Capitale-Nationale

Aménagement des locaux : l’école Saint-Claude expérimente le virage « classe flexible et différenciée ».

Le 27 avril 2018

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Ne cherchez pas un pupitre pour chaque élève dans cette classe, ils ont été remplacés, pour la plupart, par des tables hautes, une table basse sur un tapis, des bancs oscillants, un divan et des ballons de yoga. Bienvenue dans la « classe flexible et différenciée » de Madame Pascale à l’école Saint-Claude, de la Commission scolaire de la Capitale 

 Un des principes de la « classe flexible et différenciée » est d’offrir aux enfants la possibilité de se déplacer dans la classe et de choisir la position de travail qui convient le mieux à la tâche demandée. En plus de répondre aux besoins de chacun, l’aménagement de la classe se prête aussi au travail en équipe. Mais attention ! L’exercice ne se résume pas à un réaménagement physique : pour réussir ce virage, les enseignants doivent aussi être prêts à adapter leurs méthodes pédagogiques.

« L’élève peut satisfaire son besoin de bouger et se concentrer davantage sur son travail ou sur ce que l’enseignante dit, au lieu de se concentrer sur le fait de devoir rester à sa place sans bouger », commente Carole-Lynn Massie de la Mobilisation régionale et locale sur les saines habitudes de vie, le poids et la santé, de la région de la Capitale-Nationale, qui a accompagné l’école Saint-Claude dans ce virage[1].

Quand Julie Delagrave, la directrice de l’école Saint-Claude a sondé l’intérêt des enseignantes pour le projet  « classe flexible et différenciée », une dizaine de mains se sont levées dont celle de Pascale Perreault, enseignante en 4e année. Pas à pas, Madame Pascale a apprivoisé la démarche et transformé sa classe, son enseignement et ses élèves.

classe flexible

En plus des matières de base, l’élève apprend l’autonomie

Les enfants ont le choix de travailler par terre sur le tapis, assis sur le divan ou sur un ballon de yoga, debout à une table haute ou devant un tableau blanc installé sur un chevalet ou une petite tablette blanche accrochée entre deux fenêtres. Toutes les vingt minutes, un signal sonore les invite à changer de place et donc de position.

Concrètement, Madame Pascale donne une courte leçon académique, après quoi, les élèves changent de place pour mettre en pratique la leçon dans la position qui leur convient, seuls ou en groupes. Après tout, il n’est pas nécessaire d’être assis à un pupitre pour lire ou faire des additions. « Changer de place remet aussi le compteur à zéro pour que l’élève soit à nouveau concentré sur sa tâche et pour s’assurer qu’il maintient une posture ergonomique », relate Carole-Lynn Massie.

Au-delà des matières de base, la classe flexible encourage aussi les élèves à développer leur autonomie. « L’élève est amené à se questionner et à réaliser quelles sont les conditions gagnantes pour s’engager dans sa tâche et l’accomplir. Il devient maitre de son apprentissage », décrit Pascale Perreault. Il apprend aussi le vivre-ensemble, car s’il est libre de choisir où s’installer, son choix doit se faire dans les respects de ses camarades.

classe flexible

Des règles pour assurer une saine gestion de classe

« La démarche peut être déstabilisante pour les enseignantes », reconnait Pascale Perreault qui avoue avoir craint de perdre le contrôle de sa classe à ses débuts. Mais classe flexible ne veut pas dire absence de règle et d’autorité et l’enseignante a appris à assurer une saine gestion de sa classe. Par exemple, pour faciliter les changements de place, elle a établi un code : un élève qui veut prendre la place d’un autre lui met la main sur l’épaule qui devra céder sa place. Nul ne pourra s’éterniser sur le divan !

« L’enseignant doit annoncer les règles dès le début et indiquer les comportements attendus », insiste Carole-Lynn Massie. Ces comportements peuvent être de l’ordre de l’utilisation du matériel, de l’adoption et du maintien de bonnes postures, ou encore du respect du niveau de bruit. « Une enseignante pourrait spécifier que pour tel exercice, elle s’attend à des chuchotements », illustre-t-elle. Carole-Lynn Massie rapporte aussi le témoignage d’une enseignante qui craignait, en début d’année, de perdre le contrôle, alors que maintenant, elle voit sa classe comme une communauté d’apprenants.

classe flexible

Une démarche à géométrie variable

Il n’y a toutefois pas de recette unique. « On n’est pas obligé d’aller au même niveau que la classe de Pascale Perreault », tient à rassurer Carole-Lynn Massie. D’ailleurs, à l’école Saint-Claude, d’autres enseignantes ont entrepris la démarche de façon plus modérée et ont toujours plusieurs pupitres dans leur classe. Il n’y a pas un modèle, ni même un objectif unique, mais bien quelques principes à respecter lors de l’implantation de cette démarche qui se veut évolutive : cheminer pas à pas, mettre les élèves à contribution, aménager la classe tout en assurant l’adoption de postures ergonomiques, la diminution de la position assise statique, l’augmentation de la position debout et l’intégration du mouvement dans les apprentissages.

[1] Initialement développé par le RSEQ de Québec et Chaudière-Appalaches, le projet « Classe flexible et différenciée » est maintenant sous la responsabilité de la Mobilisation régionale et locale sur les saines habitudes de vie, le poids et la santé, de la région de la Capitale-Nationale.



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Une tendance à surveiller

À l’instar de Pascale Perreault et de ses collègues de l’école Saint-Claude, d’autres enseignants défrichent la voie des classes flexibles. C’est notamment le cas d’Andrée-Anne Blais, enseignante de 6e année à l’école Omer-Jules-Desaulniers de Yamachiche, qui a complètement réaménagé sa salle de classe avant la rentrée scolaire 2017, au grand bonheur de ses élèves. Ce mouvement prendra-t-il de l’ampleur ? C’est une histoire à suivre…