Projet Schola

Rénovation des écoles primaires: le milieu scolaire invité à saisir une occasion historique!

Le 4 juin 2018

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Lancé en février dernier en vue de bâtir une plateforme d’expertise en architecture scolaire, le projet Schola vient d’entamer une vaste enquête provinciale auprès des équipes-écoles dans le but d’établir un premier portrait de la réalité scolaire au Québec.

Professeure titulaire à l’École d’architecture de l’Université Laval et responsable du volet Programmation des besoins, Carole Després ne cachait pas son enthousiasme, le 1er juin dernier, au moment de la mise en ligne des questionnaires de cette grande enquête provinciale. Le matin même, des courriels, pour en faire l’annonce, étaient envoyés aux directeurs de 298 écoles afin de transmettre l’invitation à participer aux membres des équipes-écoles.

« Nous amorçons aujourd’hui une étape cruciale, fondamentale, explique-t-elle. On peut assez facilement connaître la réalité matérielle dans laquelle évoluent les élèves grâce aux plans d’architecte, mais pour comprendre la réalité éducative telle qu’elle se vit, il est essentiel de consulter les équipes-écoles. »

À partir des 2 308 bâtiments scolaires existants, Schola a constitué un échantillon aléatoire dont la taille équivaut à 15 % des écoles primaires du Québec. « Au total, nous avons identifié 342 écoles et, en conformité avec la loi du hasard, précise Carole Després, les 69 commissions scolaires, francophones (60) et anglophones (9), sont représentées dans notre échantillon. À ce jour, 56 d’entre elles se sont engagées à participer à l’enquête. Et ça continue d’entrer. »

Un moment inédit

L’objectif de cette enquête: mieux comprendre comment sont utilisés aujourd’hui des bâtiments scolaires construits il y a des décennies. « Vous devez savoir, explique la chercheuse, que les trois quarts des écoles ont été construites avant même la création du ministère de l’Éducation. Or, à l’époque, une école c’était les enseignants, le directeur et les élèves. De nos jours il faut ajouter le service de garde scolaire, le service d’adaptation, de francisation, l’éducation physique… Si au fil des générations la réalité éducative s’est considérablement complexifiée, les bâtiments scolaires eux, hormis quelques adaptations majeures, n’ont presque pas changé. Ils peinent souvent à répondre aux exigences d’un milieu de vie où, en plus d’apprendre, il faut aussi pouvoir bien s’alimenter et être physiquement actifs. »

« Donc, d’un strict point de vue architectural, enchaîne Carole Després, les écoles sont en grande majorité arrivées à la fin de leur premier cycle de vie. Le temps est venu de procéder à leur rénovation. C’est pour cela que nous vivons un moment historique ! Parce qu’un tel chantier, ça ne revient qu’une fois aux 50 ans. Et c’est la raison pour laquelle nous voulons donner la parole aux membres des équipes-écoles, à tous ceux qui utilisent ces bâtiments. C’est le moment ou jamais, pour eux, de nous faire part de leur réalité au quotidien. »

Un projet unique au monde

Les Services de ressources matérielles des commissions scolaires qui participent, à ce jour à l’enquête, ont déjà fait parvenir aux chercheurs de Schola les plans des écoles sélectionnées, depuis les touts débuts jusqu’à aujourd’hui. Présentement, une équipe d’étudiants au doctorat s’active à entrer tous ces plans papier dans une vaste base de données. « Ça, c’est la réalité objective, spécifie Carole Després. Maintenant, ce que l’on veut savoir, c’est comment les équipes-écoles se sont approprié les lieux. C’est la raison d’être de nos questionnaires. »

« L’étape suivante, précise la chercheuse, sera de croiser les données objectives, colligées à partir des plans des bâtiments, avec les données de l’enquête sur la réalité éducative. Et, à ma connaissance, c’est une première dans le monde. Imaginez ! Nous allons pouvoir coupler un extraordinaire outil de manipulation des données spatiales à un ensemble de données réelles d’utilisation. Ce qui va nous permettre d’extraire des informations très, très fines par exemple en matière d’acoustique, de lumière, de comportement thermique, de mètres carrés par élèves en fonction des différents usages. »

À diagnostic précis, intervention réussie

« Je dis souvent à mes étudiants ; vous avez une belle solution, mais le problème est mal posé. »

À l’heure actuelle, il n’existe pas de guide pour procéder à la rénovation d’un bâtiment scolaire. C’est toujours du cas par cas. Les architectes font bien sûr de leur mieux, sauf que, le plus, souvent, ils manquent de temps pour justement bien comprendre les usages des bâtiments par les équipes-écoles. L’objectif de Schola est donc d’enrichir les cahiers de normes du gouvernement sur la base d’une connaissance réaliste du milieu scolaire.

« À partir du croisement de toutes ces données, nous serons en mesure d’établir toute une série de diagnostics, à l’échelle de la province, pour ensuite développer des outils d’aide à la décision qui seront placés sur la plateforme Schola : guides, cadres normatifs, etc. Ça n’enlève rien à la créativité des architectes, mais on veut faciliter leur travail, raccourcir l’étape du diagnostic. »

Préparer l’avenir

« Le travail que nous faisons présentement, c’est lourd, c’est long, admet Carole Després, mais il faut prendre le temps pour colliger les données. C’est essentiel pour bien définir le problème. Vous savez, c’est toute une tâche de faire un diagnostic provincial. Mais tout va bien pour le moment. La collaboration est bonne. Les gens comprennent la rigueur du processus. »

Et pourquoi lancer cette enquête tout juste avant la fin de l’année scolaire ? « Bien sûr, nous avons pris un gros risque en lançant l’enquête à la fin de l’année, alors que les enseignants, les membres du personnel sont fatigués. Mais c’était nécessaire de le faire pour les questionner sur les 3 étapes de l’année scolaire et savoir comment ils ont vécu cette réalité au cours des saisons, conclut-elle. Je sais qu’on leur demande, à court terme, un effort supplémentaire, mais ils vont ainsi apporter leur contribution à la réussite éducative de nos élèves pour les décennies à venir! »



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Les prochaines étapes

Dès l’automne prochain, Schola va sonder les parents dont les enfants fréquentent les écoles participantes et, par leur entremise, tenter de rejoindre ces mêmes enfants pour en savoir plus sur leurs expériences de vie à l’école. D’autre part, Schola souhaite lancer une consultation élargie auprès de tous les acteurs qui gravitent autour des milieux scolaires. Comme l’explique Carole Després, il serait souhaitable que toutes les personnes concernées commencent déjà à réfléchir à ces enjeux et à en discuter. Car une fois le diagnostic provincial établi, il faudra ensuite s’entendre sur une vision concertée de l’école de demain.

D’ici 3 ans, la plateforme Schola pour les écoles primaires devrait être achevée. Ensuite, toute l’équipe interdisciplinaire de Schola se penchera, au cours des 3 années suivantes, sur le cas des écoles secondaires. Un vaste chantier que 100º s’engage à documenter…