Montréal

Les Terrasses Roy : rue piétonne exemplaire et modèle de participation citoyenne

Le 29 juin 2018

Des enfants qui font des châteaux de sable tandis que leurs parents discutent à une table réfectoire ou cueillent les fines herbes d’un potager urbain… Voici une tranche de vie typique des Terrasses Roy, un aménagement piétonnier réussi, fruit d’un exercice de participation citoyenne exemplaire.

En 2017, dans le cadre du Programme d’implantation de rues piétonnes de la ville de Montréal, l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal a ciblé un tronçon de la rue Roy, entre la rue de Bullion et l’avenue Coloniale, qui se prêtait particulièrement bien à l’aménagement d’une rue piétonne. Pour assurer la bonne marche du projet, l’arrondissement a mandaté le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM) pour qu’il informe et consulte les citoyens et qu’ensuite il soumette des recommandations aux consultants en aménagement.

« Dès le départ, explique Isabelle Gaudette, organisatrice communautaire au CEUM, l’arrondissement a distribué un document d’information aux portes des 650 riverains afin de leur expliquer la démarche. Ensuite, nous du CEUM, nous avons mené des entrevues avec les établissements ayant pignon sur rue. Le but était, entre autres, de mieux comprendre les préoccupations particulières de certains commerçants et d’apaiser leurs craintes en apportant les ajustements nécessaires. »

Deux années de transition

Dès 2017, le CEUM organisait des ateliers de travail citoyens pour brosser un portrait des enjeux identifiés et dégager des pistes d’interventions pour l’aménagement du projet temporaire. « Il s’agissait, raconte Isabelle Gaudette, d’explorer des idées concrètes pour le projet 2017 et voir comment le milieu pouvait s’impliquer : citoyens, organisations, commerces. Les consultations avaient aussi pour but de mieux connaître les riverains avant de programmer des activités. »

Peu après l’implantation du mobilier, une rencontre était organisée avec des citoyens qui s’étaient portés volontaires pour former un comité consultatif chargé d’identifier dès que possible les premiers problèmes. « La rétroaction citoyenne permet de mieux identifier les différents enjeux et surtout d’apporter des ajustements nécessaires beaucoup plus rapidement, souligne Isabelle Gaudette. D’une part, ces aller-retour entre la planche à dessin et les riverains sont essentiels au processus participatif, mais ils nous permettent aussi de tirer des enseignements de ces projets, d’identifier les meilleures pratiques. Et c’est la raison pour laquelle il faut deux années de transition avant que la rue piétonne ne devienne permanente.

Photo : Mélanie Dusseault

Hiver comme été

Les Terrasses Roy ont, exceptionnellement, été maintenues durant l’hiver 2017-2018. Elles ont ainsi servi de banc d’essai pour savoir comment on peut animer une rue piétonne en hiver. « Il faut tenter l’expérience, précise Isabelle Gaudette, durant les deux années transitoires, afin de ne pas faire d’erreur lors de l’aménagement permanent. Il est important que la rue demeure fonctionnelle l’hiver. Et déjà, après une première saison froide, on a identifié des problèmes au chapitre du déneigement. Par exemple, on a dû élargir le couloir central en chicane pour permettre à la machinerie de procéder correctement à l’enlèvement de la neige. »

En plus des rencontres avec le comité citoyen, le CEUM avait aussi pour mandat d’effectuer des observations sur le terrain, été comme hiver, de manière à documenter la fréquentation des lieux et l’appréciation des usagers qui, en 2017, se sont d’ailleurs dits satisfaits ou très satisfaits du projet à 87 %. En outre, un dénombrement du passage des voitures a été réalisé pour connaître l’impact de la fermeture du tronçon et s’assurer de la répartition équitable du trafic automobile dans les rues adjacentes.

Photo : Mélanie Dusseault

L’art de la médiation

« La consultation citoyenne, c’est la clé de la réussite, insiste Isabelle Gaudette. Prenons l’exemple de la Place Shamrock, près du marché Jean-Talon. La phase 1 du projet avait été réalisée avant la mise en place du Programme d’implantation de rues piétonnes. Et lors de la phase 2, avant même de consulter les citoyens, des terrains de pétanques, une guinguette et une petite roulotte ont été installés. Mais les gens ne semblaient pas apprécier certains des choix. Ils disaient : « une guinguette, c’est français et nous sommes dans la Petite Italie ! » Et les Français, eux, disaient : « ce n’est pas ça une vraie guinguette…. » Bref, les aménagements n’étaient pas représentatifs de l’identité du quartier, faute d’un processus de consultation en amont. »

« Lorsque la Ville convoque une réunion d’information, les gens attendent leur tour pour prendre le micro et se vider le cœur, poursuit l’organisatrice communautaire. Dès lors, ils se retrouvent placés en mode réaction plutôt qu’en mode construction. Alors que nous, en tant que médiateurs, nous jouissons d’une certaine aura de neutralité. Placés entre l’administration municipale et les citoyens, nous pouvons plus facilement faire valoir les points de chacun. Et notre expérience en matière d’animation participative nous permet de plus facilement mettre les gens à contribution, de les réunir en petits sous-groupes pour qu’ils puissent exprimer leurs opinions et ensuite arriver à des consensus. C’est de cette manière que l’on parvient à garantir le succès d’un projet comme les Terrasses Roy. Grâce à la participation citoyenne ! »



Photo : Mélanie Dusseault

Programme d’implantation de rues piétonnes

Depuis 2015, la ville de Montréal offre un soutien financier et technique aux arrondissements afin qu’ils élaborent et mettent en œuvre des projets de piétonnisation de rues. Ces projets peuvent reposer sur des concepts variés afin de répondre aux besoins spécifiques des résidents tout en réflétant l’identité du quartier. À ce chapitre, la Ville a créé un Catalogue d’inspiration pour aider les arrondissements à créer de nouveaux espaces publics de proximité. Il propose un survol de la diversité des usages possibles des rues ainsi qu’une variété de mesures testées pour en révéler les potentiels.

Environ 5 projets sont sélectionnés chaque année par le comité de pilotage, suite à un appel à projets. À ce jour, 15 rues piétonnes ont été aménagées dans le cadre de ce Programme. Elles s’ajoutent à près de 50 rues piétonnes temporaires, saisonnières ou permanentes déjà existantes et couvrent plus de 8 km.

Cette année, trois projets ont été retenus :

  • Rue Gilford
    Entre Saint-Denis et Rivard
  • Place Masson
    Entre 5e et 6e Avenue
  • Rue Decelles
    Entre Décarie et Saint-Croix

La Ville invite d’ailleurs tous les citoyens à décourvrir ces rues piétonnes à l’aide d’une carte interactive.