Éducation alimentaire

Des ateliers culinaires dès l’âge de 2 ans: oui, c’est possible!

Des ateliers culinaires dès l’âge de 2 ans: oui, c’est possible!

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De plus en plus présents dans les services de garde éducatifs à l’enfance, les ateliers culinaires recèlent un immense potentiel d’apprentissage. S’ils sont souvent pensés pour les enfants de 3 à 5 ans, rien n’empêche de les proposer dès l’âge de 2 ans. Vous travaillez auprès de tout-petits ? Voici de quoi vous inspirer et vous outiller pour les intégrer à votre menu d’activités !

 

D’entrée de jeu, une question s’impose…et mérite d’être explorée : pourquoi cuisiner avec de si jeunes enfants ? Les raisons sont nombreuses… D’abord, l’initiation précoce à la littératie alimentaire a le potentiel d’apporter plusieurs bienfaits, notamment en favorisant l’acquisition de saines habitudes de vie et en contribuant au développement général de l’enfant : langage, motricité fine, habiletés sociales et émotionnelles, etc. Il n’est donc jamais trop tôt pour découvrir des aliments, apprendre à suivre des consignes ou être fier de soi !

Ensuite, le contact avec la nourriture représente un cadre familier pour les enfants en bas âge, alors que les repas et les collations ponctuent leur quotidien jusqu’à six fois par jour. À l’âge de 2 ans, considérant que l’introduction des solides débute généralement autour de 6 mois, ils cumulent déjà près d’une année et demie d’expérience alimentaire ! De plus, les enfants sont souvent attirés par les bols et les ustensiles, comme en témoigne la popularité du « coin cuisine » dans les milieux de garde. Voilà une excellente occasion de tirer parti de cette familiarité pour proposer des contenus éducatifs.

Quels sont les défis en cuisine avec de jeunes enfants?

Soyons réalistes : la cuisine avec les bouts de chou comporte certainement son lot d’obstacles ! Pour bien s’y préparer, mieux vaut les reconnaître :

  • Un niveau d’attention restreint et une patience limitée : rester en place plus de quelques minutes peut être difficile pour certains enfants. Aussi, il peut leur être ardu d’attendre avant de goûter. À la vue des aliments, plusieurs auront envie de passer à l’étape de dégustation sur le champ… avant même d’avoir cuisiné !
  • Des enjeux de communication : puisque le langage est en plein développement à cet âge, la compréhension des consignes n’est pas toujours optimale. Certains petits peuvent aussi avoir du mal à exprimer leur besoin d’aide ou à verbaliser ce qu’ils ressentent (ex. : un enfant présentant une sensibilité sensorielle accrue pourrait réagir fortement à l’odeur du fromage, sans nécessairement pouvoir le nommer).

Lorsqu’on prend conscience de ces réalités, il est possible de mettre en place plusieurs stratégies afin d’adapter les ateliers à ce jeune public.

Comment intéresser les tout-petits à une activité culinaire?

Pour des enfants de 2 ans, la durée idéale d’une activité culinaire est de 20 à 30 minutes, voire un peu plus si la concentration est au rendez-vous. Restez à l’affût : si l’attention n’y est plus, il est préférable de couper court plutôt que d’étirer la sauce.

La matinée constitue habituellement un moment propice pendant lequel les enfants sont bien réveillés, vigilants et réceptifs. Si l’atelier a lieu immédiatement après la collation du matin, c’est encore mieux : leur faim comblée, ils auront moins tendance à piger directement parmi les aliments de la recette.

Pour faciliter le déroulement, l’ajout de courtes pauses « ludico-actives » entre les manipulations culinaires représente une avenue intéressante. Par exemple, on se lève entre deux étapes, puis on mime l’action de presser un immense citron à l’aide d’un presse-agrumes pour géant.

Voici d’autres trucs pour optimiser la capacité d’écoute des enfants : réaliser la recette une étape à la fois, transmettre les consignes au compte-goutte, distribuer les aliments ainsi que le matériel au fur et à mesure et effectuer les démonstrations devant eux, en temps réel.

