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Quel est le moment préféré des enfants lors d’un atelier culinaire ? La dégustation, bien sûr ! Mais au-delà du plaisir de goûter, ce moment tant attendu offre aussi une précieuse occasion d’aider les jeunes à développer une relation saine avec l’alimentation. Comment s’y prendre ? Voici quelques stratégies pour exploiter pleinement le volet éducatif de la dégustation.
C’est habituellement à la fin d’un atelier culinaire qu’on savoure enfin le fruit de notre travail ! Puisque le temps est souvent limité, il est tentant d’y aller rondement et de ne prendre que quelques minutes pour manger, avant de se dire « Au revoir ». Pourtant, un élément fondamental mérite qu’on s’y attarde : la façon de manger. Après tout, le « comment » compte autant, sinon davantage, que le « quoi », puisque l’acte de manger est un comportement qui s’apprend et se construit tout au long de l’enfance.
Que dire aux enfants quand vient le temps de déguster ? On insiste pour qu’ils goûtent, ou pas ? Les pistes qui suivent vous aideront à créer des conditions favorables lors de vos ateliers pour encourager une relation saine avec l’alimentation dès l’enfance.
Que veut dire « avoir une relation saine avec l’alimentation »?
Avant d’aller plus loin, faisons la lumière sur cette expression, qui peut paraître un peu abstraite. Voici quelques caractéristiques d’une personne envisageant la nourriture d’une manière positive et harmonieuse :
- Ses apports alimentaires sont gérés autant en fonction de ses signaux corporels de faim et de rassasiement que de ses préférences et de ses envies.
- Elle est curieuse envers les aliments, et voit ceux-ci comme des cadeaux de la nature regorgeant de possibilités : saveurs, textures, odeurs, culture et histoire.
- Pour elle, manger est un moment positif, dénué de stress ou d’anxiété, et ce, peu importe la nature des aliments au menu.
- Son alimentation est flexible et varie selon les aléas de la vie, sans règles rigides ni contrôle externe.
- Elle se tient loin de la culture des diètes, des aliments interdits, du décompte des calories et du culte de l’apparence.
Ces concepts s’appliquent aux adultes comme aux enfants. Chez ces derniers, le fait qu’un adulte leur dicte quoi manger représente une forme de contrôle externe qui peut occasionner du stress.
Même si ces éléments peuvent sembler complexes, plusieurs gestes simples, inspirés de ces principes, peuvent être intégrés à vos ateliers.
1- Prendre le temps de déguster
En premier lieu, prévoir suffisamment de temps pour la dégustation est primordial : au moins 10 minutes, voire davantage si possible. Avant de procéder, des explications s’imposent, surtout si les enfants sont habitués à avaler leurs repas et collations en trois minutes : cette fois-ci, ils s’apprêtent à vivre une « vraie » dégustation, soit un moment d’échange où ils apprendront à s’attarder aux sensations perçues par leurs cinq sens. Il ne s’agit pas d’un concours de vitesse, bien au contraire !
Pour imager l’expérience, les enfants apprécient toujours les comparaisons ludiques : « Tu es un explorateur du goût qui part à l’aventure ! », ou encore : « Goûter à notre recette, c’est un peu comme participer à une expérimentation scientifique : on observe la réaction d’une machine, notre corps, lorsqu’on lui fournit un nouveau carburant, notre plat. »
2- Laisse à chacun le choix de goûter... ou non!
Connaissez-vous le partage des responsabilités en alimentation ? Ce concept, basé sur les principes de l’alimentation intuitive et appuyé par des données probantes, est recommandé auprès des enfants, peu importe leur âge ou le contexte. En bref, pour les repas comme pour les collations, les adultes et les enfants se partagent les responsabilités suivantes :
- Les adultes déterminent le « quoi » (les aliments servis), le « où » (l’endroit où les aliments sont consommés), le « quand » (l’horaire des prises alimentaires) et le « comment » (l’ambiance).
