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Si vous animez des ateliers culinaires auprès d’enfants de 2 à 12 ans, vous y voyez peut-être une belle occasion d’aborder différentes notions liées à l’alimentation. Et vous avez raison ! Mais comment s’y prendre ? Mieux vaut avancer sur ce terrain de manière réfléchie, en se posant les bonnes questions. Petit guide pour vous orienter.
Nous le constatons bien aux Ateliers cinq épices : les personnes que nous formons pour animer des ateliers culinaires éducatifs sont la plupart du temps impatientes de cuisiner avec leur jeune clientèle. Toutefois, le sentiment est plus mitigé en ce qui concerne le volet d’éducation alimentaire : plusieurs sont enthousiastes à l’idée d’aborder la nutrition avec les enfants, alors que d’autres se sentent intimidées. Comment cibler les apprentissages à léguer à travers la marée d’informations qui entoure l’alimentation ?
La vigilance s’impose, surtout auprès de si jeunes oreilles, car nos propos peuvent résonner plus qu’on ne le croit. Parler d’alimentation avec les enfants n’a rien d’anodin : leurs cerveaux sont de véritables éponges, en plein développement, tout comme leur rapport à l’alimentation. Voici des conseils pour viser juste et bien informer les jeunes, en gardant le cap sur les bonnes pratiques.
Le pourquoi: rappel des objectifs des ateliers culinaires chez les 2-12 ans
Au départ, gardons en tête que l’intérêt des ateliers culinaires en milieu éducatif est de contribuer au développement de la littératie alimentaire dès le plus jeune âge. Il va sans dire que tout discours en lien avec l’alimentation lors de ces activités devra s’aligner sur cette intention.
Qu’est-ce que la littératie alimentaire ? Il en existe plusieurs définitions, portant sur l’origine des aliments, les compétences alimentaires, la planification du menu ou des achats, et même l’autonomie alimentaire. Le concept est vaste et inclut une foule de facteurs : sociaux, culturels et économiques.
Comme le résume bien la nutritionniste Marie Marquis dans un dossier spécial 100o sur la littératie alimentaire : « La littératie alimentaire va de la source de l’aliment - savoir d’où viennent les aliments - jusqu’à sa consommation », explique-t-elle. Il s’agit d’un continuum qui se poursuit tout au long de la vie.
Chez les enfants, l’initiation à la littératie alimentaire peut se déployer de différentes manières :
- Éveil de la curiosité envers les aliments;
- Exploration sensorielle;
- Expérimentation de techniques culinaires de base;
- Enseignement des aspects sociaux associés à la nourriture : partage, hygiène, culture, traditions, etc.
Parler d’alimentation avec les enfants, oui, mais comment?
Plusieurs instances en nutrition et en éducation ont formulé des recommandations en matière d’éducation alimentaire afin de guider les interventions auprès des enfants (voir la section des références).
Un consensus règne quant aux bonnes pratiques, et voici les messages clés qui en ressortent :
- Favoriser le plaisir, l’expérimentation et la découverte;
- Miser sur la perception des sens;
- Mettre en valeur des aliments de base et moins transformés;
- Parler des aliments d’une manière globale plutôt que d’insister sur leur valeur nutritive;
- Tenir un discours positif sur les aliments : tous les aliments ont leur place dans une saine alimentation (à une certaine fréquence) et, par conséquent, on évite de les étiqueter comme « bons », « mauvais », « interdits », « santé », etc.;
- Faire la promotion de saines habitudes de vie;
- Aider les jeunes à développer une relation saine avec les aliments;
- Encourager le respect des signaux corporels (faim, rassasiement, etc.);
- Éviter tout commentaire, lien ou association entre les aliments et le poids ou l’image corporelle;
- Transmettre des informations basées sur des faits et des sources fiables, et non sur des opinions ou des tendances;
- Avec les plus vieux, susciter la pensée critique envers le marketing alimentaire.
Quelle approche prioriser? Celle du plaisir alimentaire!
