Municipal

Villes en transition: des projets citoyens pour un avenir résilient

Villes en transition: des projets citoyens pour un avenir résilient

Ressource

Monnaies locales, épiceries coopératives, pistes cyclables ou verdissement des rues, de plus en plus d’initiatives citoyennes voient le jour sous l’impulsion du réseau Villes en Transition (Transition Network), un mouvement que lançait le Britannique Rob Hopkins il y a près de quinze ans. Loin d’être anecdotiques, des projets menés aux quatre coins du monde, notamment à Bologne, Liège et Ungersheim ont su inspirer d’autres communautés.

Marie Allimann

Marie Allimann

JOURNALISTE INDÉPENDANTE EN ENVIRONNEMENT ET INNOVATIONS SOCIALES

Et si on imaginait collectivement un avenir positif face à l’urgence climatique ? Cette proposition de Rob Hopkins a séduit des milliers de groupes de citoyens — groupes de transition — dans une cinquantaine de pays. Leur objectif : imaginer et mettre en place des projets locaux de transition écologique capables de rendre leur ville ou leur quartier plus résilient. L’idée est d’encourager les citoyens à devenir des acteurs de changement, tout en encourageant les pouvoirs publics à renforcer la capacité d’agir des citoyens et soutenir leurs projets.

Démocratie participative

À l’image de Bologne, en Italie, qui a su se transformer pour stimuler l’imagination des citoyens. Depuis 2014, un règlement de collaboration civique pour les communs urbains — espaces, infrastructures, équipements gérés de manière collective — invite en effet les citoyens à soumettre des propositions de pactes de collaboration pour revitaliser les espaces urbains grâce à une enveloppe annuelle de 150 000 €. Il existe aujourd’hui plus de 500 pactes allant de la rénovation de bancs publics au verdissement d’espaces publics ou la réalisation de fresques murales.
 
Le bureau de l’imagination civique (BIC), créé trois ans plus tard, veille quant à lui à entretenir le dialogue permanent avec les citoyens à travers des assemblées publiques et des réunions thématiques. Déployé sous forme de laboratoires de quartier dans six districts de la ville, le BIC aide notamment les citoyens à prioriser et concevoir leurs idées, et les oriente vers les outils les plus adaptés tels que les pactes de collaboration ou le budget participatif. Car chaque année, depuis 2017, un montant d’un million € est  investi dans un budget participatif, que ce soit pour améliorer des pistes cyclables ou transformer des locaux vacants. Ce mécanisme est d’ailleurs de plus en plus prisé des municipalités. Notamment au Québec où, selon le Centre d’écologie urbaine de Montréal, « une personne sur trois a eu l’occasion de s’impliquer dans une démarche de budget participatif ». Et ce, quelle que soit la taille des municipalités, de Château-Richer à Montréal.

Crédit photo: Ceinture-Aliment-Terre-Liégeoise

Souveraineté alimentaire

À Liège, en Belgique, un collectif de citoyens (Liège en Transition) et des acteurs économiques se sont quant à eux mobilisés pour réimaginer le système alimentaire de leur région. Leur rêve : développer une agriculture de proximité, de manière à fournir d’ici une génération la moitié de la demande alimentaire de cette ville de quelque 197 000 habitants. En 2013, ils créaient ainsi la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise (CATL) pour mobiliser et soutenir la filière alimentaire en circuit court.  

En huit ans, la CATL aurait permis de doubler le nombre de maraîchers dans la région. Notamment grâce à plusieurs municipalités de la région qui se sont engagées à soutenir l’agriculture locale en protégeant les terres agricoles. Ou encore à l’implication de la ville de Liège qui met à disposition des maraîchers des terrains urbains en friche pendant une durée de vingt ans. Une vingtaine de coopératives de maraîchers, brasseurs, viticulteurs ou livreurs à vélo ont également vu le jour, y compris des épiceries de quartier qu’ont créé des producteurs et des citoyens pour vendre sans intermédiaire et à prix juste les produits de petits producteurs locaux.

Au Québec, des citoyens et producteurs de Saint-Adrien, un village d’environ 500 habitants en Estrie, ont eux aussi créé une coopérative pour pallier la fermeture du restaurant et de l’épicerie dans la municipalité. À l’instar de Liège, l’ambition de la communauté est d’assurer l’autonomie alimentaire du village en privilégiant l’approvisionnement local et solidaire, tout en dynamisant la production et la transformation locales. Cette vision devrait prochainement se concrétiser par la construction d’un centre alimentaire multifonctionnel. Lieu d’échange et de rencontre entre producteurs locaux et consommateurs, ce centre comprendra notamment une épicerie, un restaurant, une microbrasserie et une cuisine de transformation.

Image tirée du film « Qu'est-ce qu'on attend?»

Transition tous azimuts

Ungersheim, un village alsacien de 2400 habitants, est en France un pionnier du mouvement de transition grâce à la volonté et la détermination de son maire. Celui-ci a su fédérer ses concitoyens autour d’un projet de transition, notamment en mettant en place des outils de démocratie participative. Outre le conseil des enfants, des commissions participatives permettent en effet aux habitants de discuter plusieurs fois par an sur différentes thématiques et de faire des propositions au conseil municipal dans les limites d’un budget voté par ce dernier.

En phase avec le mouvement des Villes en Transition, la municipalité adhérait à ce réseau en 2011 et s’engageait dans un plan de 21 actions visant l’autonomie énergétique, alimentaire et intellectuelle. D’où la création d’une monnaie locale, d’une ferme solaire de 5,3 mégawatts sur un ancien entrepôt de déchets miniers, d’un écohameau de maisons passives, d’une exploitation maraîchère de 8 hectares gérée par un organisme d’insertion et dédiée l’approvisionnement local ou d’une conserverie. On trouve également une cantine scolaire servant des aliments exclusivement biologiques ou encore deux chevaux de trait utilisés pour les travaux agricoles et le transport scolaire. La mise en œuvre de ce plan aurait permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 600 tonnes par an et de créer environ 130 emplois, tandis que la municipalité pourrait atteindre son autonomie énergétique d’ici 2023. Le tout sans augmenter les impôts locaux depuis plus de 15 ans. Autant d’actions qui, selon Rob Hopkins, placent ce village « à la pointe du progrès ».

Saint-Adrien

Communauté

Vous avez aimé l’article?

En quelques clics, joignez notre communauté et obtenez le meilleur de 100º grâce à des ressources personnalisées.

Créer mon profil
DEVENEZ AMBASSADEUR ET FAITES BRILLER LES PROJETS DE DEMAIN