- Les enfants décident du « si » (s’ils mangent ou non les aliments offerts) et du « combien » (la quantité ingérée, selon leur faim et la disponibilité des aliments).
Lors d’un atelier culinaire, dans le respect des responsabilités de chacun, il est donc important de laisser les enfants décider s’ils souhaitent goûter au mets préparé et, le cas échéant, dans quelle quantité, jusqu’à épuisement des stocks !
Une mesure qui complète bien cette notion : si la nature du plat s’y prête, laisser les enfants se servir eux-mêmes. En ajustant la taille de sa portion à sa faim du moment, chaque enfant pourra être davantage à l’écoute de ses signaux corporels, en plus d’avoir un sentiment de contrôle et de développer son autonomie. Cette pratique favorise aussi plusieurs petits apprentissages utiles à table : approcher son assiette du plat central, manipuler les ustensiles de service tout en limitant les dégâts, etc.
3- Maintenir une ambiance positive tout au long de l’atelier culinaire
En tant qu’adulte responsable de l’activité, vous portez le chapeau de chef d’orchestre : votre rôle consiste à coordonner la participation de tous en donnant le ton. En effet, toujours selon le partage des responsabilités, l’un des rôles de l’adulte est d’être le maître de l’ambiance. Afin de créer un cadre rassurant et propice à la découverte, on vise une atmosphère légère et joyeuse.
Quelques éléments joueront déjà en votre faveur pour instaurer un climat agréable, comme la présence des amis et la fierté d’avoir préparé la recette. Ce contexte de plaisir et d’apprentissage, parfois différent de la maison où, chez certains, les repas sont pris d’abord pour se nourrir, contribuera certainement à enrichir le lien des enfants avec l’alimentation.
À vous d’entretenir l’enthousiasme du moment : « As-tu hâte de goûter ? Hum, ça sent bon ! ».
4- Promouvoir le respect: un ingrédient essentiel à table
Manger comporte un aspect social indéniable. Entretenir un rapport positif avec l’alimentation implique également d’apprendre à bien vivre ensemble. Tout en préservant un ton bienveillant, ces quelques consignes de base contribueront au maintien du respect de tous :
- Assurer une répartition équitable des portions.
- Maintenir une bonne hygiène lors du service : « Dès que tu touches, tu prends ! » ou « La cuillère utilisée pour manger ne retourne pas dans l’assiette de service ».
- Attendre que tout le monde soit servi avant de commencer à manger.
- Se souhaiter « Bon appétit ! ».
- Conserver un niveau sonore acceptable.
- Rester assis pour manger en toute sécurité et préserver le calme du moment.
- Respecter les goûts et les appréciations de chacun.
5- Rester neutre, un défi pour l’adulte
Dans toute situation liée à la nourriture, les paroles et les réactions des adultes ont une grande influence… et c’est souvent à ce niveau que nous avons le plus de travail à faire ! Ici, l’expression « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » prend tout son sens.
Il est recommandé d’adopter une attitude de neutralité et de s’abstenir de toute forme de pression incitant les enfants à goûter, qu’elle soit positive ou négative. Rappelons-nous le partage des responsabilités et l’importance de respecter celles des enfants : la décision de manger ou non leur appartient, peu importe notre raisonnement d’adulte.
Que faire si un enfant refuse de goûter ? Rien, tout simplement ! On le laisse faire, sans commentaire. Il est bien sûr possible d’ouvrir la discussion et de lui demander pourquoi, sans jugement, s’il est à l’aise d’en parler. Puis, on en reste là. Souvent, le simple fait de laisser l’assiette devant lui peut l’amener à changer d’idée de lui-même, après avoir observé ses amis prendre plaisir à déguster le plat.
