Aménagement et urbanisme

Étalement urbain: une prophétie auto-réalisée

Le 14 janvier 2020

Dans la grande région de Montréal, l’étalement urbain poursuit inexorablement sa progression, notablement dans la zone périurbaine : à savoir les municipalités situées au pourtour de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Une tendance qu’il est urgent de renverser.

Selon une note de l’Observatoire Grand Montréal, près de 30 municipalités limitrophes à la CMM affichent maintenant un taux de navettage vers la métropole de plus de 40 %, et qui dépasse le 50 % pour 10 d’entre elles. Ce qui représente plus de 100 000 navetteurs utilisant à 94 % l’automobile.

La CMM s’est doté, en 2011, d’un Plan métropolitain d’aménagement et de développement qui délimite l’espace pouvant être urbanisé d’ici 2031 sur les territoires des 82 municipalités qui la composent. Or, les municipalités à l’extérieur du périmètre d’urbanisation métropolitain obéissent à leurs propres règles, et ce, en dépit de leur forte intégration socioéconomique à la CMM, comme en fait foi le nombre de leurs navetteurs. Si bien que, la construction de maisons unifamiliales sur leurs territoires ne cesse de s’accélérer, au contraire des territoires de la CMM.

Un cri d’alarme

Un peu comme s’ils l’avaient anticipé, un collectif, entre autres formé d’élus, de citoyens, d’architectes et d’urbanistes, alarmés par les changements climatiques, pressait justement le gouvernement, en novembre dernier, d’adopter une Politique nationale d’aménagement du territoire et de l’urbanisme. Dans leur déclaration, ils citent une étude du Conseil canadien d’urbanisme, publiée en 2018, et qui montre que les banlieues de la grande région de Montréal, de 2006 à 2016, ont accaparé 83 % de la croissance démographique.

À ce chapitre, Montréal se compare assez bien à d’autres villes comme Québec où cette proportion grimpe à 97 % tandis qu’à Sherbrooke, Saguenay et Trois-Rivières, toute la croissance démographique (100 %) s’est faite à l’extérieur de leur centre. Ce qui est d’ailleurs assez représentatif de la situation dans le reste du Canada où les banlieues absorbent 10 fois plus d’habitants que les centres urbains.

Cercle vicieux

L’étalement urbain va de pair avec le trafic autoroutier. En effet, les banlieues éloignées créent des zones de trop faible densité démographique pour justifier la mise en place d’un réseau de transport collectif. Alors, pour diminuer la congestion routière qu’entraîne cette dépendance à l’automobile, les pouvoirs publics vont généralement se tourner vers la construction d’autres autoroutes. Ce qui favorise de nouveau l’étalement urbain et ainsi de suite….

Un autre effet délétère de l’étalement urbain est d’engendrer une spirale de l’appauvrissement, car les logements abordables, en vertu de la loi de l’offre et la demande, s’éloignent toujours plus des lieux de travail. De sorte que les économies réalisées par les ménages les moins bien nantis en matière de logement sont annulées par les coûts de transport. Ce cercle vicieux de la pauvreté devient une véritable fatalité alors que l’offre quasi inexistante en transport collectif ne leur donne aucune option pour s’affranchir de la dépendance à l’auto.

Pistes de solution

Pour renverser cette tendance lourde, les solutions sont sans doute bien connues, mais difficilement applicables. On sait par exemple qu’il faut miser sur l’aménagement d’écoquartiers dans lesquels la densité se conjugue avec la mixité des usages afin d’offrir des milieux de vie où les services, les commerces, les parcs et les accès au transport collectif sont à distance de marche. Mais par où commencer dans les actuelles villes dortoirs ? C’est ce qui fait dire à un urbaniste comme Ken Greenberg que le plus grand défi des 50 prochaines années sera justement de rénover les banlieues !

D’ici là, il importera de freiner, voire de carrément stopper l’étalement urbain. Pour les membres de la CMM, il revient au gouvernement de faire respecter la fameuse Orientation 10 prévoyant une complémentarité entre la planification métropolitaine et périmétropolitaine. En résumé, de faire en sorte que les municipalités limitrophes, à l’instar de celles de la CMM, « s’agrandissent de l’intérieur », en consolidant le tissu urbain existant plutôt qu’en créant de nouveaux lotissements.

Une chose est sûre : la densification des banlieues demeure dépendante d’une offre accrue en transport collectif. Tant que ces villes dortoirs resteront dépendantes du tout-à-l’auto, elles vont continuer de faire tache d’huile. Alors que, pour se lancer à la reconquête de l’espace public, il est impératif de diminuer le nombre des voitures ainsi que des espaces de stationnement.

Enfin, une solution encore plus radicale, et que commencent à proposer certains observateurs, serait de mettre un terme définitif à la construction de maisons unifamiliales. Un modèle de développement urbain, à leurs yeux, tout aussi ruineux qu’insoutenable sur le long terme. Citant Albert Einstein, l’un de ces critiques rappelle que : la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent.



Vous souhaitez en savoir plus ?

Consultez l’excellent document intitulé Dépendance à l’automobile, que l’on retrouve sur le portail de Collectivités Viables, une initiative de l’organisme Vivre en Ville.