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Conférence de Rob Hopkins, fondateur du mouvement international Villes en Transition

Conférence de Rob Hopkins, fondateur du mouvement international Villes en Transition

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Figure de proue du Transition Network, et notamment spécialiste de la permaculture, Rob Hopkins multiplie, depuis le tournant des années 2000, les projets collectifs et les initiatives citoyennes dans le but de créer des communautés plus résilientes. Et faire en sorte que notre monde s’affaire à réduire les impacts du changement climatique. Invité par 100° à donner une conférence-vidéo, il a présenté les faits saillants de son plus récent ouvrage What Is to What If: Unleashing the power of imagination.

À l’aube de la COP 26, et à la lumière du plus récent rapport du GIEC, il ne fait plus aucun doute que nous sommes actuellement plongés dans une urgence climatique. Ce qui, admet Rob Hopkins, est plutôt terrifiant. D’ailleurs, ajoute-t-il, si certains ne s’inquiètent pas encore de la situation, c’est parce qu’ils n’y portent tout simplement pas attention.

Mais plutôt que de se laisser paralyser par la peur, ou décourager par l’ampleur de la tâche, Rob Hopkins invoque plutôt le pouvoir de l’imagination pour passer à l’action. À l’échelle locale, dans l’optique d’avoir, au final, un impact global. À ce propos, il rappelle que les climatologues expliquent souvent que les boucles de rétroaction seront en cause dans le dérèglement du climat : fonte de la calotte polaire qui, ne réfléchissant plus la lumière solaire, augmente la chaleur, et donc la fonte accrue de la place, et ainsi de suite. Or, ce même principe des boucles de rétroaction peut aussi amplifier les actions citoyennes qui diminuent notre empreinte écologique pour engendrer un cercle vertueux.

Et si ?

Rob Hopkins demeure convaincu que nous ne pouvons pas construire ce que nous ne pouvons pas imaginer. Ces dernières années, il a animé des ateliers dans lesquels il demande aux participants de se projeter 10 ans dans le futur et de décrire ensuite le monde dans lequel ils souhaiteraient vivre. Or, peu importe la taille des auditoires ou leur composition, les descriptions qui ressortent le plus souvent sont toujours les mêmes. Le chant des oiseaux couvre le vacarme des voitures. L’air est pur et embaume les parfums de fleurs. Les arbres sont partout dans la ville. L’eau des rivières et des lacs est limpide. Mais personne pour s’extasier sur un téléphone 10 G ou l’ouverture d’un IKEA quatre fois plus grand qu’en 2021…

À ceux qui objecteraient que ce genre de chose n’arrive pas dans le monde réel, Rob Hopkins répond que de tels changements se produisent déjà, par exemple à Barcelone, où la municipalité vient d’annoncer qu’elle va fermer à la circulation automobile 30 % des rues de son centre-ville. Le changement est possible. Mais, au préalable, il faut chercher à l’imaginer. Et pour cela, il est essentiel de se poser les bonnes questions. Des questions du type « et si ? ». Et si on verdissait nos quartiers ? Et si on tournait le dos à l’automobile ? Et si on établissait un revenu minimum garanti ?

Le pouvoir de l’imagination

Au fond, l’imagination est à la base de toute vision d’avenir. À ce propos, Rob Hopkins aime citer le poète Rainer Maria Rilke : « Le futur doit vivre en toi bien avant qu’il ne survienne ». Or, si justement on veut choisir le futur dans lequel nous souhaiterons vivre, il faut dès maintenant commencer à le construire. Sinon, nous le subirons. Cela dit, Rob Hopkins déplore la perte de ces politiciens qui pouvaient dire : « J’ai un rêve ». Trop souvent, nos politiques adoptent la stratégie des petits pas, alors que la COVID-19 a fait la démonstration que nous pouvons radicalement changer les choses, pour peu que nous soyons conscients de l’urgence.

Encore une fois, Rob Hopkins ne baisse pas les bras. Il souligne que si les politiciens ne sont pas là, alors nous devons nous-mêmes devenir les politiciens. Et de fait, avec le temps, davantage de membres des groupes de Transition font le saut dans l’arène politique. Il cite l’exemple de la petite ville italienne de Monteveglio où des activistes de la Transition ont investi le gouvernement local pour mettre sur pied une politique de résilience exemplaire.

L’urbanisme tactique

Pour déclencher le pouvoir de l’imagination, il suffit parfois de peu de choses. Ce que Rob Hopkins appelle les « pop-up de demain » afin d’offrir aux gens un aperçu de ce qui devrait être. Par exemple, en 2019, le mouvement Extinction Rebellion a notamment occupé, pendant deux semaines, le pont Waterloo, à Londres, pour le transformer en forêt éphémère. Au départ, les passants sont surpris, peut-être même choqués, mais ils tombent rapidement sous le charme de ce lieu vidé de ses voitures en se demandant pourquoi ce n’est pas toujours comme ça.

On ne pourrait citer tous ces exemples d’urbanisme tactique qui se multiplient partout à travers la planète et qui souvent nous offrent un aperçu de ce qui devrait être dans un monde plus résilient. Ce sont de toutes petites graines, pour l’instant, mais qui commencent à germer. Et elles servent à illustrer le pouvoir de l’imagination. Car sans imagination, nulle vision. Et sans vision, pas de rêve. C’est pourquoi il faut continuer de se poser la question : « et si ? »

Voir la conférence complète sur le site Apprendre de 100°

Qui est Rob Hopkins?

Rob Hopkins est co-fondateur de Transition Network et Transition Town Totnes. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont The Transition Handbook, The Power of Just Doing Stuff et, plus récemment, From What Is to What If: Unleashing the power of imagination to create the future we want. Il présente le podcast From What If to What Next et prononce de nombreuses conférences, dans plusieurs pays. Il est également directeur fondateur de la New Lion Brewery à Totnes, la première brasserie 100 % communautaire du Royaume-Uni, et de la Totnes Community Development Society. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université de Plymouth, ainsi que de deux doctorats honorifiques de l’Université de l’Ouest de l’Angleterre et de Namur en Belgique. Son site Web est robhopkins.net.