Petite enfance / Milieu de garde

Image corporelle chez les tout-petits: une trousse pour outiller les services de garde éducatifs

Image corporelle chez les tout-petits: une trousse pour outiller les services de garde éducatifs
Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º

Afin de favoriser des pratiques égalitaires à l’égard des garçons et des filles, ÉquiLibre vient de lancer une trousse à l’intention des services de garde éducatifs à l’enfance. Objectif : aider les tout-petits à se construire une image corporelle positive ainsi qu’une estime de soi solide et diversifiée.

Cette nouvelle trousse d’ÉquiLibre invite les services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE) à s’engager dans une démarche progressive et constructive grâce à des outils d’accompagnement bien conçus : des capsules vidéo de sensibilisation, des fiches qui permettent de se questionner et de s’informer, ainsi que des suggestions d’activités.

« L’image corporelle est basée sur ce qu’on pense de notre corps, mais aussi sur ce qu’on croit que les autres pensent de notre corps. »

« Pendant la petite enfance, la construction de l’estime de soi et de l’image corporelle passe principalement par le regard des adultes, explique Andréanne Poutré, cheffe de projets chez ÉquiLibre. Or, certains stéréotypes sexuels, que l’on transmet souvent inconsciemment, peuvent avoir un impact sur le développement de l’image corporelle des tout-petits, particulièrement chez les filles. À ce titre les SGEE ont un rôle de premier plan à jouer. »

Andréanne poutre Andréanne Poutré, cheffe de projets chez ÉquiLibre

Des stéréotypes difficiles à débusquer

Parmi les stéréotypes sexuels qui perdurent, souvent malgré nous, Andréanne Poutré évoque celui, particulièrement tenace, qui nous fait penser que les garçons ont plus besoin de bouger que les filles. « Une petite fille à qui on ne donne pas assez d’occasions de bouger, de se salir et de prendre des risques développe moins ses habiletés physiques, soutient-elle. Elle est perdante au chapitre de son développement global, et c’est dommage. »

« Dès l’âge de 5 ans, certains enfants sont insatisfaits de leur corps. »

Mettre en valeur plusieurs des caractéristiques d’un tout-petit, c’est lui donner confiance en ses compétences, souligne également Andréanne Poutré : « En complimentant un enfant surtout sur son apparence, on limite son estime de soi à cet aspect, tandis que lorsqu’on souligne son agilité, son humour, son courage ou encore sa créativité, son estime de soi devient plus diversifiée et donc plus solide. Il devient ainsi mieux outillé pour faire face aux défis et aux difficultés qu’il rencontrera dans sa vie. »

Les livres et les jouets

La trousse aborde la question des livres et des jouets qui présentent souvent les corps de façon très stéréotypée et irréaliste. « Des poupées ou des figurines aux longs cils, à la taille fine et aux grands yeux présentent des modèles irréalistes auxquels les filles vont vouloir ressembler », indique Andréanne Poutré. D’ailleurs, les garçons ne sont pas non plus à l’abri de l’insatisfaction corporelle, à force de jouer avec des figurines masculines aux muscles surdimensionnés.

Il en va de même avec les livres, souligne une éducatrice dans une des capsules vidéo de la trousse. « Il est important que les enfants se reconnaissent dans les jouets, mais aussi que les livres à leur disposition présentent la diversité qui existe dans la vraie vie, tant du point de vue de l’apparence que des rôles. »

L’analyse du matériel offert aux enfants peut révéler qu’un peu de « ménage » doit être fait. « C’est parfois un défi de trouver en magasin des jouets ou des livres non stéréotypés, mais c’est possible. Plusieurs fabricants et éditeurs proposent du matériel présentant des personnages offrant une belle diversité (corps variés, diverses origines, différents traits, etc.) », signale Andréanne Poutré.

« Bien des livres dont les personnages sont des animaux véhiculent eux aussi des stéréotypes sexuels. »

Aussi des outils pour les parents

« Nous avons inclus dans la trousse plusieurs outils à l’intention des parents, indique Andréanne Poutré. Un mémo, des articles de blogue et des capsules vidéos ont pour objectif de les sensibiliser et de les outiller. Leur présenter les bénéfices que leur enfant peut retirer d’un accompagnement égalitaire est une façon positive de les informer de la démarche entreprise au SGEE. »

Une démarche progressive

« Tant du côté des parents que du côté des éducatrices, une remise en question de leurs croyances et de leurs interventions pourrait être confrontante, reconnaît Andréanne Poutré. Voilà pourquoi nous avons produit une vidéo de 30 minutes, plus spécifiquement destinée aux gestionnaires et conseillères pédagogiques, ainsi qu’aux agentes de soutien pédagogique des bureaux coordonnateurs. »*

« Chaque milieu ne part pas du même point, précise-t-elle. L’idée est de commencer par susciter une réflexion au sein de l’équipe. En laissant aux éducatrices le temps de s’approprier les outils et en répondant à leurs questions et préoccupations, le ou la gestionnaire leur permettra de se fixer des objectifs réalistes. C’est la meilleure façon de progresser vers des actions structurantes. »

Notez que la trousse s’adresse à tous les SGEE qu’ils soient publics, privés ou communautaires, comme les haltes-garderies. Les outils sont gratuits, simples et agréables à consulter.

La trousse Pour une image corporelle positive, agissons de la même façon avec les filles et les garçons, a été conçue avec l’appui d’un groupe de travail formé d’expertes du développement de l’image corporelle, de la socialisation et de l’éducation égalitaire.

* NDLR L’auteure de cet article, qui pensait bien s’être débarrassée de ses idées préconçues sur les filles et les garçons, a dû reconnaître que quelques points soulevés dans les vidéos l’ont confrontée à certains de ses préjugés inconscients…