Nouvelle-Beauce

Collectivités viables: Saint-Elzéar réécrit ses règles d’aménagement pour mieux occuper le territoire villageois

Le 12 février 2018

Télécharger le PDF

Pour tenir compte de l’augmentation de la population, l’équipe municipale de Saint-Elzéar a innové en faisant le choix d’« agrandir de l’intérieur », plutôt que d’empiéter sur le territoire agricole.

 Aussi bonne soit-elle, cette idée représentait toutefois un véritable défi pour ce village de 2400 habitants, trop petit pour disposer d’un urbaniste, mais dont le nombre de citoyens avait bondi de 44 % en 20 ans.

Mais les travaux amorcés par la MRC de La Nouvelle-Beauce pour réviser son schéma d’aménagement et de développement du territoire ont facilité les choses.

Marie-Josée Larose, aménagiste principale de la MRC de La Nouvelle-Beauce

Pour un périmètre urbain viable

« En 2015, nous étions aussi en train de réévaluer le périmètre urbain des 11 municipalités, relate Marie-Josée Larose, aménagiste principale de la MRC de La Nouvelle-Beauce. Dans le cas de Saint-Elzéar, nous avions estimé que le territoire villageois serait au maximum de sa capacité d’accueil deux ans plus tard. »

Il fallait donc agrandir le périmètre d’urbanisation pour accueillir d’autres citoyens. « Voilà pourquoi, en 2015, une demande d’exclusion pour trois secteurs de développement a été faite auprès de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) », indique Mathieu Genest, directeur général et secrétaire-trésorier de Saint-Elzéar.

Mathieu Genest, directeur général et secrétaire-trésorier de Saint-Elzéar

Pour un territoire agricole bien protégé

C’est dans ce contexte que Vivre en ville, un organisme-conseil en développement de collectivités viables, a été mandaté pour animer les discussions visant à explorer différentes avenues au sujet, entre autres, de la planification des noyaux villageois.

En 2016, l’organisme a notamment animé cinq ateliers de travail auprès des élus, des directeurs et des professionnels municipaux membres de la commission d’aménagement de la MRC.

« Au cours d’un de ces ateliers, nous avons expliqué aux participants que la CPTAQ allait dorénavant refuser la plupart des demandes d’exclusion, particulièrement dans le cas des municipalités en croissance en raison de leur proximité avec des communautés métropolitaines », souligne David Paradis. Directeur – Recherche, formation et accompagnement chez Vivre en ville.

L’organisme a alors proposé que chaque municipalité étudie plus en détail les possibilités de densification à l’intérieur de son périmètre respectif.

Pour une densification à échelle humaine

Saint-Elzéar a choisi d’aller de l’avant et a mandaté Vivre en ville pour réaliser une évaluation du potentiel de densification de son périmètre d’urbanisation et des agrandissements demandés à la CPTAQ. « D’autant plus qu’entretemps, dans sa décision préliminaire, la CPTAQ nous avait refusé l’autorisation de construire sur le plus grand des secteurs que nous souhaitions développer, précise Mathieu Genest. Il nous fallait trouver une façon d’occuper autrement le territoire en cas de refus définitif.» 

Pour bien analyser ce problème, Vivre en ville a travaillé à partir d’une modélisation tridimensionnelle du village (photos ci-dessus et ci-dessous). « L’étude a permis d’estimer à 340 le nombre de logements pouvant être ajoutés au périmètre d’urbanisation actuel et à 413 le nombre de logements pouvant être construits dans les agrandissements, plutôt que les 220 envisagés à l’origine », précise David Paradis.

Innover en modifiant le règlement de lotissement

Pour densifier le territoire villageois, les élus ont modifié le règlement de lotissement de façon importante. « Traditionnellement, en milieu rural, la surface des terrains résidentiels est de 930 m2 (10 000 pi2), précise Marie-Josée Larose. Maintenant, la surface maximale est fixée à 700 m2, et la surface minimale, à 540 m2. »

« Saint-Elzéar a choisi d’innover : pour le moment, nous sommes les seuls dans la MRC à avoir modifié nos règlements dans le but explicite de densifier le village. » Mathieu Genest, directeur général et secrétaire-trésorier de Saint-Elzéar

Autres changements  réglementaires : le frontage maximal des terrains est passé de 30 m à 22 m, et, grâce à une réduction des marges de recul, les maisons seront un peu plus près de la rue. « L’emprise de la rue reste la même, mais elle permettra des aménagements favorables aux déplacements actifs », explique Mathieu Genest.

Crédit photo : Vivre en ville

Modifier le règlement de zonage

La municipalité est en train de peaufiner les modifications de son règlement de zonage, qui devraient être adoptées prochainement. « Par exemple, le nombre d’étages permis sera augmenté, souligne Marie-Josée Larose. Et le terrain actuellement occupé par une usine, autour de laquelle s’est développé un quartier résidentiel, sera requalifié si cette entreprise déménage ou ferme ses portes. »

Être à l’affût des opportunités

Densifier, ce n’est pas juste une question de règlements, c’est aussi une question de vision et d’occasions bien planifiées. Le rapport de Vivre en ville a permis de repérer des terrains mal occupés ou vacants. « Si ces espaces, qui présentent un bon potentiel de densification, sont à vendre, ils pourraient intéresser un promoteur », indique Marie-Josée Larose.

Des terrains appartenant à la municipalité pourraient aussi être requalifiés pour favoriser le resserrement de l’urbanisation. « Par exemple, le terrain actuel du garage municipal a une faible valeur, mais présente un bon potentiel de développement, souligne Mathieu Genest. Nous n’envisageons pas actuellement de faire démolir le bâtiment pour permettre la construction de résidences, mais quand il ne sera plus adéquat, nous savons déjà que nous réfléchirons à sa relocalisation. »

Course annuelle des 4 versants

Bien aménager les espaces publics

Autre bon coup : la municipalité va acquérir les bandes riveraines d’un cours d’eau qui traverse un des futurs ensembles résidentiels. « Nous prévoyons en faire un parc linéaire, accessible à tous qui, en plus d’offrir un espace vert, va relier ce nouveau secteur à un quartier existant », précise Mathieu Genest.

« C’est aussi ça, une densification bien menée : en contrepartie de terrains privés plus petits, la municipalité offre des espaces publics bien situés et bien conçus. » David Paradis. Directeur – Recherche, formation et accompagnement chez Vivre en ville

 Avoir son mot à dire sur le projet

Au-delà de tous ces changements réglementaires, la municipalité se démarque aussi en étant plus impliquée dans la conception des nouveaux secteurs du village. Par exemple, alors que c’est habituellement le promoteur qui décide de la configuration des rues, il en va désormais autrement à Saint-Elzéar.

« L’entente signée avec le promoteur contiendra des spécifications concernant les trottoirs, la largeur des rues, etc., explique Mathieu Genest. Nous allons notamment nous assurer que la configuration finale soit favorable aux déplacements actifs et à la connectivité avec les autres secteurs du village. »

Deux projets immobiliers seront réalisés en 2018 et 2019, ce qui représente 160 nouvelles unités résidentielles. Avec son centre des loisirs en cours de reconstruction, Saint-Elzéar sera donc prêt à accueillir de nouveaux citoyens dans un environnement favorable aux saines habitudes de vie.



Télécharger le PDF