Mobilité durable

«Modern Mitigation» : ou l’art de réduire la congestion automobile dans les villes

Le 26 octobre 2018

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Une nouvelle approche en matière de gestion du trafic automobile est en train de faire son chemin dans certaines villes Nord-Américaines. Plutôt que de miser sur une augmentation de la capacité autoroutière, le concept de Modern Mitigation repose sur un ensemble de mesures d’atténuation du flot de véhicules.

« If you plan cities for cars and traffic, you get cars and traffic. If you plan for people and places, you get people and places. »   Fred Kent – Project for Public Spaces

La raison d’être des villes est d’offrir aux gens et aux entreprises l’accès à une concentration de biens, de services, d’emplois et d’espaces où exercer leurs activités. Le mot agglomération, qui sert à les désigner, véhicule d’ailleurs cette idée d’agrégation, de concentration. Mais rapidement les problèmes apparaissent lorsque l’on cherche à résoudre les problèmes de transport automobile.

L’approche conventionnelle, pour accommoder le flot d’autos solos, a été jusqu’à maintenant de consacrer toujours plus d’espaces aux infrastructures routières, ainsi qu’à leur inévitable corollaire : les cases de stationnement. Autrement dit, il s’agit d’une stratégie totalement en contradiction avec les principes de concentration et d’accessibilité. L’automobile, en exigeant toujours plus d’espace, accroît les distances entre les destinations, qui ne sont alors plus accessibles qu’aux automobilistes. Une sorte de prophétie autoréalisée qui entraîne toute une série de problèmes liés à la sécurité, à l’environnement, sans oublier de ruineux impacts économiques.

La gestion de la demande de transport 

La nouvelle approche proposée dans le rapport: Modernising Mitigation, s’articule autour du concept de gestion de la demande de transport (Transportation demand management) dans le but premier d’atténuer le trafic automobile. En tant que tel, le concept de gestion de la demande de transport n’est pas nouveau, puisqu’il apparaît dans la foulée de la première crise du pétrole, en 1973. Mais il a évolué au cours des dernières décennies pour inciter les villes à revoir leur gestion du territoire et leurs manières de faire, notamment dans les 5 domaines suivants :

  • En bonifiant les infrastructures pour les piétons, les cyclistes et le transport collectif;
  • En optimisant l’utilisation de l’espace (densification) pour minimiser les déplacements;
  • En subventionnant les transports collectifs, les vélos libre-service et l’autopartage;
  • En créant des liaisons desservant le premier et le dernier kilomètre;
  • En instaurant des indicateurs de suivi pour mesurer l’efficacité des interventions.

Des bénéfices collectifs

La démarche pour mettre en place les principes de Modern Mitigation, que décrit ce rapport, s’inspire largement des réformes dont la ville de Pasadena a été une pionnière, ensuite imitée par d’autres grandes villes californiennes comme San Francisco, San Jose, Oakland et Los Angeles. Il s’agit d’une approche globale qui, au-delà d’un nouveau partage de la rue et des espaces publics, touche à de nombreux aspects de la vie en milieu urbain comme les logements abordables, le télétravail, le covoiturage, les garderies en milieu de travail, l’éducation, la sensibilisation.

Cette approche de Modern Mitigation conduit nécessairement à une forme de développement durable, favorise une redéfinition de la trame urbaine à échelle humaine. Et comme elle s’appuie sur de nombreux indicateurs de suivi, elle permet d’estimer les nombreux bénéfices qu’en retirent aussi bien les citadins que les commerçants, mais aussi les entrepreneurs, les propriétaires de bâtiments ainsi que tout le personnel municipal. Bref, à l’échelle de la communauté, on peut classer ces bénéfices selon les quatre catégories suivantes :

  • Sécurité: les collisions sont plus rares dans les quartiers marchables que dans ceux qui dépendent de l’automobile; plus les piétons et les cyclistes sont nombreux, plus ils évoluent dans un environnement sécuritaire (safety by numbers); des rues sécuritaires pour les piétons et les cyclistes le sont aussi pour les autres usagers; et plus les piétons sont nombreux, plus il y a d’yeux dans la rue, ce qui éloigne la criminalité.
  • Santé: plus les quartiers sont marchables, plus leurs citoyens sont en santé; moins de voitures sur la route est synonyme d’une meilleure qualité de l’air; des communautés favorables à la marche et au cyclisme attirent les talents (accroissement du capital social).
  • Économie: les quartiers marchables et cyclables accroissent la valeur foncière des propriétés; l’accès aux transports collectifs et actifs fait gagner du temps aux citoyens; les quartiers denses permettent d’offrir des services municipaux à moindres coûts tout en générant plus de taxes; piétons et cyclistes font de plus petits achats que les automobilistes, mais ils reviennent plus souvent, ce qui est encore meilleur pour les affaires des commerçants.
  • Transport: la proximité des services permet des trajets courts qui peuvent facilement se faire à pied, à bicyclette ou en transport collectif; l’augmentation du transport actif réduit la congestion automobile et donc fait sauver du temps de déplacement; la réduction du parc automobile permet aux ménages d’économiser sur les frais de transport.

 
Bien entendu, toutes les mesures présentées dans ce rapport ne sont pas applicables de la même manière dans toutes les villes. Chacune d’entre elles doit adapter et adopter les mesures les plus susceptibles de s’appliquer en fonction de ses infrastructures existantes, de son environnement bâti, de son tissu sociodémographique, etc. Mais le principe de base demeure toujours le même : le Modern Mitigation vise d’abord et avant tout la réduction du trafic automobile plutôt que de lui offrir de meilleures conditions de fluidité.



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