Mettre le bonheur de manger à l’avant-plan : voilà ce qui est préconisé auprès des enfants. Utiliser le plaisir comme levier pour le développement de saines habitudes alimentaires et pour l’enseignement de la littératie alimentaire est une approche reconnue, de plus en plus soutenue par des données probantes.
Dans le cadre d’une revue de littérature parue en 2024 dans Nutrition, la revue de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec, on rapporte que : « Particulièrement, les souvenirs positifs liés à l’alimentation pourraient favoriser l’adoption de comportements alimentaires sains, et ce, de manière plus prometteuse que l’éducation nutritionnelle traditionnelle. Cette dernière repose parfois sur des approches restrictives et moralisatrices pouvant générer des attitudes négatives envers la nourriture. »
Toujours selon les trois auteurs de cet article : « Souvent, les messages de nutrition en santé publique se concentrent sur les aliments à choisir, négligeant le "comment" et le contexte du repas. »
Une remise en question s’impose, d’autant plus que le concept de santé est complexe et abstrait pour les enfants, et les interpelle peu. Mieux vaut utiliser d’autres stratégies pour capter leur attention.
Bref, que retenir de tout ça ? Qu’il est préférable de se concentrer sur la joie que les jeunes cuistots éprouvent pendant leur atelier culinaire. La réalisation d’une recette dans une ambiance détendue, la découverte d’informations simples sur les aliments, sur un ton ludique ou sous forme de jeux, et la dégustation sont plus efficaces au développement de la littératie alimentaire que le fait de parler de la valeur nutritive des aliments. Bref, un bagage éducatif peut s’ajouter, mais ça doit rester amusant !
À quel moment de l’atelier parle-t-on nutrition?
Durant une activité de cuisine, le temps et l’attention des enfants sont limités. Bien doser l’information et prioriser quelques messages à transmettre (et à répéter !) est préférable pour favoriser la rétention. Généralement, la recette demeure centrale, et tout renseignement supplémentaire vise à compléter celle-ci.
Les animateur·rices peuvent profiter de certains moments opportuns pour communiquer du contenu :
- En guise d’introduction, pour susciter l’intérêt : « Connais-tu les agrumes ? C'est une famille de fruits juteux dont la pelure est coriace. »
- Au moment de présenter la recette : « Aujourd’hui, nous préparons une croustade aux trois fruits. Il s’agit d’un dessert composé d’une couche de fruits cuits au fond, recouverts d’une garniture sucrée, un peu comme une tarte à l’envers. »
- Pendant la lecture de la recette ou en montrant les ingrédients : « La mangue qu’on utilise dans la salade de fruits pousse dans un arbre, le manguier. »
- En faisant la démonstration des techniques requises pour réaliser la recette : « Cet ustensile se nomme une spatule ou une maryse, et sert à racler la préparation dans un bol. »
- Lors d’une démonstration, à l’aide d’un plateau d’aliments. S’il y a des échantillons à déguster, les enfants seront encore plus réceptifs !
- Si la recette comprend une période de repos ou de cuisson : « Pendant que la soupe aux lentilles mijote, amusons-nous à découvrir les coutumes alimentaires en Inde à l’aide d’un jeu-questionnaire. »
- À la fin, pour conclure : « Qui se rappelle le nom du légume utilisé pour notre quiche florentine ? Un indice : il s’agit d’un légume dont on mange la feuille de la plante. »
Concrètement, on dit quoi sur l’alimentation?
Parler des aliments est une bonne porte d’entrée; il y a tant à dire ! En privilégiant les types d’informations suivantes, les possibilités sont infinies : variétés, provenance, culture, saveurs, couleurs, textures, traditions alimentaires, utilisations culinaires, etc.
S’en tenir à des faits simples et généraux suffit la plupart du temps : les différentes couleurs des poivrons; les carottes qui poussent dans la terre; la pomme de terre qu’on cultive au Québec, etc. Expliquer les différentes techniques de base en cuisine est également un bon sujet, et équivaut à parler de nutrition tout autant !
