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Tout-petits: 3 raisons de ne pas utiliser les écrans en services de garde éducatifs

Le 2 octobre 2017

En tant qu’éducatrice de la petite enfance ou gestionnaire d’un service de garde éducatif, il vous arrive sans doute de vous questionner sur la place à donner aux nouvelles technologies avec écrans – télévisions, ordinateurs, tablettes, téléphones intelligents et autres – dans votre milieu. Comment s’y retrouver ? Faut-il bannir à tout prix les écrans des milieux de garde ?

Dans son cadre de référence, Gazelle et Potiron, le ministère de la Famille prend clairement position. Il recommande aux services de garde éducatifs d’éviter l’utilisation des écrans1. Malgré cette prise de position, aucun règlement n’oblige les services de garde à être exempts de ces appareils. Aussi, on pourrait croire que plus vite les tout-petits seront exposés aux nouvelles technologies, qui occupent une place toujours grandissante dans nos vies, mieux ils seront outillés pour l’avenir. Après tout, elles font partie de notre environnement et de notre quotidien et nous rendent ce dernier plus facile à bien des égards. Autour de nous, de très jeunes enfants nous éblouissent en maniant les téléphones de leurs parents et les tablettes électroniques avec un naturel désarmant. De plus, les jeux et les applications aux objectifs éducatifs destinés aux tout-petits conçus pour ces appareils abondent et se multiplient sur le marché.

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Dans ce contexte, certains trouvent futile de « résister au progrès » et se demandent si le recours « aux écrans » ne devrait pas plutôt être encouragé pour favoriser le développement des tout-petits et leur préparation à l’école.

Attention ! La prudence est de mise, car tout semble indiquer le contraire. Voici un argumentaire en faveur de services de garde sans écrans :

1- L’exposition aux écrans encourage la sédentarité chez les tout-petits

Pour assurer leur santé, les enfants de 1 à 5 ans devraient bénéficier de 3 heures par jour d’activité physique2, au minimum, dont une à plusieurs heures d’activité physique dans un contexte de jeu libre3. Dans les faits, une vaste majorité des tout-petits est privée de l’espace et du temps nécessaires pour combler pleinement ce besoin, au service de garde4– entre les activités structurées, les routines et les transitions —, comme à la maison, où le manque de temps caractérise bien des vies familiales.

Le problème de sédentarité auquel les tout-petits font face est majeur et il les expose à des risques et à des conséquences graves pour leur santé : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires et autres5. Par ailleurs, 27 % des enfants de 2 à 3 ans et 22 % des enfants de 4 à 5 ans, au Canada, consacrent plus de deux heures par jour à la télévision6. Le temps-écran, essentiellement sédentaire, contribue clairement au problème de sédentarité chez les tout-petits et devait être restreint et remplacé par du jeu actif.

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2- Le temps-écran limite les occasions pour les tout-petits de s’adonner à des activités beaucoup plus favorables à leur développement

Les activités comme feuilleter un livre interactif sur une tablette, regarder des photos de la tour Eiffel sur Internet, visionner une vidéo de lionne qui montre à chasser à ses petits ou situer son service de garde sur une carte de la ville comportent, certes, une dimension pédagogique. Cependant, le temps-écran interfère avec le temps disponible pour s’adonner à des jeux, idéalement moteurs, où l’enfant est proactif, use de créativité et interagit pleinement avec son environnement. Lors de ces jeux, l’enfant entre en relation avec les autres et est plus libre de ses mouvements. De plus, il fait appel à tout son corps et à tous ses sens, ce qui favorise son développement physique et moteur, cognitif, social, affectif et langagier de façon optimale.

enfant télévision

3- L’exposition trop précoce et la surexposition aux écrans sont associées à des problèmes importants pour le développement des enfants

Selon la Direction de santé publique de Montréal : « L’exposition précoce au temps passé devant l’écran est le phénomène qui semble avoir le plus d’impact négatif sur le développement des tout-petits7». Les habitudes télévisuelles – à elles seules – nuiraient à l’acquisition du langage et au développement psychomoteur, favoriseraient la consommation d’aliments de mauvaise qualité pour la santé et entraveraient l’intégration sociale et la réussite scolaire8. Toujours selon la DSP, une trop longue exposition aux écrans peut avoir un impact défavorable sur le développement des enfants. De plus, elle nous met en garde au sujet du visionnement précoce d’émissions violentes. Celui-ci pourrait entrainer des répercussions négatives notamment sur la réussite scolaire, comme sur le niveau d’attention et de concentration en classe des enfants9.

Dans un monde où les stratégies de marketing des puissantes multinationales sont de plus en plus sophistiquées et où les tout-petits sont perçus comme un segment du marché, un regard critique face aux produits proposés aux jeunes enfants s’impose. En tant que professionnelles de la petite enfance, vous avez une part de responsabilité dans leur protection vis-à-vis des facteurs de risque présents dans leur environnement, plus particulièrement dans celui du service de garde.

Puisque l’exposition trop précoce et la surexposition aux écrans au cours de la petite enfance semblent comporter des risques sérieux, la prudence est de mise pour assurer aux tout-petits un départ qui les outillera réellement pour tout ce qui les attend. La vie aura tôt fait, par ailleurs, de les plonger dans le vaste univers des technologies et de l’information qui les entoure.



Recommandation pour les services de garde éducatifs du ministère de la Famille 

  • Éviter l’utilisation de la télévision, des écrans ou d’équipement audiovisuel10.

Recommandations pour les parents et les intervenants de la Direction de santé publique de Montréal11

  • Que les enfants de moins de 2 ans ne passent pas de temps devant les écrans.
  • Que les enfants de 2 à 5 ans passent moins d’une heure par jour devant les écrans.
  • Que les enfants ne soient pas exposés à du contenu à caractère violent.
  • De privilégier un contenu à caractère éducatif.
  • De mettre les écrans dans une pièce commune et d’éviter de les placer dans la chambre de l’enfant.

Références bibliographiques

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