Urbanisme

L’espace public sous pression: 3 propositions pour agir maintenant

Le 17 mai 2019

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Le fil qui unit la trame urbaine à la vie quotidienne est le fait des espaces publics. Rues, parcs et places sont les lieux du bien commun. Toutefois, ils sont menacés : privatisation, désengagement des pouvoirs publics, changements climatiques, insécurité, inégalités, etc. Il est temps d’agir collectivement pour préserver nos espaces publics et créer des villes plus résilientes.     

Les espaces publics séduisent par la multiplicité de leurs fonctions. Ils peuvent ainsi se déployer sous forme de grandes places, comme le Quartier des spectacles, à Montréal, qui, au gré des événements, se métamorphose en des lieux extraordinaires de rencontres (inter)culturelles et de dynamisme économique. Ou bien, dans des municipalités comme Saguenay ou Rimouski, ce sont les artères commerciales qui revêtent une personnalité distinctive pour créer un sentiment d’appartenance. Plus intimes, les ruelles vertes offrent des lieux d’organisation où des voisins coordonnent des activités à l’échelle d’un quartier ! Et n’oublions pas les pistes cyclables qui, été comme hiver, sont des lieux à la base d’un système de transport à faible impact carbone… et à fort impact sur la santé !

Les espaces publics englobent donc tous ces lieux, à la base inclusifs et sans condition, qu’ils soient privés ou publics. Ce sont nos parcs, nos rues, mais aussi les bâtiments communautaires telles que les bibliothèques ou les cours d’école. Or, si ces lieux occupent une place centrale dans notre vie collective, ils ne peuvent être tenus pour acquis.


Crédit : Centre d’écologie urbaine de Montréal –  La place de la station de métro Frontenac  

 

De l’importance des espaces publics

Au Canada, 80 % de la population habite en milieu urbanisé, à l’image de l’urbanisation accélérée de la population mondiale. Ce contexte met les espaces publics sous pression. La Biennale des espaces publics de Rome jetait, en 2013, les bases d’un effort international avec une première Charte de l’espaces public. Que doit-on préserver ? Pourquoi ?

«Les espaces publics sont un élément clé du bien-être individuel et social, lieux de la vie collective des communautés, expression de la diversité de leur patrimoine culturel et naturel commun, et fondement de leur identité» – Charte de l’espace public (2013)

En 2015, l’Organisation des Nations unies (ONU) a lancé la Boîte à outils de l’espace public global et rappelé que nos parcs et nos ruelles sont des biens communs vulnérables au désengagement des administrations publiques. En 2016, l’ONU a fait des espaces publics un des chantiers du Nouvel Agenda Urbain (Habitat III) afin de guider l’engagement mondial en faveur du développement urbain durable. L’objectif fixé est ambitieux : 45 % d’espaces urbains devraient être alloués aux rues et espaces publics.

Ces consensus internationaux permettent de comprendre que des enjeux qui semblent distincts, comme la création d’une économie dynamique et la sécurité routière, peuvent tous bénéficier de la sauvegarde et de la valorisation de ces lieux. Ceux-ci permettent de combattre une diversité de problèmes touchant l’ensemble de nos sociétés : changements climatiques, inégalités sociales, étalement urbain, vieillissement de la population, sédentarité généralisée, etc.


Les 17 objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU signé en 2015 par 192 États membres de l’ONU

 

Qu’en est-il ici ? En 2015, le Canada signait le Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU. L’accès universel à des espaces verts et sécuritaires constitue l’un de ses objectifs explicites. Sur le terrain, la réussite de milieux de vie urbanisés denses et complets doit compter sur des espaces publics de qualité et bien aménagés. À ce chapitre, les professionnels disposent de la capacité de transformer durablement les espaces publics à l’aide de solutions innovantes comme les jardins pluviaux, la déminéralisation, le verdissement, etc. En outre, parce que les espaces publics sont des biens communs, leur préservation ne dépend pas du pouvoir d’un seul individu, mais bien de notre capacité d’organisation collective, et de volonté politique.


Crédit : Centre d’écologie urbaine de Montréal – La place Simon-Valois

 

Trois propositions pour agir maintenant

Créer des espaces publics de qualité doit devenir un objectif intégré à l’ensemble des politiques publiques en aménagement. Les mers de stationnements qui relèguent l’être humain en marge de la vie publique doivent disparaître. Pour ce faire, les occasions d’agir sont nombreuses.  L’adoption d’une Politique nationale d’aménagement du territoire pourrait accélérer la création d’espaces publics de qualité partout au Québec. D’autre part, les débuts des travaux du gouvernement provincial sur la Stratégie québécoise de l’architecture vont permettre de nous doter de principes porteurs guidant la création de milieux de vie.

La deuxième avenue, tout aussi centrale, est de mieux connaître les espaces publics en les étudiant. L’architecte Jan Gehl affirme qu’on en sait actuellement plus sur l’habitat idéal du tigre de Sibérie que sur la manière de créer un bon espace urbain pour l’Homo sapiens ! Dans la dernière décennie, New York, Seattle et Istanbul ont commandé des études qui ont permis de cerner les besoins et de comprendre les dynamiques de leurs populations. Au pays, Vancouver et Toronto ont récemment lancé leur programme d’étude pour réaménager leur centre-ville. Au Québec, les grands chantiers d’infrastructures urbaines, ou encore le virage incontournable vers la mobilité durable, sont des occasions favorables d’intégrer ce paradigme.

Enfin, les espaces publics sont ceux de la vie collective. Face aux grands défis sociétaux, des principes doivent guider le futur de nos espaces partagés. Pourquoi ne pas s’inspirer du Nouvel Agenda Urbain ou encore de la Charte des espaces publics afin d’établir un cadre de référence propre à notre réalité québécoise et garant d’un accès équitable pour tous ?



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