CANTONS-DE-L’EST

Un jardin collectif intergénérationnel à Dunham

Le 3 septembre 2018

Cet été, 10 évènements culturels ont eu lieu au jardin collectif de Dunham, situé sur le terrain de la résidence des aînés. Petite histoire de la Récolte des Générations, une initiative qui utilise le jardinage, la transformation des aliments, l’art et la culture pour tisser des liens sociaux.

Des semis dans la serre communautaire, des collations et des conserves préparées dans la cuisine collective, des ateliers de jardinage, des contes et du cinéma en plein air : c’est fou tout ce que La Récolte des Générations offre aux citoyens de Dunham, autour d’un jardin collectif de 2500 pi!

jardin collectif

Elyse Cardinal, Loïc, 2 ans et demi, et Gabrielle Marquis

À l’origine de ce projet rassembleur, qui a débuté en 2013 : Elyse Cardinal, une dynamique résidente de Dunham, qui a déjà été animatrice horticole au Jardin botanique de Montréal. « Je souhaitais créer un lieu rassembleur non commercial, particulièrement pour créer des ponts entre les enfants et les aînés », explique-t-elle.

Toutes les activités proposées aux citoyens de Dunham, une ville de 3500 habitants, sont en effet gratuites, qu’il s’agisse d’un spectacle de chansonnier, de contes ou d’un atelier culinaire. Le jardinage collectif, ainsi que des formations et animations horticoles, sont également au programme hebdomadaire.

jardin collectif

Crédit : Alex Chabot

Des amitiés qui se tissent autour des fleurs

Parmi les activités qui favorisent les liens entre enfants et personnes âgées, la confection conjointe de balconnières pour embellir la façade de la Résidence Dunham s’avère un succès. Tout comme le magnifique jardin de fleurs qui a vu le jour cette année. « Chaque semaine, les enfants ont un plaisir fou à faire des bouquets qu’ils apportent fièrement dans l’aire commune de la résidence », souligne Gabrielle Marquis, coordonnatrice principale de la Récolte des Générations.

Ces contacts sont riches et laissent des traces concrètes. « Une élève de 5année, qui faisait la tournée des classes pour inciter ses pairs à participer au projet, a déclaré avec conviction que, grâce à ce projet, elle avait maintenant des amis à la résidence », raconte Elyse Cardinal.

jardin collectif

Une serre chauffée et une cour d’école en processus de verdissement

Les projets ne manquent jamais à la Récolte ! Ainsi, grâce à un montant de 25 000 $ accordé par le programme fédéral Nouveaux horizons pour les aînés, une serre s’est ajoutée au jardin collectif en 2017. « Nous y faisons les semis pour le jardin collectif et le jardin de l’école primaire de Dunham, mais aussi pour 3 autres jardins situés à Bedford et à Frelishburg », précise Gabrielle Marquis. Cette infrastructure permet de cultiver les classiques tomates, poivrons et concombres, mais aussi des cerises de terre, du basilic et des melons.

jardin collectif

Un autre pas a été franchi ce printemps : la serre est maintenant chauffée, grâce à un montant de 4000 $ obtenu dans le cadre d’un appel de projets de 100°. « Cette somme nous a permis d’acheter une fournaise pour la serre, ainsi qu’un autoclave pour faciliter la mise en conserve, indique Elyse Cardinal. La saison s’étire maintenant de mars à novembre, ce qui permet, entre autres, de rejoindre les écoliers sur une plus longue période. »

De plus, un financement de la Fondation TD des Amis de l’Environnement permet cette année de mettre en place un programme de sensibilisation à l’environnement à l’école, et de verdir la cour.  « Nous avons construit, avec les enfants, des bacs de jardinage qui serviront à produire des légumes avec lesquels les élèves feront leurs collations », se réjouit Gabrielle Marquis.

jardin collectif

Une communauté mobilisée

Le projet bénéficie d’un partenariat avec la Résidence Dunham et l’école la Clé-des-champs. « Ces deux institutions ont embarqué dans le projet dès le début, souligne Elyse Cardinal. De plus, la coopérative de solidarité Les Jardins du pied de céleri nous donne ses surplus de transplants pour le jardin et nous utilisons leurs surplus de légumes à la cuisine collective. »

Beaucoup de bénévoles viennent aider pour faire des corvées et les fermiers locaux ont participé à la construction de la serre.  Parmi les dons, on compte également des nichoirs et un hôtel à insectes fabriqué par un bénévole, ainsi que les produits de la microbrasserie Dunham et de la boulangerie « Bernard le boulanger » à l’occasion des activités festives.

