Pédagogie en contexte de plein air

Éducation par la nature: un mouvement en pleine effervescence au Québec!

Le 23 septembre 2019

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Alors que le besoin de reconnecter les enfants à la nature se fait plus que jamais sentir, l’intérêt des éducateurs, des enseignants, des chercheurs et des parents pour l’approche d’éducation par la nature ne cesse de grandir. Partout au Québec, en ville comme en région, les initiatives pour valoriser l’environnement naturel comme contexte éducatif voient le jour ou prennent de l’ampleur.

Michèle Lebœuf, conseillère aux partenariats et coordonnatrice du projet Alex à l’AQCPE, et Sylvie Gervais, fondatrice de la coopérative Enfant Nature, sont des pionnières de l’éducation par la nature au Québec et participent activement à l’essor du mouvement. Témoins privilégiés de l’engouement pour cette pédagogie émergente, toutes deux se réjouissent que de plus en plus d’enfants puissent profiter des bienfaits d’un contact soutenu avec la nature.

« La science l’a prouvé. Laisser un enfant explorer en interaction avec la nature, c’est incroyable tout ce que ça apporte à son développement global, tant sur les plans physique et moteur, qu’émotionnel, social, cognitif et langagier. Il y a urgence de reconnecter les enfants très tôt avec la nature ! »   – Sylvie Gervais

garderies en plein air

Le projet Alex : un levier pour favoriser le déploiement de l’éducation par la nature

Inspirée par l’initiative Grandir en forêt de 1, 2, 3, Go ! Limoilou, l’Association québécoise des CPE a initié, en février 2019, le projet Alex (pour « à l’extérieur »). « L’AQCPE suivait de près notre travail à 1, 2, 3 Go ! Limoilou, raconte Michèle Lebœuf. L’organisation m’a donc approchée pour voir de quelle façon elle pourrait contribuer à soutenir une réflexion et favoriser l’émergence d’initiatives en lien avec l’éducation par la nature à travers le territoire québécois. »

Organisé autour de trois grands axes, expérimentation, recherche et sensibilisation, le projet Alex a lancé, dès l’hiver 2019, un appel de candidatures aux CPE qui souhaitaient s’engager dans une démarche d’éducation par la nature tout en étant accompagnés. Sur 70 candidatures, 15 milieux à travers le Québec ont été retenus pour former un groupe incubateur. « Ce sont des milieux qui ont envie d’entrer dans l’aventure et qui vont nous aider à documenter leurs pratiques et à développer des outils favorisant le déploiement de l’approche d’éducation par la nature, précise Michèle Lebœuf. Ils vont contribuer activement au virage nature. »

garderie en plein air

Enfant nature : être et apprendre avec la nature

Diplômée en éducation physique et formée à la pédagogie nature auprès de Claire Warden, en Écosse, Sylvie Gervais a pour sa part fondé la coopérative Enfant Nature pour reconnecter les enfants à la nature par une approche d’éducation expérientielle en plein air. Tout en s’inspirant du modèle « Forest School » des pays scandinaves, la pédagogie Enfant Nature est adaptée à la réalité québécoise et aux exigences des programmes ministériels. « On encourage les immersions en pleine nature, mais on maximise aussi l’utilisation de la cour d’école et des parcs de proximité, explique Sylvie Gervais. L’idée, c’est que ce soit rapidement accessible à l’ensemble des services éducatifs à la petite enfance et du réseau scolaire. »

Enfant Nature a développé une approche d’éducation à la nature axée sur le développement global de l’enfant et offre son expertise en formation-conseil dans de nombreuses garderies, CPE et écoles au Québec, tant à la maternelle qu’au premier cycle. « On accompagne les éducatrices et les enseignants, à la fois sur le plan humain et physique, poursuit Sylvie Gervais. C’est un modèle d’intervention sur le terrain avec des capsules en ligne, du matériel didactique et des ateliers pratiques. »

« À Édimbourg, j’ai vu l’esprit de cette pédagogie dans des garderies en plein cœur de la ville. À l’intérieur, il y avait un arbre, des roues sur lesquelles les enfants pouvaient grimper et un mur de bois avec des blocs et des roches. Les enfants rentraient et sortaient jouer dans la cour comme ils le voulaient. Ils sont dans un milieu naturel tout simple, mais ils ont cette liberté d’être en interaction avec la nature. » – Sylvie Gervais

