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On a longtemps pensé que la pollution de l’air concernait surtout d’autres pays. Pourtant, des études montrent qu’aux niveaux observés dans nos municipalités, cette « tueuse invisible » produit des effets bien réels sur notre santé. Elle se compose de particules si fines qu’elles peuvent pénétrer profondément dans l’organisme et y causer des dommages importants.
Selon une étude récente de Santé Canada, la pollution de l’air cause 4300 décès prématurés par année au Québec. Ce n’est pas peu dire, puisqu’à titre comparatif, la COVID-19 a causé à peu près le même nombre de décès en 2021.
Dans les pays développés comme le nôtre, on évalue que la mauvaise qualité de l’air serait responsable d’environ un tiers des maladies cardiovasculaires et de 8 % des cancers des voies respiratoires. Chez nos enfants, une étude québécoise a établi un lien direct entre la pollution atmosphérique et l’asthme, tandis que Santé Canada évoque une association fort probable avec la leucémie infantile.
Au niveau du cerveau, on croyait jadis que celui-ci était protégé contre les polluants atmosphériques grâce à la barrière hémato-encéphalique. Malheureusement, certaines études récentes démontrent la présence de polluants dans cet organe vital, alors que d’autres rapportent un lien entre pollution de l’air et démence chez l’adulte.
En plus de congestionner notre système de santé et de nuire à notre qualité de vie, cette situation pèse lourd sur notre portefeuille collectif : les coûts sanitaires qui s’y rattachent sont évalués à 34 milliards de dollars par an au Québec. Même si les concentrations de plusieurs polluants ont diminué dans notre environnement au fil des ans, les niveaux observés actuellement dans nos villes québécoises restent au-dessus des valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé. En bref, il reste du travail à faire !
Zoom sur les polluants atmosphériques
La pollution de l’air est un enjeu complexe en raison de la multitude de sources et de catégories de contaminants. Les principaux polluants sont les particules fines appelées PM2.5, les oxydes d’azote et l’ozone. On peut ajouter à ceux-ci toute une gamme d’autres polluants, comme les particules ultrafines et d’autres encore, reconnus pour leur cancérogénicité, comme le nickel et l’arsenic. Les sources de pollution atmosphérique sont tout aussi variées, mais se regroupent en quatre grandes catégories : les transports, les industries, le chauffage au bois et les énergies fossiles.
Selon les résultats préliminaires d’une étude de Santé Canada présentés lors de la 6e conférence Santé et qualité de l’air organisée par l’Association pour la prévention de la contamination de l’air et du sol (APCAS) et Santé Urbanité, le secteur des véhicules routiers arrive au premier rang des causes de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique. On aurait pu croire que l’électrification des véhicules allait régler le problème, mais c’est loin d’être le cas, puisque la majorité des émissions dans ce secteur proviennent de l’usure des pneus, des freins, de l’asphalte, de la peinture et de l’épandage d’abrasifs. Pour réduire significativement les émissions, il faut plutôt adopter d’autres moyens de déplacement, comme le transport collectif, le vélo et la marche. C’est aussi une façon de réduire potentiellement son exposition personnelle, car les personnes coincées dans leur voiture en pleine heure de pointe sont susceptibles d’être exposées à de forts niveaux de polluants.
En plus de lutter contre la pollution atmosphérique, un virage vers ces autres moyens de transport contribue à prévenir l’inactivité physique et les nombreuses maladies qui y sont associées, comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et le cancer. En effet, les personnes qui utilisent le transport en commun marchent davantage et font ainsi en moyenne 20 à 25 minutes d’activité physique de plus par jour que les automobilistes. Ces efforts peuvent se traduire aussi par une réduction du tour de taille. Ainsi, une étude américaine rapporte que des personnes ayant décidé d’utiliser un nouveau train léger pour se déplacer avaient perdu 3 kg en 18 mois.
Au deuxième rang des sources de pollution atmosphérique, on trouve le secteur des industries. Pour contrer ses émissions, une réglementation s’impose. Plusieurs éléments techniques, comme la pose de filtres, l’étanchéification des bâtisses ou la mise sous couvert des opérations de transbordement, peuvent être envisagés. Au troisième rang, on retrouve nos vieux poêles à bois, souvent responsables de la piètre qualité de notre air en hiver. C’est pourquoi des municipalités comme Montréal et Québec exigent désormais que leurs citoyen·nes utilisent des poêles à bois certifiés EPA, qui émettent beaucoup moins de particules fines. Finalement, une transition des énergies fossiles vers les énergies propres s’impose pour purifier notre air.
Des solutions pour mieux respirer
Dans nos municipalités, nous avons des alliés pour mieux respirer : les arbres urbains. Ils agissent comme d’immenses filtres qui purifient notre air en captant environ 24 % des polluants atmosphériques. Bien que les feuillus soient plus efficaces en été, les conifères travaillent tout au long de l’année. Les arbres ont un effet très local, et c’est pourquoi on recommande le verdissement de tous les quartiers, avec un indice de canopée (surface au sol recouverte par la cime des arbres) d’au moins 40 %.
En tant que citoyen·nes, l’enjeu peut nous paraître insurmontable. Pourtant, même à l’échelle individuelle, il est possible de changer nos habitudes pour diminuer nos émissions : transport en commun, vélo utilitaire, covoiturage ou marche, achat d’un poêle à bois certifié EPA, chauffage à l’hydroélectricité.
Éviter de circuler dans les bouchons aux heures de pointe, emprunter des voies moins congestionnées et plus arborées pour nos sorties à vélo, à pied ou nos séances de jogging, ou encore planter un arbre près de chez soi, sont des façons simples et concrètes de diminuer notre exposition aux polluants.
Et bien sûr, au niveau collectif, nous pouvons faire front commun pour demander à nos élu·es d’adopter une Stratégie nationale de l’air, telle que recommandée par l’Association québécoise des médecins pour l’environnement.
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