Éducation alimentaire

Transformation alimentaire à l’école: manger local en éveillant la curiosité

Transformation alimentaire à l’école: manger local en éveillant la curiosité

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Manger des pommes du Québec à l’école, c’est super, mais ça n’a rien de bien spécial. Sauf peut-être si ces pommes sont dégustées sous forme de barbotine ou encore si elles sont lyophilisées comme de la nourriture d’astronaute. C’est le pari audacieux qu’ont relevé deux écoles québécoises grâce au financement obtenu dans le cadre de l’appel de projets 100o. Coup d’œil sur des initiatives de transformation alimentaire qui permettent de manger local tout en éveillant la curiosité.

machine à slush
crédit photo: École de la Rocade

Quand la science culinaire s’invite au service de garde

Jessica Lafontaine travaille au service de garde de l’école primaire de la Rocade, en Montérégie. On le perçoit immédiatement : elle a à cœur de créer des ponts entre l’école et les producteur·rices de sa région.

Avec le financement obtenu dans le cadre de l’appel de projets Pour des aliments québécois dans nos écoles, lancé par 100°, l’école a pu se procurer de la machinerie et des articles de cuisine pour créer des recettes originales à partir de produits d’ici. En plus d’une machine à slush, Jessica Lafontaine a opté pour un déshydrateur, une machine à crème glacée, un robot culinaire digne d’une pâtisserie et une plaque à induction pour cuisiner avec les élèves sans risque de brûlures. Les différents processus de transformation permettent de leur enseigner les bases de la science culinaire.

Jessica Lafontaine, éducatrice au service de garde, école de la Rocade

Quand j’ai sorti la machine à slush pour la première fois, tant les éducatrices que les élèves avaient des étoiles dans les yeux. On a transformé du jus de pomme à l’ancienne d’un verger de Sainte-Cécile-de-Milton. Plusieurs enfants n’en avaient jamais goûté. La prochaine fois, nous transformerons du lait de soya produit à Saint-Hyacinthe.

Jessica Lafontaine, éducatrice au service de garde, école de la Rocade

Chaque activité débute avec une dégustation et un atelier culinaire, réalisés au service de garde ou durant les journées pédagogiques. Les préparations sont ensuite consommées par les cuistots en herbe, puis le reste est emballé, étiqueté et distribué dans les classes en guise de collation pour les enfants qui n’en ont pas. Une grande source de fierté pour celles et ceux qui ont mis la main à la pâte ! 

Jessica Lafontaine possède son permis de transformation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Elle explique aux enfants ce qu’est la contamination croisée et leur transmet les règles d’hygiène, avant et après l’activité. Il est aussi prévu que des producteurs·rices rendent visite aux élèves pour présenter leurs produits et leur métier. Par exemple, au printemps, un apiculteur viendra expliquer comment on fabrique le miel.

L’éducatrice constate déjà des impacts positifs auprès des élèves : « C’est impressionnant, la machinerie. Quand je la sors, tous les enfants sont fascinés et veulent l’utiliser. Plusieurs de nos élèves ont un diagnostic et je remarque à quel point ça les calme… ça stimule leur curiosité et sollicite leur concentration. Les enfants veulent voir et comprendre comment l’instrument fonctionne et ont hâte de découvrir le résultat. »

Du côté des éducatrices aussi, ce nouveau projet n’a amené que du positif. « Elles ont tout de suite eu plein d’idées d’activités », relate Jessica Lafontaine, ajoutant du même souffle que la direction et le conseil d’établissement ont d’emblée adhéré au projet.

Comme quoi, il suffit parfois d’une seule personne passionnée et d’un petit coup de pouce financier pour qu’une école se transforme en laboratoire culinaire.

élèves dans la serre
Crédit photo: École Riverview

Culture en serre et lyophilisation en classe

Sophie Perreault est enseignante à l’école anglophone Riverview, dans l’arrondissement de Verdun à Montréal, depuis trois ans. Sa classe de 4année n’est pas comme les autres, puisqu’elle abrite une serre où les élèves font pousser tomates, poivrons, laitues et gingembre.

« C’est un lieu où les élèves viennent pour s’apaiser, raconte-t-elle. Avec sa lumière et ses végétaux, la serre appelle le calme, on y parle doucement. Et les élèves adorent les récoltes. Au printemps, on n’avait que deux haricots… qu’on a dû couper en 19, parce que tout le monde voulait y goûter ! »

À une époque où le panier d'épicerie coûte de plus en plus cher, l'école a à cœur d'innover, tant pour sauver des denrées alimentaires que pour alléger la facture des familles. De plus, elle reçoit des dons d’aliments en grande quantité pour les déjeuners et les collations. C’est en constatant qu’une partie de cette nourriture était malheureusement gaspillée que Sophie Perreault a eu l’idée de se procurer un lyophilisateur, un appareil qui sèche les aliments à froid, conservant ainsi leurs propriétés originales et offrant une texture intéressante.

Ayant vécu en Californie, l’enseignante connaissait déjà cette technique de conservation, plus répandue sur la côte ouest qu’ici. Puis, l’appel de projets lancé par 100o a été le tremplin pour concrétiser son idée. Afin de compléter le financement du projet, l’école a également organisé une grande vente de plants. L’aventure de la lyophilisation peut enfin débuter ! 

Sophie Perreault, enseignante, école Riverview

Nous allons pouvoir lyophiliser toutes sortes d’aliments qui vont conserver leurs nutriments : des fruits, du yogourt, des repas complets. On pourra même confectionner des bonbons santé !

Sophie Perreault, enseignante, école Riverview

Serre en classe
Crédit photo: École Riverview

Dans cette école axée sur l’innovation, la technologie et les sciences, toutes les classes pourront bénéficier du lyophilisateur commercial, et les titulaires pourront l’intégrer à leurs activités pédagogiques. L’appareil pourra aussi servir l’été, dans le cadre de cours de cuisine offerts gratuitement aux enfants durant deux semaines. Des projets entrepreneuriaux scolaires pourront également naître des produits transformés.

Pour Sophie Perreault, ce projet dépasse les murs de l’école… C’est une façon de reconnecter les enfants à leur communauté et à l’environnement. « Le milieu communautaire est très présent à Verdun, explique-t-elle. Ça ouvre de belles possibilités de collaboration avec l’école, puisqu’on peut récupérer les fruits et légumes locaux déclassés, les transformer avec les élèves et redistribuer les surplus à des centres des femmes ou à des organismes qui viennent en aide aux personnes itinérantes. Sans oublier les paniers de Noël qu’on offre déjà à de nombreuses familles de l’école. »

Tout comme le Club des petits déjeuners, qui est né à Verdun, Sophie Perreault espère que son projet de lyophilisation fera boule de neige et inspirera d’autres écoles du Québec à réduire le gaspillage alimentaire, et à mettre à profit la science culinaire pour nourrir la communauté.

 

Photo à la une de l'article :  Véronique de Broin, de la coopérative des Jardins de Tessa, s'implique aux côtés des élèves de l'école Riverview pour une activité de vente de paniers de légumes.

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