivières s’est engagée dans l’intégration de l’agroalimentaire à la vie scolaire. L’école dispose maintenant d’un petit écosystème nourricier (jardins, serre, classe extérieure) et a même créé l’organisme AgrÉcoles pour accompagner d’autres écoles dans les prochaines années. 

territoire nourricier

Les stratégies associées au cinquième ingrédient cherchent à optimiser le cycle de vie des aliments afin de réduire le gaspillageà tous les maillons de la chaîne. En effet, la réduction du gaspillage alimentaire peut faire une réelle différence dans la lutte contre les changements climatiques et participer à l’élimination de la faim. Cela peut se faire en récupérant les aliments invendus, en faisant la promotion des légumes moches, en interdisant l’enfouissement d’aliments ou encore en valorisant les déchets dans une logique d’économie circulaire.

De nombreuses démarches se mettent en place à l’échelle du Québec pour optimiser la logistique de récupération et de réemploi des aliments. Pensons notamment au projet de récupération et de conditionnement des surplus alimentaires en Montérégie, à Maski-récolte en Mauricie ou encore à l’initiative Fruits partagés dans Rimouski-Neigette, qui organisent le glanage des aliments dans les champs. De plus en plus d’entreprises utilisent également les sous-produits d’une activité pour en faire de nouveaux. Prenons pour exemples Blanc de gris, qui transforme la drêche des microbrasseries en champignons comestibles, et la coopérative Unitek sur la Côte-Nord, qui valorise les résidus de produits de la mer sous la forme de compost à jardin.

Maski Récolte Maski Récolte

Au-delà des ingrédients, une démarche inclusive

Comme nous pouvons le constater à la lumière des quelques exemples présentés, la création d’une communauté nourricière demande la participation active des différents membres de la communauté. Chaque participant apporte son expérience, son réseau et ses outils dans la mise en œuvre des plus hautes aspirations communes. La collectivité se dote ainsi d’un projet de territoire signifiant et tangible lui permettant d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. Dans la prochaine capsule, je vous présenterai les grandes étapes d’une démarche nourricière et la créativité dont font preuve les communautés qui osent se lancer.

D’ici là, je vous laisse sur une question à mijoter : de quoi votre communauté a-t-elle besoin pour mieux nourrir son monde ?

serre scolaire Serre de l'école Louis-de-France, à Trois-Rivières

[1] Politique gouvernementale de prévention en santé (PGPS), Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale et Politique bioalimentaire du Québec, notamment.

 

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Visionnez la conférence de Vincent Galarneau: Tous mangeurs : bâtir des collectivités nourricières

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