Le défi du financement

Malgré son succès auprès des citoyens (la participation active est passée de 50 à 250 personnes en 5 ans), la pérennité de ce projet inspirant n’est cependant pas assurée.

jardin intergénérationnel

« La partie n’est pas gagnée, reconnaît Elyse Cardinal. Nous recevons des fonds de la MRC via le Pacte Brome-Missisquoi et la municipalité nous accorde un financement annuel, dont le montant varie d’une année à l’autre. Il a fallu du temps pour que les élus comprennent que notre mission est socioéducative, et non pas axée sur la commercialisation des légumes du jardin collectif. Briser l’isolement des aînés en leur offrant des amitiés intergénérationnelles et de la beauté, ça enrichit une communauté ! »

jardin collectif intergénérationnel

Et ça conscientise les jeunes à la citoyenneté : en 2016, trois d’entre eux sont allés défendre la pertinence du projet devant le conseil municipal pour demander des fonds. « Leur présentation de 20 minutes a été un moment touchant », confie Elyse Cardinal.

Payer 3 employés à temps plein en saison : un enjeu annuel majeur

Cette année, des subventions fédérales et provinciales permettent de payer les salaires d’un étudiant agent de programmation culturelle durant 9 semaines et d’une animatrice horticole durant 30 semaines.

En revanche, le salaire de la coordonnatrice principale (30 semaines) doit être payé à même les fonds du projet. « C’est là que le bât blesse, car nous ne sommes pas en mesure de garder quelqu’un d’expérimenté pendant plusieurs années, explique Elyse Cardinal. De plus, nous avons besoin d’environ 4000 $ par année pour payer le chauffage de la serre, ainsi que la terre et les caissons de semis. »

jardin collectif

Une inspiration pour les municipalités voisines

Une piste de solution se dessine toutefois : l’expertise de l’organisme en matière d’implantation et d’animation de jardins communautaires ou collectifs pourrait bien devenir une source de revenus intéressante.

« Nous faisons de l’animation dans des jardins communautaires à Bedford et Frelighsburg, explique Gabrielle Marquis. Le Regroupement des organismes communautaires des Rivières de Bedford nous engage également pour soutenir ses démarches d’implantation d’un jardin collectif et communautaire, ainsi que pour y offrir des animations horticoles. »

Et, si un projet présenté par 3 Offices municipaux d’habitation de la MRC se réalise, les services d’implantation et animation de jardins collectifs intergénérationnels de la Récolte seront retenus.

Des betteraves marinées à vendre et du chili à manger

Durant l’été, les membres de la communauté peuvent utiliser les légumes du jardin et les surplus des Jardins du pied de céleri pour préparer ensemble de petits plats que chacun rapporte chez soi. Ils se rencontrent dans la cuisine du Chalet des patineurs, un bâtiment prêté par la municipalité.  « À l’automne, l’activité de cuisine collective se déplace à l’école et réunit principalement les aînés et les enfants autour de chaudrons dans lesquels mijotent des chilis et de la soupe », précise Elyse Cardinal. Et une délicieuse odeur de biscuits se répand dans l’école !

L’activité de conserverie permet de concocter de la gelée de pommes, de la confiture d’oignons, des herbes salées et des betteraves marinées, qui sont vendues au marché de Noël de Dunham.

Des plantes comestibles sur la rue Principale, pourquoi pas ?

La Récolte des Générations mijote un projet qu’elle espère bien voir accepter par la municipalité. « Nous souhaitons installer des bacs de jardinage tout le long de la rue Principale, indique Elyse Cardinal. Ceux-ci seraient décorés par des artistes locaux pour augmenter l’attractivité du village et réduire la vitesse du trafic. Leur contenu serait comestible, évidemment, pour les piétons gourmands ! »