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Le vélo d’hiver passe à la 2e vitesse

Le vélo d’hiver passe à la 2e vitesse

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Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour enfourcher sa bicyclette durant la saison hivernale. Pourtant, cette pratique ne cesse de gagner de nouveaux adeptes. En effet, nul besoin d’être un athlète de haut niveau ou un abonné aux sports extrêmes pour piloter un vélo en hiver. Il suffit généralement d’avoir accès à des pistes cyclables bien entretenues. Portrait de la situation.

François Grenier

François Grenier

JOURNALISTE | 100º

Dans son rapport L’état du vélo, publié en 2020, Vélo Québec, chiffres à l’appui, souligne justement que l’essor du vélo d’hiver correspond à l’accroissement du nombre de voies cyclables déneigées. Par exemple, à Montréal, le taux de rétention des cyclistes qui persévèrent en hiver est passé de 8,4 %, en 2016-17, à 13,6 % en 2020-21. Or, la Ville déneige près de 80 % de ses pistes cyclables (707 km sur 889). Et bien entendu, toutes celles aussi de son fameux Réseau express vélo (REV). Bref, si le nombre de personnes à vélo l’hiver augmente sans cesse depuis les dernières années au Québec, c’est à Montréal que l’on dénote la plus grande croissance.

Mobilité durable

Au-delà de la métropole

De son côté, la Ville de Québec n’est pas en reste. En 2022, elle déneige ou, selon le cas, dame près de 100 km de voies cyclables, soit 15 km de plus que l’an dernier. L’administration actuelle prend d’ailleurs très au sérieux le développement du vélo quatre-saisons, comme en témoigne sa Vision de la mobilité active. Et sur son site, la Ville de Québec héberge une carte interactive des liens déneigés ou damés qui permet d’identifier les trois types d’aménagement offerts à ses citoyens :

  • Les surfaces damées : grands corridors et axes cyclables où les gens peuvent marcher, faire du ski de fond ou pratiquer le fatbike.
  • Les chaussées désignées : vélos-boulevards et bandes cyclables où les vélos cohabitent avec les voitures grâce à des espaces prévus pour emmagasiner la neige.
  • Les pistes cyclables hors chaussée : déneigées spécialement pour les piétons et les cyclistes.

 
Gatineau aussi entretient plusieurs sentiers multifonctionnels durant l’hiver. Mais ce qui retient l’attention, c’est le succès du projet pilote d’entretien hivernal de la piste cyclable du corridor du Rapibus, lancé en 2019. Bien que le tronçon ne s’étend actuellement que sur 3,6 km, il risque bien de devenir la colonne vertébrale de son Réseau blanc qui compte déjà quelques dizaines de kilomètres de pistes déneigés à l’identique des trottoirs.
 
Et pour ceux qui pensent que le déneigement des pistes cyclables est l’affaire des grandes municipalités, citons l’exemple de Candiac. La Ville, qui affirme prôner le transport actif et les modes de vie sains, a donc choisi d’agir en conséquence et déneige ainsi 33 km de sentiers et 18 km de pistes cyclables afin que les Candiacois puissent se déplacer à vélo sur quatre saisons.
 
Enfin, Longueuil vient quant à elle d’annoncer qu’elle triple, cette année, le nombre de kilomètres de pistes cyclables déneigées. La Ville, qui n’avait jamais dépassé les 5 km, passe d’un seul coup à 14 km, affichant ainsi sa ferme volonté de favoriser la mobilité active.

Mobilité durable

L’obstacle de la glace

Le pire ennemi du cycliste, ce n’est pas le froid, car on peut aisément se protéger des morsures de l’hiver en s’habillant adéquatement. Par contre, quand on roule sur deux roues, une plaque de glace, ça ne pardonne pas. Or, il est possible de prévenir l’apparition de ces plaques de glace, pour peu que l’on utilise les bonnes techniques.
 
De fait, le travail de déneigement des pistes cyclables doit être exécuté différemment de celui effectué sur les chaussées empruntées par les voitures, comme l’explique le président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault, sur les ondes d’ICI Radio-Canada. Dans le cas des pistes cyclables, tout comme des trottoirs, on doit procéder à des interventions « préventives » afin d’éviter la formation de glace. Donc, épandre le sel avant le début des précipitations. Car, une fois la glace installée, c’est très ardu de l’enlever.
 
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est beaucoup plus facile d’entretenir les pistes cyclables en sites propres, donc séparées de la chaussée, plutôt que celles où les vélos cohabitent avec les véhicules motorisés. Mais, avec des aménagements qui permettent le déblaiement et le stockage de la neige, tous sont gagnants, plaide Jean-François Rheault : aussi bien les piétons et les cyclistes que les automobilistes. Autrement dit, il reste encore du chemin à parcourir, tant en matière d’infrastructures que de pratiques de déneigement, malgré les indéniables progrès réalisés.

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Encourager le vélo d’hiver

Somme toute, le vélo quatre-saisons est un phénomène émergent dont la pratique demeure encore peu documentée. À ce chapitre, trois étudiantes à la maîtrise en sciences de l’activité physique, à l'UQAM, Joanie Gervais, Josyane Lapointe et Célia Kingsbury ont récemment cosigné, sous la supervision du professeur Paquito Bernard, l’article Faire d’une pierre trois coups avec le vélo d’hiver : plaisir, santé et lutte contre les changements climatiques, dans la foulée d’une revue de la littérature.
 
Dans cet article, les autrices présentent leur analyse de 13 études retenues qui proviennent du Canada (7), de la Norvège (5) et de la Suède (1). Ces études, portant sur des sondages ou des entrevues menés auprès de personnes qui pratiquent ou non le vélo d’hiver, leur ont permis de faire ressortir certaines tendances. Par exemple, la plupart des cyclistes d’hiver ont entre 20 et 40 ans, et ce sont plus souvent des hommes que des femmes. En outre, ces personnes manifestent une préoccupation plus marquée que la moyenne à l’égard des questions environnementales.

Enfin, à la lumière de leur analyse, les autrices proposent quatre grandes mesures pour encourager ce mode de transport :

  • des campagnes d’éducation au vélo d’hiver ciblant en priorité les enfants, les femmes et les personnes âgées;
  • la promotion des bénéfices associés à la santé, à l’environnement, ainsi que les gains de temps liés à la pratique du vélo d’hiver;
  • des interventions et des formations pour augmenter les offres d’infrastructures cyclables déneigées et surtout déglacées;
  • des mesures fiscales pour l’achat de pneus d’hiver, de même que l’aménagement d’abris à vélo et de vestiaires ainsi que de douches sur les lieux de travail.
Mobilité durable

À vos vélos

Bien que la situation laisse encore à désirer, le vélo d’hiver demeure à la portée de la plupart des gens. À cet égard, Vélo Québec fournit, sur son site, toute une série de trucs pratiques et de conseils pour sa pratique sécuritaire. En plus de déboulonner certains mythes tenaces… Inutile, par exemple, de dépenser une fortune en « vêtements techniques ». Le bon agencement de vêtements ordinaires, selon le principe des pelures d’oignon, suffit amplement pour affronter la froidure hivernale. De la même manière, un vélo ordinaire peut facilement être adapté pour l’hiver, simplement en le chaussant de pneus à clous ou de pneus à crampons. Et hop, vous serez prêts à donner votre premier coup de pédale hivernal !
 
Toutefois, demeurez prudents, car avec le vélo d’hiver, l’essayer, c’est l’adopter.

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