Petite enfance / Milieu de garde

Le Regroupement des CPE de la Montérégie dévoile la toute première version française de la Charte sur le droit au jeu!

Le Regroupement des CPE de la Montérégie dévoile la toute première version française de la Charte sur le droit au jeu!
Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º

Le 21 août, devant une salle comble, le Regroupement des CPE de la Montérégie frappait un grand coup en dévoilant sa version d’une charte qui affirme que le jeu libre est fondamental pour le jeune enfant, et non optionnel, parce qu'il a un impact sur toutes les sphères de son développement.

Disponible en 15 langues, et maintenant en français, ce document, mis à jour en 2014, est le fruit du travail de l’International Play Association (IPA) dont la mission est de protéger, préserver et promouvoir le droit de jouer librement.

Cette charte repose sur une définition du jeu qui peut paraître surprenante. En effet, en 2013, le Comité des Nations Unies sur le droit des enfants a précisé que le jeu est issu d’une motivation intrinsèque de l’enfant et qu’il est entrepris dans son propre intérêt, plutôt que comme un moyen de parvenir à une fin, en ajoutant que ses principales caractéristiques sont le plaisir, l’incertitude, le défi, la flexibilité et la non-productivité.

On est très loin des activités encadrées qui visent essentiellement à préparer les enfants aux apprentissages scolaires !

Preuves à l’appui

« Les données scientifiques indiquent clairement que le jeu libre, initié par l’enfant, est fondamental pour son développement global, a souligné Lise Lemay, professeure au département de didactique de l’UQAM et spécialiste du jeu en petite enfance et au préscolaire. Dans un contexte de petite enfance, la responsabilité des adultes n’est pas d’animer le jeu ni de lui donner une finalité, mais plutôt de mettre en place un environnement qui permet aux enfants de s’investir à leur façon et à leur rythme. »

« Le jeu initié par l’enfant lui permet de développer sa motivation à apprendre, parce que le plaisir qu’il y prend suscite son enthousiasme et sa persistance. » Lise Lemay, professeure au département de didactique de l’UQAM

Laisser l’enfant choisir

Selon Pierre Harrison, président d’International Play Association Canada, il faut faire confiance au jeu libre comme base fondamentale du développement harmonieux de l’enfant. « Lorsqu’on laisse à l’enfant le pouvoir sur son jeu, ses apprentissages se font naturellement, a-t-il affirmé. Laissons-le libre de choisir lui-même ce qu’il veut explorer, comme de porter du sable à sa bouche, de prendre des risques, et d’inventer ses propres règles. »

Observer et intervenir sans nuire

Mais jeu libre ne veut pas dire que l’éducatrice se trouve désengagée, au contraire. « Observer attentivement les tout-petits en situation de jeu permet d’intervenir au bon moment pour enrichir leur expérience », a précisé Sylvie Melsbach, responsable du dossier des aires de jeu extérieures au RCPEM et membre du conseil d’administration de l’International Play Association Canada.

« Le rôle de l’adulte est de créer un environnement propice au jeu, de comprendre quand et comment s’impliquer dans le jeu, pour ensuite observer le jeu de l’enfant et rendre visible l’apprentissage. » Sylvie Melsbach, du RCPEM et membre du conseil d’administration de l’International Play Association Canada

Lise Lemay, Pierre Harrison, Sylvie Melbasch, Denis Marion

Le rôle des municipalités

Bien que les municipalités accordent beaucoup d’importance aux familles, les besoins réels de leurs plus jeunes citoyens peuvent leur échapper, selon Denis Marion, maire de Massueville et président du Réseau québécois des villes et villages en santé. « Nous avons de tout petits citoyens dans nos communautés, mais notre connaissance de ce qui est essentiel à leur développement harmonieux est encore limitée, a-t-il déclaré avec humilité.

« Assurons-nous d’offrir dans nos communautés des environnements qui permettent aux enfants de traverser à leur rythme les étapes d’un développement harmonieux. » Denis Marion, maire de Massueville et président du RQVVS

Une campagne de promotion sur l’importance du jeu libre

À quelques semaines de l'élection provinciale, le RCPEM, lance une campagne promotionnelle pour souligner l’importance du jeu libre et du rôle majeur que joue le réseau des CPE en la matière.

Des affiches seront visibles dans les CPE, les bibliothèques, les pharmacies et même les autobus de la Montérégie, afin de sensibiliser les parents, les élus et la population à l’importance de donner le droit et le temps aux enfants de jouer.

« La préoccupation actuelle de nos sociétés est que les enfants apprennent vite, mais un enfant ne se programme pas. Ce dont il a besoin, au contraire, c’est de temps ! » Claudette Pitre-Robin, directrice générale du RCPEM

Le RCPEM a également créé un microsite accessible dès maintenant. Il contient des documents téléchargeables que les CPE de l’ensemble du Québec peuvent utiliser pour sensibiliser leurs propres communautés à l’importance du jeu libre dans le développement global de l’enfant. Le RCPEM invite tous les CPE et milieux de garde du Québec, à signer la Charte sur le droit au jeu, qui a été adoptée par de nombreuses organisations à travers le monde.

Le jeu comme base d’une société saine

Retenons, une citation que rapporte Sylvie Melsbach, laquelle témoigne avec force du rôle fondamental du jeu dans la construction d’une société saine :

« [les droits de l’enfant] seront pris en considération le jour où chacun sera persuadé que la maturité et l’équilibre de l’homme ne peuvent être fondamentalement assurés que par le jeu de l’enfant. » André Michelet, psychologue clinicien, spécialiste de l’enfant et du jeu.

Pour conclure, une vidéo inspirante :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=16&v=527ib-opLGE

La photo de groupe au début du texte réunit, de gauche à droite : Lise Lemay, professeure au département de didactique de l’UQAM, France Bertrand, directrice générale du CPE Les Copains d'Abord, Sylvie Melsbach, du RCPEM et membre du conseil d’administration de l’International Play Association Canada, Denis Marion, maire de Massueville et président du Réseau québécois des villes et villages en santé, Claudette Pitre-Robin, directrice générale du RCPEM, Pierre Harrison, président d’International Play Association Canada et Catherine Trudeau, animatrice de l'évènement.