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Cour d’école : 5 points déterminants pour son aménagement

Le 2 avril 2018

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Aménager une cour d’école est une démarche complexe qui demande l’accompagnement d’un professionnel qualifié. Entrevue avec une architecte-paysagiste qui a la capacité de bien cerner les aspects techniques et règlementaires d’un tel projet, mais aussi d’en gérer les enjeux humains et relationnels.

Quand un projet d’aménagement de cour d’école est amorcé, tout paraît possible et chacun a son idée en tête. Toutefois, la direction, les parents, les enseignants et les éducatrices du service de garde ont souvent des visions très différentes.

C’est là que le travail de Marie-B. Pasquier, architecte paysagiste pour la Coop d’aménagement Ici et Là, prend toute son importance. « Je me vois comme une médiatrice, explique-t-elle. Je désamorce les tensions en amenant les différents acteurs sur un terrain commun et réaliste, c’est-à-dire en leur présentant des informations essentielles à leur réflexio, et auxquelles ils ne pensent pas spontanément. »

Crédit photo : Vivre en ville

Stationnement : une source de frictions

Marie-B. Pasquier explique qu’un des premiers conflits qui surgit dans un projet de cour d’école concerne bien souvent le stationnement. « Les parents trouvent qu’il y en a trop, et les enseignants, pas assez… » Autre source de divergence possible : une direction d’école qui veut une cour très esthétique et très équipée, pour rehausser l’image de l’école, alors que le service de garde souhaite un aménagement qui va, avant tout, favoriser le développement global des enfants. « Lorsque je présente mon analyse détaillée des lieux, les tensions s’atténuent, car tout le monde prend conscience du potentiel réel de la cour. »

Cette information, Marie-B. Pasquier tient à la présenter à l’ensemble des acteurs concernés. « Bien sûr, la direction, les enseignants et les parents doivent être représentés, mais le service de garde aussi, et j’ai une condition non négociable : le concierge doit être là, car il détient des informations concrètes sur la cour dont je ne peux me passer si je veux réaliser un aménagement adéquat », souligne-t-elle.

Les 5 angles d’analyse

Voici les points d’égale importance sur lesquels Marie-B. Pasquier se base pour réaliser son analyse :

1. Les caractéristiques de l’école

L’aménagement doit bien sûr tenir compte du nombre d’élèves et de la surface de la cour. Plus le nombre de mètres carrés par élève est restreint, plus la cour présente un potentiel de collision entre les enfants et avec les équipements.

École Perce-neige, Pierrefonds

2. Les règlements

Comme la commission scolaire est propriétaire de l’école et du terrain, ses responsabilités civiles et le respect du Code du bâtiment sont à prendre en compte. Les lieux doivent aussi être conformes aux règlements municipaux.

« Dans les milieux urbains, un règlement sur la lutte aux îlots de chaleur va avoir un impact direct sur le type d’aménagement à prévoir, précise Marie-B. Pasquier. Dans les milieux ruraux, il faut, par exemple, tenir compte de l’interdiction de certaines plantes. Dans tous les cas, il y a des hauteurs maximales de clôture à respecter et, dans le cas d’un parc-école, d’autres règlements s’ajoutent, puisqu’une partie du terrain est sous juridiction municipale. »

3. Les caractéristiques physiques de la cour

La cour est-elle carrée ou en forme de « L » ? Est-elle exposée au vent, au soleil ? Est-elle en pente, à proximité d’une usine, d’une autoroute, d’une rivière, d’un boisé ? Le sol devient-il mou et glissant lorsqu’il pleut ? L’asphalte est-il en assez bon état pour un marquage durable ?

Tous ces points déterminent les aspects à améliorer, à exploiter et à modifier pour parvenir à un aménagement cohérent. « Le personnel du service de garde passe beaucoup de temps dans la cour : par exemple, les éducatrices savent quels sont les coins de la cour qui sont les plus et les moins populaires selon les moments de la journée », indique Marie  B. Pasquier.

