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Trottibus: leçons à tirer de l’expérience de 4 écoles

Le 28 septembre 2017

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Une thèse de doctorat récemment présentée à l’Université de Montréal identifie 3 éléments du renforcement des capacités communautaires qui influencent l’implantation d’un Trottibus.

« Le contexte de chaque milieu ainsi que les structures communautaires existantes, le type de leadership au sein de l’organisation et la construction de réseaux dans la communauté sont des éléments centraux et incontournables dans l’implantation des programmes de promotion de l’activité physique », explique d’emblée Laurence Lapointe, Ph. D. en sciences de l’activité physique.

4 écoles, 41 entretiens

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, la chercheuse a évalué les facteurs facilitants et les obstacles liés à l’implantation d’un Trottibus en comparant les expériences de 4 écoles situées dans des milieux contrastés : 2 écoles en milieu défavorisé (1 en ville, l’autre en banlieue) et 2 écoles en milieu favorisé (1 en ville, l’autre en banlieue).

Laurence Lapointe a réalisé 41 entretiens individuels avec différents acteurs impliqués dans le programme Trottibus des 4 écoles. Ces données révèlent, entre autres, que la mobilisation de la communauté varie d’un milieu à l’autre, notamment en fonction de 3 facteurs présentés très succinctement ci-dessous.

Les priorités et les valeurs de l’école

L’importance accordée aux saines habitudes de vie dans l’école est un facteur qui influence la mobilisation des acteurs scolaires. « L’implantation d’un Trottibus est facilitée lorsque les saines habitudes de vie font partie des priorités de l’école, notamment lorsqu’elles sont spécifiquement mentionnées dans le projet éducatif, souligne Laurence Lapointe. La direction de l’établissement et l’équipe-école sont alors plus enclines à s’impliquer dans des projets faisant la promotion des saines habitudes de vie. »

Les préoccupations du milieu

Les préoccupations des parents quant à la sécurité des déplacements actifs des enfants varient en fonction de leur niveau socioéconomique. « Les parents des milieux mieux nantis qui ont participé à l’étude se sont montrés plus inquiets, ce qui favorise leur implication dans la mise sur pied et le fonctionnement du Trottibus », explique la chercheuse.

La perception de la pertinence du programme

Dans une des écoles situées en milieu défavorisé, le nombre d’enfants qui marchent vers l’école était déjà élevé. Les parents ne voyaient donc pas la pertinence d’un programme pour encadrer les marcheurs. « De plus, il existait un frein important au Trottibus dans la seconde école située en milieu défavorisé, souligne Laurence Lapointe. L’autobus scolaire y était offert, même si, en principe, à cause de la distance entre le domicile et l’école, les enfants n’y avaient pas droit. »

L’idée qui change tout pour recruter des bénévoles

Le recrutement de bénévoles pour accompagner les enfants à l’école peut s’avérer difficile dans les milieux moins bien nantis et multiethniques et remettre en question la pérennité d’un Trottibus.

« Avec l’aide d’une intervenante scolaire et d’un organisme communautaire, ainsi qu’une idée géniale, un de nos Trottibus en milieu multiethnique est bien vivant, 4 ans après son implantation », se réjouit Virginie Delannoy, agente de développement en transport actif, à la Société canadienne du cancer, Division du Québec.

C’est en offrant un certificat d’implication bénévole aux accompagnateurs que l’école est allée chercher leur motivation. « Ce document, qui peut faire bonne figure dans un CV, a incité plusieurs nouveaux arrivants à devenir accompagnateurs », explique Virginie Delannoy.

Et cette implication a eu plusieurs effets positifs dans le quartier : une meilleure socialisation, une amélioration du français parlé, mais aussi une amélioration notable du lien avec l’école et une sensibilisation accrue en matière de sécurité routière et de saines habitudes de vie.

Une idée qui va rayonner

« Cette nouvelle stratégie va faire l’objet d’une présentation dans le but d’inspirer d’autres écoles », souligne avec enthousiasme Virginie Delannoy. Une autre occasion pour les parents bénévoles de se mettre en valeur puisque certains d’entre eux participeront à cette présentation.

Conseillère en gestion des connaissances chez Québec en Forme, Mathilde St-Louis-Deschênes a assisté à la présentation de la thèse de Laurence Lapointe à titre de membre du jury. Selon elle, cette étude illustre l’importance de bien connaitre les besoins d’un milieu pour éveiller sa motivation. « L’initiative du certificat d’implication bénévole en est un autre exemple : ce ne sont ni l’activité physique ni la sécurité des enfants qui ont suscité l’implication des parents dans ce cas, mais plutôt une idée qui répondait à un de leurs besoins spécifiques. »

Un constat avec lequel Virginie Delannoy est bien d’accord. « Grâce aux différentes facettes du projet Trottibus, les différents milieux peuvent s’y investir en fonction de leurs intérêts : transport actif, sécurité, environnement, socialisation, etc. »

Note. La thèse de Laurence Lapointe s’intitule « Le renforcement des capacités communautaires et l’implantation d’un programme de promotion du transport actif vers l’école : le cas de Trottibus. » Présentée à la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université Montréal en août 2017, elle sera accessible dans quelques mois sur le site Papyrus.



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