Un point important demeure : pour faire de l’éducation alimentaire auprès des enfants, s’outiller reste le meilleur atout. Recevoir une formation et utiliser du matériel d’animation conçu par des professionnel·les de la nutrition est un gage de rigueur et de qualité, sans parler de l’économie considérable d'heures et d’efforts en recherches diverses.
Enfin, en tout temps, il faut s’en tenir aux sources fiables (professionnel·les de la santé, gouvernements et ministères, organismes reconnus, etc.) et rester critique face aux informations qu’on tient pour vraies parce qu’elles circulent depuis longtemps. « Les épinards aident à devenir fort ! La cassonade, c’est du sucre brun, c’est sûrement meilleur pour la santé. La vitamine C, dans le jus d’orange, soigne le rhume. » Certaines de ces idées ne reposent malheureusement pas sur des bases scientifiques solides.
Et les nutriments, on en parle ou pas?
Comme mentionné plus haut, les expert·es recommandent de parler des aliments dans leur ensemble plutôt que de se concentrer sur leur valeur nutritive. Mieux vaut s’éloigner du « nutritionnisme », une ancienne vision de la nutrition qui insistait sur les nutriments. Heureusement, la science a évolué et nous savons désormais que les aliments sont complexes et vivants, qu’ils contiennent une foule de molécules, qu’ils ont une histoire, une culture, et surtout, que leur impact sur nous va bien au-delà de leur aspect fonctionnel. Comme le dit si bien le nutritionniste Bernard Lavallée : « Un aliment est beaucoup plus que la somme de ses nutriments. »
Cela dit, certains nutriments pourraient être abordés à l’occasion, dans une optique d’initiation à la biologie chez les élèves du primaire. On utilise alors des concepts imagés pour expliquer ce qui se passe à l’intérieur de leur propre corps. Aussi, les conditions suivantes devraient être respectées : les informations proviennent de sources fiables et les animateur·rices utilisent des outils visuels vulgarisés et créés par des professionnel·les de la santé.
Selon notre expérience sur le terrain, les possibilités sont si nombreuses lorsqu’on parle d’aliments qu’il est rarement nécessaire d’entrer dans le détail des nutriments.
Parler de nutrition avec les enfants: 10 éléments à retenir
Pour conclure, voici en rafale 10 pistes à garder en tête lors de vos prochains ateliers culinaires.
- L’activité se veut agréable et centrée sur la découverte.
- On parle des aliments d’une manière globale.
- Le discours est positif : tous les aliments ont leur place dans une alimentation équilibrée… Il n’y pas de catégorie « bon » ou « mauvais ».
- On transmet des informations simples et factuelles.
- On utilise les perceptions sensorielles pour décrire les aliments.
- Les notions et les outils transmis proviennent de sources fiables.
- On complète au besoin avec un support visuel (aliments, affiches, photos, illustrations, vidéos, etc.), toujours de sources fiables !
- Autant que possible, on se tourne vers les outils clés en main conçus par des professionnel·les de la nutrition.
- On se rappelle que le temps et l’attention des enfants sont limités.
- On évite tout lien entre les aliments et le poids ou l’image corporelle.
Références
- Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et Institut national de santé publique du Québec : Référent ÉKIP
- Gouvernement du Québec : Vision de la saine alimentation
- Ministère de la Famille du Québec : Gazelle et Potiron (Cadre de référence pour créer des environnements favorables à la saine alimentation, au jeu actif et au développement moteur en services de garde éducatifs à l’enfance)
- Gouvernement du Canada : Guide alimentaire canadien et sa trousse pour les éducateurs
- Association québécoise de la garde scolaire : Éducamiam : Cultivons une alimentation positive
- Commission scolaire de Montréal (élaboré en 2019 avant les centres de services scolaires), Producteurs laitiers du Canada, Direction de la santé publique de Montréal et Équiterre : Guide pratique pour l’organisation et l’animation d’ateliers culinaires en milieu scolaire primaire (2019)
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