4. La programmation et la vision de l’école

Qu’y a-t-il déjà dans la cour et qui pourrait être amélioré ? Que voulons-nous enlever ? Que voulons-nous ajouter ? Les réponses à ces questions dépendent des activités encouragées par l’école ou le service de garde. « Il n’y a pas d’aménagement standard qui convient à tous les établissements, explique Marie-B. Pasquier. Si l’école a une équipe de hockey cosom qui joue dans une ligue, elle n’a pas la même vision de sa cour que celle qui met l’accent sur le théâtre. Si le service de garde est orienté vers les jeux coopératifs, j’ai besoin de le savoir. »

L’architecte fait aussi un examen détaillé et un inventaire complet de tout ce qui se trouve dans la cour : clôtures, poubelles, supports à vélo, etc. « Voilà pourquoi le concierge est une précieuse source de renseignements, insiste-t-elle. Il connaît tous les secrets de la cour. Il sait que la glace s’accumule à tel endroit, que les bacs de recyclage ont telle dimension et sont sortis le mardi, qu’il manque des poubelles, etc. Connaître ces détails dès le début permet d’éviter les surprises en cours de projet. »

5. La fonctionnalité de l’école

Chaque école est un microcosme dont les caractéristiques et les habitudes déterminent, entre autres, la fluidité des déplacements des élèves et du personnel. Par où les enfants entrent-ils à l’école le matin? Ceux qui arrivent tôt entrent généralement par la porte du service de garde, ceux qui arrivent plus tard, par la cour. Le scénario est le même le soir : les points de sortie varient en fonction des horaires des élèves.

« Ces informations me sont très utiles pour savoir, par exemple, où placer les supports à vélo. Un banc d’attente est-il nécessaire pour les parents et les grands-parents qui viennent chercher les jeunes à l’école? Le déplacement d’une clôture permettrait-il d’améliorer la circulation des élèves? »

D’autres aspects à considérer

Marie-B. Pasquier a également souligné les points suivants lors de l’entrevue avec 100° :

Le type d’aménagement. « On peut choisir d’aménager la cour en secteurs réservés à différents groupes d’âge, mais je préfère l’approche par zone. Une zone calme peut accueillir le carré de sable apprécié par les enfants de la maternelle, mais aussi les préados qui veulent bavarder à l’ombre. La zone active peut accueillir autant les plus grands qui jouent au ballon, que les élèves du 2cycle qui aiment observer leurs aînés et être invités à jouer avec eux. »

Le prix des équipements. « Les parents sont souvent très surpris lorsqu’ils apprennent qu’un banc de cour d’école installé coûte 1000 $ et plus. Mais il doit durer 20 ans, être à l’épreuve des intempéries et du vol, sans oublier que sa surface et ses ancrages doivent respecter certaines normes de sécurité, ce qui n’a rien à voir avec un banc qu’on veut mettre derrière la maison et qu’on achète 100 $ à la quincaillerie. »

Les frais d’entretien récurrents. « Dès qu’on choisit d’installer un module, il faut prévoir un entretien annuel de la surface d’amortissement et un examen annuel par un inspecteur qui vérifie si tout est conforme aux normes de l’Association canadienne de normalisation (CSA). Si on veut que les modules soient aussi accessibles en hiver, il faut aussi prévoir un budget pour le déneigement. Remplacer un filet de but de soccer fixe coûte environ 600 $. Si on n’a pas ou très peu de budget annuel pour l’entretien, il est important de prévoir des aménagements autonomes. »

Persévérer pour l’école et pour le quartier

Un ingrédient également essentiel à la réussite d’un projet d’un réaménagement de cour d’école : la persévérance ! Marie-B. En effet, comme il peut parfois s’écouler quelques années entre la première réunion du comité de cour d’école et l’inauguration du nouvel aménagement, il est essentiel de ne pas céder au découragement. « Les enfants des parents impliqués peuvent avoir quitté l’école entretemps, ce qui peut être démotivant, reconnaît Marie-B Pasquier. Toutefois, lorsqu’on voit la cour d’école comme un élément à part entière du quartier, il est plus facile de rester mobilisé et d’apprécier le résultat final, qu’on soit un parent, un enseignant, un directeur ou une directrice, une éducatrice du service de garde, ou un membre de l’équipe municipale. »



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