Les inviter à manipuler et à goûter de petits morceaux d‘ingrédients avant de commencer est également une bonne option. Leur besoin de toucher sera ainsi partiellement satisfait avant de se lancer dans la « vraie » recette. À garder en tête : plus ils sont actifs, meilleure sera leur participation.

Par ailleurs, il est possible de réaliser un atelier culinaire complet en plusieurs brefs segments répartis au cours de la semaine. Par exemple :

  • Lundi : les enfants observent et manipulent différents légumes entiers;
  • Mardi : ils regardent l’animatrice couper les légumes de la veille, puis reproduisent la technique à l’aide d’ustensiles et d’aliments-jouets;
  • Mercredi : l’animatrice leur apprend à manipuler un vrai couteau à beurre et une planche à découper (sans aliment);
  • Jeudi : les enfants s’initient à la coupe de morceaux de légumes (lanières ou tronçons de légumes tendres, pelés ou cuits au besoin), puis placent leurs morceaux sur leur planche en formant un visage;
  • Vendredi : ils s’amusent avec un jeu d’association de légumes et de couleurs.
trempette amusante

Que peut-on cuisiner avec des enfants de 2 ans?

De toute évidence, les recettes choisies doivent être ultra simples et faciles à réaliser : couper quelques fruits ou légumes à la texture souple, mélanger un ou deux ingrédients pour préparer une trempette, garnir un pain plat de sauce et de fromage râpé pour en faire une pizza, écraser un avocat bien mûr à l’aide d’une fourchette pour réaliser une guacamole express, etc.

Y ajouter une touche ludique est une stratégie gagnante pour gagner leur intérêt : créer une forme amusante avec des morceaux de fruits, trouver un nom rigolo pour la recette, choisir des aliments colorés, etc.

Pour plusieurs raisons, il est préférable que chaque enfant prépare sa portion individuelle. En plus de correspondre aux recommandations du cadre de référence Gazelle et Potiron, cette approche réduit les risques de contamination. Elle présente aussi un avantage indéniable pour les personnes qui animent : puisque tous les amis effectuent les mêmes étapes, l’activité est équitable et les requêtes du genre « c’est moi qui coupe le concombre ! » sont moins fréquentes.

Si la recette inclut une période de cuisson, on en profite pour aller jouer dehors ou proposer une autre activité.

recette simple
Une recette simple, avec une touche ludique.

De quel matériel ont besoin nos petits cuisiniers?

Quelques éléments de base suffisent pour cuisiner avec les tout-petits :

  • Pour les recettes nécessitant de couper des aliments : une planche à découper légère et de petit format (de couleur vive, c’est encore plus attrayant) ainsi qu’un couteau à beurre en métal, légèrement dentelé avec un bout arrondi;
  • Un ensemble de cuillères à mesurer et de cuillères en métal pour mélanger et manger;
  • Quelques pièces de vaisselle incassable, idéalement de petit format.

Aussi, il est bon de prévoir une débarbouillette humide par enfant, pour nettoyer les mains collantes.

Enfin, pour faciliter la mesure de très petites quantités, divers accessoires peuvent compléter l’ensemble : contenant troué pour les épices, vaporisateur pour les ingrédients liquides (ex. : eau de fleur d’oranger, vanille), petite seringue pour l’huile, etc.

Vaisselle et ustensiles
Quelques items pour cuisiner avec les tout-petits.

Comment rendre l’activité culinaire sécuritaire pour les tout-petits?

Il est indispensable de faire preuve de vigilance lors de l’utilisation du couteau, même s’il ne s’agit que d’un couteau à beurre. Les enfants ont souvent le réflexe de le garder bien serré dans leurs mains, qui virevoltent autour du visage des autres. Il importe donc d’être ferme et de s’assurer qu’ils déposent le couteau sur la table lorsqu’ils ne l’utilisent pas. « Le couteau fait dodo. » Il faudra sans doute le répéter, ou, au besoin, le faire pour eux.

