Gatineau

Projet Dynamo-Cerveau: quand l’activité physique à haute intensité améliore les résultats scolaires

Le 4 décembre 2017

Une fois par semaine, avant de débuter leur cours de français, les élèves de 3e et 4e année de l’école Saint-Paul, à Gatineau, font de l’exercice physique à intensité élevée pendant 20 minutes. Le but ? Améliorer leurs résultats scolaires en écriture. Récit d’une fascinante expérience qui suggère, une fois de plus, que l’activité physique favorise la réussite scolaire.

Tout a commencé par l’inquiétude d’une directrice. Soucieuse de constater une baisse des résultats en écriture chez ses élèves du 2e cycle au cours des 3 dernières années, Nathacha Soulard a pris le problème au sérieux. « Il y avait une tendance, raconte-t-elle. On s’est demandé ce qui se passait et ce qu’on pouvait faire pour intensifier nos interventions. »

Déjà convaincue que l’école a un important rôle à jouer dans l’adoption de saines habitudes de vie chez les élèves, Natacha Soulard a pensé qu’il y avait peut-être là une piste de solution. « Nous sommes en milieu défavorisé et des sondages auprès de notre clientèle ont démontré que nos élèves ne bougent pas beaucoup, explique-t-elle. C’est assez alarmant. On a un travail de conscientisation important à faire auprès des parents. On leur dit : “il faut que les jeunes bougent”. Mais on n’a pas de contrôle sur ce qui se passe à la maison. C’est pourquoi on a décidé d’agir là où on a le contrôle : dans les heures d’école ».

activite physique a l'ecole

L’activité physique comme remède aux difficultés scolaires

En cherchant les causes du déclin des résultats en écriture, l’équipe-école s’est intéressée aux travaux de deux professeurs à la Faculté des sciences de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke Sylvain Turcotte et Félix Berrigan, ainsi qu’aux recherches sur les pauses actives menées par l’East Carolina University. Les études menaient à la conclusion suivante : l’exercice peut améliorer les résultats des élèves.

Précisément, les recherches montrent qu’à l’école primaire, les apprentissages se font plus aisément après une période d’une vingtaine de minutes d’activité physique de haute intensité. C’est sur cette découverte que l’équipe a posé les bases de son projet.

pause active

Comment ça fonctionne ?

Les périodes Dynamo-cerveau ont lieu le matin, une fois par semaine. L’enseignant d’éducation physique prend en charge la moitié des élèves au début de la période. Appelons-les le groupe A. Le groupe B, lui, reste avec l’enseignant-titulaire.

Le groupe A suit alors un plan d’activité à haute intensité dans un local polyvalent, le gymnase de l’école ou même à l’extérieur si la météo le permet. L’entraînement par intervalles fait monter considérablement leur fréquence cardiaque. À la fin des 20 minutes d’activité, une période de 10 minutes de retour au calme est proposée.

Pendant ce temps, les élèves du groupe B font leurs apprentissages scolaires en compagnie de l’enseignant-titulaire. Après 30 minutes, les groupes A et B échangent les rôles : ceux qui étaient en activité physique retournent dans la classe pour les apprentissages, tandis que ceux qui étaient en classe vont se délier les jambes.

pause active

Des résultats encourageants

Pour maximiser les effets bénéfiques de l’activité physique sur la disponibilité des élèves, les groupes A et B n’ont pas été scindés au hasard. En effet, les jeunes de groupe A (ceux qui font de l’exercice avant d’intégrer les apprentissages scolaires) sont ceux qui ont davantage besoin de consolider leurs stratégies d’écriture. Ceux du groupe B (qui apprennent avant de faire l’activité physique) sont ceux qui ont plus de facilité dans les matières académiques.

Résultat ? Fin juin, les notes aux examens d’écriture des élèves visés par Dynamo-Cerveau ont augmenté de 3 % par rapport à celles de l’année précédente. « Il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, relativise Mme Soulard, mais on était contents. »

En plus d’améliorer les résultats en général, Dynamo-Cerveau a permis de réduire les écarts pédagogiques entre les élèves. Le projet a même valu à l’école le prix d’excellence 2016-2017 de la Fédération des commissions scolaires du Québec pour le travail de sensibilisation aux saines habitudes de vie, auprès des élèves et du personnel.

pause active

Propager le projet aux autres groupes

Même avec les meilleures idées du monde, il s’avère parfois difficile, dans un contexte d’école primaire, de jongler avec la grille-matières. Comment faire pour y intégrer ces périodes de 30 minutes d’activité physique ?

« D’abord, on a modifié l’horaire du prof d’éducation physique pour lui ajouter des heures, explique Natacha Soulard. Ça a été un défi organisationnel. Ce qui nous a aussi aidés, c’est d’avoir inscrit Dynamo-Cerveau dans nos priorités et dans notre convention de gestion. Ça nous donne un levier pour aller chercher des sommes pour le projet ».

À ce jour, 300 jeunes ont bénéficié du projet et bientôt, toute l’école pourrait en profiter. « On voudrait l’étendre à d’autres niveaux, confirme Mme Soulard. On le fait un peu, de façon moins constante, avec d’autres groupes. Par exemple, si une enseignante constate que les élèves ont besoin de bouger avant une leçon importante et que le prof d’éducation physique est libre, il va animer un 20 minutes d’entraînement. »

Pour l’avenir, une communauté professionnelle d’apprentissages en écriture a été formée à même l’école. Composé d’enseignants titulaires, d’orthopédagogues et d’enseignants spécialisés en écriture, ce comité réfléchira dans les prochains mois aux difficultés des enfants et aux moyens de les aider, notamment par l’ajout de périodes d’activité physique.