Transport actif

Rues complètes: bientôt un virage majeur à Gatineau?

Le 26 mars 2018

Le Conseil municipal de Gatineau devra décider prochainement s’il adopte un projet de règlements qui vise à transformer par défaut en rue complète chaque artère qui devra subir une réfection.

Qu’on les appelle rues complètes ou conviviales, ce concept d’urbanisme né aux États-Unis dans les années 70 vise à rendre les artères d’une ville accessibles et sécuritaires pour tous : piétons, vélos, autobus, fauteuil roulant motorisé, transport en commun, etc.

Il suffit de taper les mots rues complètes dans un moteur de recherche pour tomber sur des images avant/après d’une même rue. Avant : une artère large avec des voitures circulant sur plusieurs voies, bordée d’un trottoir étroit ou inexistant. Après, la même voie carrossable devenue plus étroite, et cette fois encadrée de pistes cyclables et de trottoirs longés d’arbres. C’est ce qu’on verra peut-être à Gatineau dans le futur si deux nouveaux règlements obtiennent le feu vert du conseil municipal.

Une tendance en pleine croissance

Cette ville de l’Outaouais s’inscrirait ainsi dans une tendance nord-américaine. Aux États-Unis, près d’un millier de juridictions ont adopté à ce jour des politiques favorisant la mise en place de rues complètes. Au Canada, une quinzaine de villes ont fait de même, avec en tête de peloton : Vancouver, Edmonton, Toronto et Kitchener.

Plus près de nous, à Montréal, on retrouve des exemples de ce type d’aménagement, notamment sur le Plateau Mont-Royal. La Ville de Québec, pour sa part, s’est dotée d’une grille d’analyse pour déterminer les meilleurs endroits pour établir des rues complètes. « C’est un mouvement qui prend de l’ampleur au Québec », confirme Jean-François Bruneau, conseiller en sécurité routière à Polytechnique Montréal et à l’Université de Montréal.

Une mesure structurante

Mais si Gatineau va de l’avant, le concept de rue complète sera intégré au cœur même de sa réglementation. « Une politique, c’est bon, mais quand une ville adopte un règlement, c’est encore plus fort », affirme Jean-François Bruneau. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à chaque fois qu’une rue fera l’objet de travaux majeurs, elle devra en ressortir adaptée aux transports actifs, à moins de preuve du contraire. Légalement, cela correspond à renverser le fardeau de la preuve par rapport à l’approche du « tout à l’auto ».

Mais si le concept de rues complètes est parfait sur papier, il se heurte parfois à la dure réalité de l’acceptabilité sociale. Les automobilistes se plaignent des limites de vitesse plus sévères ou du trop grand nombre de passages piétonniers.

Le boulevard Saint-Joseph à Gatineau, par exemple, sera le prochain à subir une remise à neuf. Or, sur les plans préliminaires de réfections présentés à la population le 19 mars dernier, on n’y voyait… pas une seule piste cyclable ! Les promoteurs ont eu peur de limiter le nombre d’espaces de stationnement et, ce faisant, réduire l’achalandage dans les commerces.

« Le concept de rue complète, c’est un objectif, résume Jean-François Bruneau. Mais est-ce nécessaire d’avoir l’ensemble des mesures sur chaque rue ? Non. Il faut y aller au cas par cas. C’est impossible d’atteindre la perfection, mais tout geste en ce sens est positif. Dans 25 ou 30 ans, quand toutes les rues auront été refaites, on aura une ville beaucoup plus agréable à vivre. »