En présence d’enfants de 0 à 5 ans, les risques d’étouffement alimentaire doivent impérativement être pris en considération. Leurs voies respiratoires étant étroites, elles peuvent s’obstruer rapidement et leur mastication n’est pas encore pleinement efficace. D’ailleurs, plus les enfants sont jeunes, plus les risques sont élevés. Plusieurs mesures sont incontournables pour adapter les aliments offerts : peler les fruits et légumes, cuire les légumes durs, couper les petits aliments ronds dans le sens de la longueur, griller le pain, éviter les aliments collants, etc. Cette liste n’est toutefois pas exhaustive, et il demeure de votre responsabilité de consulter des ressources fiables* afin d’assurer la sécurité des tout-petits. D’autres précautions sont indispensables pour réduire les risques, notamment s’assurer que les enfants sont bien assis lors de la dégustation, les encourager à mastiquer lentement et, bien sûr, les surveiller en tout temps.

fruits en étoile
Une attention particulière est à porter aux aliments offerts, pour s’assurer que l’activité est sécuritaire.

Animer un atelier culinaire pour les tout-petits: en solo ou avec de l’aide?

Les cuistots de 2 ans auront naturellement besoin de davantage de soutien que les enfants plus âgés. Bien qu’il soit tout à fait possible d’animer un atelier culinaire seul∙e auprès d’un petit groupe d’enfants, la présence d’autres adultes est très aidante pour les accompagner.

Qu’il s’agisse de parents, de collègues ou de professionnel∙les de l’éducation, il peut être utile de leur rappeler gentiment que l’objectif est d’assister les enfants, et non d’effectuer les manipulations à leur place.

mains qui cuisinent

Et l’éducation alimentaire dans tout ça?

Le mot d’ordre avec un groupe de jeunes enfants ? Y aller à petite dose ! Souvent, l’ajout d’un seul élément très simple pour compléter la préparation de la recette est amplement suffisant pour y intégrer un apprentissage. On privilégiera des expériences concrètes : toucher des courges, sentir des épices, secouer une noix de coco, observer la pelure d’un melon à l’aide d’une loupe, etc.

Les jeux éducatifs ou actifs peuvent également constituer d’excellents leviers pour transmettre, tout en douceur, des notions liées à l’alimentation.

courges amusantes
Toucher et jouer avec des courges.

Que faire si un tout-petit refuse de participer à l’atelier culinaire?

À cet âge, les refus sont fréquents et la gestion des émotions en est encore à ses débuts. Si un enfant n’est pas réceptif ou s’il est carrément en crise, on évite de s’acharner, comme pour tous les groupes d’âge.

L’enfant peut simplement choisir une activité calme à proximité, comme feuilleter un livre ou jouer tranquillement, pendant que les autres participent à l’atelier. Peut-on lui proposer de goûter à la recette ? Absolument ! S’il le souhaite, bien sûr, et une fois son calme retrouvé. À cet effet, il pourrait être judicieux de préparer la portion qui lui était destinée, au cas où...

Si la recette est partagée avec la famille, l’enfant aura peut-être envie de reprendre l’activité à la maison, en compagnie de ses parents. Qui sait ?

Cuisiner avec de jeunes enfants, c’est aussi doser ses attentes

En bref, il est tout à fait normal qu’un peu de brouhaha s’installe durant un atelier et que les consignes soient à répéter. Faire preuve de tolérance et de patience dans ces circonstances demeure la meilleure approche.

Aussi, il ne faut pas trop s’en faire si les enfants mangent ou explorent les aliments avec leur bouche en même temps qu’ils cuisinent. On peut simplement leur rappeler, avec bienveillance, d’attendre le signal « bon appétit », tout en validant que « oui, c’est difficile d’attendre quand ça a l’air si bon ! »

*Réduire le risque d’étouffement chez les jeunes enfants : des ressources à consulter

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