Compétences culinaires

Brigades culinaires: entrevue avec Ricardo Larrivée et Jean-François Archambault

Le 29 mai 2017

Lors de la grande finale des Brigades culinaires, 100º a profité de l’occasion pour interviewer Jean-François Archambault, auquel s’est ensuite joint Ricardo Larrivée. Extraits d’une conversation à bâtons rompus.

100º : Croyez-vous que les cours de cuisine obligatoires vont un jour revenir à l’école?

Jean-François Archambault : D’après moi, si on a mis un terme aux cours d’économie familiale, c’est parce qu’ils n’étaient plus vraiment adaptés aux réalités contemporaines.

Nos Brigades culinaires, elles, se déploient dans le cadre du parascolaire, mais aussi dans la vie étudiante. On fait vivre la bouffe dans l’ensemble du milieu scolaire. Et ça, c’est parce que les jeunes qu’on enrôle dans nos brigades deviennent des « ambassadeurs alimentaires » auprès des autres élèves.

Jean-François Archambault, directeur général de la Tablée des Chefs

Mais je voudrais pousser ça encore plus loin pour que les autres jeunes de l’école sachent que les membres de la Brigade culinaire vivent le même genre d’émotion que l’équipe de basket qui se rend à la finale provinciale, ou que la troupe de théâtre qui présente sa pièce dans le grand amphithéâtre de l’école.

Ricardo Larrivée : L’idée des Brigades, ce n’est pas que tous deviennent des chefs. Mais, par contre, on ne doit pas oublier que tout le monde va manger toute sa vie!

Jean-François Archambault : C’est vrai. Ce n’est pas tout le monde non plus qui va jouer au basket ou faire du théâtre. Par contre, l’équipe de basket, est-ce qu’elle donne le goût de bouger? D’être plus actif physiquement? Je pense que oui. Et c’est un peu la même chose avec les jeunes des Brigades. On pense qu’ils peuvent donner le goût aux autres jeunes de s’intéresser à leur alimentation et de cuisiner à la maison.

Ricardo Larrivée : Cuisiner, manger, c’est la base d’une famille, d’une communauté, d’un groupe d’amis. Et ce que les jeunes apprennent, avec les Brigades, c’est justement l’idée du partage et le travail en équipe. En plus, aujourd’hui, avec cette compétition à la Iron Chef, je suis certain que c’était la première fois de leur vie que ces jeunes-là ont dû travailler en équipe sous pression. Et ils ont tous réussi!

Ricardo Larrivée, porte-parole de la Tablée des Chefs

Les Brigades, c’est un cercle vertueux. On forme des jeunes allumés, stimulés, qui vont avoir un impact sur leur famille, sur leur milieu. Et les Brigades, c’est aussi des chefs issus de leur communauté qui s’impliquent auprès des jeunes et qui jouent un rôle de modèle. Des chefs qui transfèrent leurs connaissances durant des ateliers.

Jean-François Archambault : Notre mesure de succès, c’est d’être à l’écoute des jeunes et de leur offrir des activités qu’ils aiment. C’est de voir, comme aujourd’hui par exemple, des jeunes qui sont passionnés et qui se donnent à fond. Et ce succès, on le mesure aussi quand on constate qu’il y a des écoles sur la liste d’attente des Brigades culinaires, ou qui veulent ajouter un autre groupe.

100º : Comment choisissez-vous les écoles?

Ricardo Larrivée : Au départ, on travaillait uniquement avec des écoles en milieu défavorisé. Mais nous sommes rendus à une autre étape. On rejoint maintenant presque tous les milieux.

Jean-François Archambault : Quand on a commencé, il fallait démontrer l’accessibilité de notre plateforme. C’est pour ça qu’on a d’abord ciblé les points de défavorisation pour lancer nos premiers ateliers. Présentement, on rejoint environ le quart des écoles secondaires de la province. Et même si on continue de desservir les jeunes les plus démunis, on ne doit pas penser que les jeunes des quartiers plus favorisés savent cuisiner.

Ricardo Larrivée : Et ça n’a pas toujours été facile ! On a connu des moments de découragement. Pas à cause de l’organisation. Mais en constatant l’immensité des besoins de certains jeunes. D’ailleurs, l’un des objectifs des Brigades, c’est de renforcer l’estime de soi. C’est de dire à un jeune : «Regarde. Tu es bon en cuisine. On le voit. On le goûte. Maintenant, tu es sûrement bon dans d’autres domaines aussi. D’autres matières scolaires. Tu es capable!»

100º : Cette année vous avez rejoint 82 écoles. Vous visez la centaine pour l’an prochain? Pensez-vous un jour rejoindre toutes les écoles de la province?

Jean-François Archambault : Une fois atteint le cap des 200 écoles, on va se heurter à un problème d’aménagement. Ce nombre correspond aux écoles qui ont conservé leur local d’économie familiale ou qui possèdent une cafétéria utilisable par les Brigades. Autrement dit, une école secondaire sur deux, au Québec, ne peut accueillir les Brigades. Il faut donc un réinvestissement.

Ricardo Larrivée : Il faut que le gouvernement investisse. Et le privé aussi. Il faut collectivement pouvoir s’offrir des locaux de cuisine dans chaque école. En fait, notre rêve, ultimement, à Jean-François et moi, c’est que le gouvernement nous « vole » notre projet et qu’il l’instaure dans toutes les écoles.

Jean-François Archambault : Entre temps, un autre défi pour nous, c’est d’obtenir la matière première de nos ateliers : les aliments! Pour le moment, il n’y a que le secteur privé qui nous donne accès à de la bouffe. Pourquoi le ministère de l’Agriculture, via les fédérations agricoles, les producteurs agricoles, ne nous fournit pas la matière première pour cuisiner à l’école et faire connaître aux jeunes les aliments du Québec? Ce qu’on aimerait aussi, c’est que pour chaque dollar qui vient du privé, le gouvernement mette de son côté un dollar. Ça, c’est gagnant-gagnant. Ça fait tourner la roue. Ça donne le message que le gouvernement croit en ce que nous faisons. Et c’est un bon argument pour ensuite approcher d’autres partenaires privés.

100º : Ricardo vient de nous quitter avant que je puisse lui demander si les plaisirs gastronomiques sont compatibles avec la saine alimentation?

Jean-François Archambault : Bien sûr. C’est toujours une question d’équilibre. D’ailleurs, toutes les recettes que nous présentons dans nos ateliers sont examinées par les nutritionnistes de l’Université de Montréal rattachés à Extenso. Cela dit, on va toujours continuer à manger du chocolat, ou du beurre, ou de la crème. Mais il vaut mieux savoir comment les utiliser que de se les faire imposer par l’industrie de la transformation. Quand tu cuisines, tu sais quelle quantité de beurre que tu utilises. Tu deviens plus conscient de ce que tu fais puisque tu as le contrôle. C’est à la base de l’autonomie alimentaire. Et c’est aussi à ça que servent les Brigades. Informer les jeunes des impacts de l’alimentation sur leur santé.

100º : Merci de cet entretien et longue vie aux Brigades culinaires!