Pourquoi éviter la pression, même lorsqu’elle semble anodine ? D’abord, parce qu’elle peut générer du stress pendant la dégustation et teinter négativement la relation de l’enfant avec les aliments. Ensuite, il est essentiel d’éviter de lui apprendre à manger pour de mauvaises raisons, au détriment des signaux que lui envoie son corps. Goûter pour faire plaisir à un adulte significatif, même sans en avoir la moindre envie ? C’est effectivement le message qu’il pourrait retenir. Enfin, la néophobie alimentaire, c’est-à-dire la peur des nouveaux aliments, est un phénomène normal qui touche fréquemment les enfants de 2 à 10 ans. Le mot d’ordre est donc de les accompagner tout en douceur dans leur découverte gustative, sans pression ni attentes.
Alors, on laisse de côté les : « Allez, prends juste une bouchée », « Bravo, tu as goûté ! » et les « Je félicite tous les amis qui ont fini leur bol. ».
Une petite mise en garde : il serait tentant de se culpabiliser pour ce qu’on a déjà dit ou fait. Pourtant, ce genre de commentaires part certainement d’une bonne intention. L’idée n’est pas de se juger, mais plutôt de prendre conscience de son attitude, puis d’aller de l’avant en adoptant davantage de neutralité. Le tout, dans un esprit de bienveillance envers les enfants, mais aussi envers soi-même !
6- Encourager l’écoute des signaux corporels avant, pendant et après la dégustation
Manger uniquement si la faim est présente, puis cesser lorsque le signal de rassasiement se fait sentir. Cette notion est au cœur d’une alimentation équilibrée, et les enfants en sont naturellement des champions. Il faut à tout prix préserver cette capacité innée qu’a le corps de réguler les apports alimentaires au cours de la journée.
À cet effet, en marge de la dégustation, on peut inviter les enfants à se montrer attentifs à ce que dit leur ventre grâce à diverses interventions, par exemple : « As-tu faim ? », « As-tu un petit creux ? », « Si tu as seulement une faim de souris, tu peux n’en prendre qu’un tout petit morceau. », et ainsi de suite, au gré de votre imagination.
Si les quantités sont suffisantes pour permettre un deuxième service, il peut être pertinent d’encourager les enfants à écouter d’abord leurs signaux corporels, pour s’assurer qu’il « reste de la place », avant d’en reprendre.
7- Nourrir les échanges
Lorsque les enfants savourent enfin leur recette, orienter ses interventions vers les perceptions sensorielles constitue une excellente façon d’alimenter leur réflexion et de susciter leurs commentaires. Après tout, entretenir une relation positive avec l’alimentation, c’est aussi être capable d’en parler.
C’est le moment idéal pour leur enseigner le vocabulaire du goût : des mots variés pour décrire les saveurs, les textures, les odeurs, la température, etc. L’occasion est également tout indiquée pour leur apprendre à exprimer d’une manière respectueuse leur appréciation.
Ouvrez bien vos oreilles, car vous entendrez peut-être de véritables pépites, comme : « C’est tellement bon que je pense que je vais m’évanouir ! » ou « C’est moelleux en dedans, et croustillant en dehors. »
Vous souhaitez dynamiser vos dégustations? Rien ne vous empêche de proposer un concours de la meilleure description gustative, un sondage de satisfaction sur 10, ou encore une dégustation graduelle et guidée (ex. : on ferme les yeux, puis on respire l’odeur, et on met un petit morceau dans sa bouche). Fiez-vous à votre créativité!
En bref, un discours positif est de mise tout au long de l’atelier, et tout particulièrement à la fin, lorsque les enfants mangent. Gardons en tête que les adultes qui interviennent auprès des enfants agissent comme des modèles. Puisqu’aider les enfants à développer un rapport sain avec l’alimentation est un processus complexe et multifactoriel, voilà une belle occasion de porter un regard, au passage, sur notre propre relation avec l’alimentation.
Autres ressources pertinentes
- ÉducaMiam : Cultivons une alimentation positive, AQGS
- ÉquiLibre : Avez-vous une saine relation avec la nourriture ? ; Comment parler des aliments de façon bienveillante avec nos enfants ?
- Anorexie et boulimie Québec : Comment inculquer une saine relation avec les aliments aux tout-petits ?
- La marmite éducative : Éveil à la relation saine avec les aliments dès la petite enfance
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