La formation, au cœur de l’éducation par la nature

Pour Michèle Lebœuf, la formation des éducatrices est centrale dans le développement de l’éducation par la nature. « Ce sont des approches qui valorisent le jeu libre, explique-t-elle, mais pour que le jeu libre permette une amélioration de la trajectoire développementale des enfants, il faut qu’il soit accompagné par une action éducative. » Le développement de matériel, mais aussi de stratégies de formation fait donc partie des principaux objectifs du projet Alex. « On documente de façon assez soutenue tout ce qui se fait dans nos milieux incubateurs par des photos, des vidéos et des témoignages, poursuit Michèle Lebœuf. Cet exercice collectif permet de constituer une riche documentation et mènera à la cocréation d’un outil-guide d’adoption de pratiques d’éducation par la nature au Québec qui sera mis à la disposition de l’ensemble des acteurs du réseau des services à la petite enfance. »

garderies plein air

Sylvie Gervais considère également que la qualité de la formation est au cœur de l’approche d’éducation par la nature. « La force de cette approche-là, c’est l’interaction sociale et émotionnelle d’abord, tient-elle à dire. C’est ce qui fait que les enfants sont heureux. » Enfant Nature a aussi mis sur pied un réseau de formateurs issus du monde de l’éducation pour favoriser une implantation optimale de l’approche, tant dans les garderies qu’au préscolaire et au premier cycle. La coopérative a par ailleurs reçu une aide financière du Fonds d’appui au rayonnement des régions pour poursuivre le développement de son approche pédagogique, en collaboration avec l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« Le fait d’être en milieu naturel, c’est déjà porteur de bienfaits. Cela dit, l’adulte joue un rôle significatif pour que les expériences éducatives émergent de manière spontanée, à partir des intérêts des enfants et des provocations faites par l’environnement naturel. Cet accompagnement suppose le développement de certaines connaissances et compétences qui sont essentielles. » – Michèle Lebœuf

garderie plein air

Un domaine de recherche en plein essor

Le Département des sciences de l’activité physique de l’UQTR collabore avec Sylvie Gervais depuis près de cinq ans et les activités d’Enfant Nature sont autant de laboratoires vivants pour les chercheurs qui ont pu observer concrètement les impacts positifs d’un contact soutenu avec la nature sur le développement global des enfants. Plusieurs projets de recherche sont actuellement en cours, dont une étude longitudinale sur l’implantation de la pédagogie Enfant Nature de la maternelle au premier cycle. « On va suivre les enfants sur plusieurs années, précise Sylvie Gervais. Cela va nous fournir des données de recherche très importantes pour continuer à améliorer notre modèle d’intervention. »

Comme le mentionne Michèle Lebœuf, les recherches québécoises sur l’éducation par la nature en petite enfance sont relativement récentes au Québec, mais le sujet passionne de plus en plus les chercheurs. Un vaste projet, financé par le ministère de l’Économie et de l’Innovation est ainsi en démarrage, sous la direction de l’Université Laval et de l’AQCPE. Il permettra notamment d’étudier comment le contexte d’immersion en milieu naturel se reflète sur la qualité des interactions et sur l’engagement de l’enfant. Le projet Alex compte par ailleurs sur son volet recherche pour soutenir une dynamique collaborative entre les différents chercheurs dans le but de favoriser une complémentarité des études.

enfants en forêt

Un virage nature à poursuivre

Mais beaucoup reste encore à faire pour poursuivre le développement et assurer la pérennisation de l’approche, comme en conviennent Sylvie Gervais et Michèle Lebœuf. Cette dernière a entre autres effectué un sondage auprès de l’ensemble des services de la petite enfance au Québec. Les résultats démontrent une grande motivation des milieux pour la pédagogie nature, mais identifient plusieurs défis en lien avec l’accessibilité à un environnement naturel, associée au manque d’espaces verts à proximité, aux coûts du transport, à la gestion des sites naturels ou aux normes qui régissent les établissements. Un important volet du projet Alex vise ainsi à sensibiliser et à mobiliser l’ensemble des acteurs pouvant contribuer, aux niveaux local, régional et national, à lever ces contraintes et à faciliter l’adoption de pratiques d’éducation par la nature. Aussi les deux pionnières s’accordent pour dire que la prochaine année sera déterminante et sont bien résolues à profiter de cette onde de changement pour que tous les enfants du Québec puissent grandir et se développer librement en nature.

« Le ministère de la Famille reconnaît que l’enfant est le premier responsable de son développement et qu’il apprend par interactions. Mais il faut lui donner cet espace où il va être en interaction avec la nature et avec les autres. À la limite, l’enfant n’a pas besoin d’aller en pleine nature, mais il a besoin d’avoir cette liberté-là dans son environnement naturel de proximité. » – Sylvie Gervais

Crédits photos: Coop Enfants Nature, AQCPE/ Projet Alex et 100°

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