ÉVÈNEMENT 100° : CRÉER L’IMPACT

David Côté: un entrepreneur alimentaire visionnaire qui veut changer le monde

Le 5 novembre 2018

Alimentation vivante, kombucha, jus Loop : David Côté est un pionnier en alimentation au Québec. Le 30 octobre, il a livré une conférence quelque peu décoiffante lors de l’évènement Créer l’impact, organisé par 100°. Extraits choisis.

David Côté

Entrepreneur innovateur, David Côté a une façon bien à lui de faire des affaires. « Je fonctionne à la passion et au frisson », affirme-t-il avec aplomb devant 200 personnes déconcertées.

Ce frisson, c’est pour lui le signal clair qu’il est devant un projet qui va marcher, parce que, pour lui, l’objectif principal n’est pas de vendre, mais plutôt dit-il « de mettre sur le marché un produit inspirant, parce qu’il contribue à un monde meilleur. Lorsqu’on touche les valeurs profondes des gens, ils nous suivent ! »

C’est en s’appuyant sur cette vision que David Côté a cofondé Crudessence, une entreprise de restauration dont les plats sont composés d’aliments crus. Il a ensuite développé le prêt-à-manger Crudessence vendu en magasin, des cours de cuisine du même nom, puis créé l’entreprise RISE Kombucha. Et, en 2016, il a cofondé LOOP, qui fabrique des jus bien particuliers.

Rencontre avec 16 tonnes de fruits et légumes destinés à l’enfouissement

Seize tonnes par jour, c’est la quantité de fruits et légumes que l’importateur et distributeur Courchesne Larose envoie chaque jour à l’enfouissement soit 1 à 2 % du volume qui transite par l’immense entrepôt. Ces légumes sont sains, mais ne sont pas conformes aux critères des supermarchés et fruiteries (apparence, taille, forme) approvisionnés par le grossiste.

Frédéric Monette, vice-président, opérations et administration chez Courchesne Larose, a contacté David Côté pour réfléchir à une solution pour réduire ce gaspillage. « Lorsque je suis allé visiter l’entrepôt, et que j’ai vu les 16 tonnes qui allaient ce jour-là se retrouver au site d’enfouissement, j’ai eu un frisson, raconte David Côté. J’ai su instantanément que j’avais devant moi une occasion d’accomplir quelque chose de bien, de changer la donne. »

Cofondateurs LOOP

David Côté, Julie Poitras-Saulnier, Frédéric Monette, cofondateurs de Loop – Crédit photo : Sylviane Robini

Fermer la boucle

Avec Frédéric Monette et Julie Poitras-Saulnier, David Côté a fondé Loop, une entreprise qui fonctionne sur le mode de l’économie circulaire. « Chaque jour, nous pressons à froid 1 tonne de fruits et légumes pour en faire des jus, explique-t-il. Puis, une autre entreprise récupère nos résidus et en fait des gâteries pour animaux de compagnie. C’est ça l’économie circulaire : amener un produit sur la chaîne de valeur, plutôt que de le jeter. » De plus, depuis septembre 2017, l’usine de transformation est adjacente à l’entrepôt du distributeur.

Pousser la réduction du gaspillage alimentaire encore plus loin

Mais au-delà de ces fruits et légumes qu’il réussit à détourner de l’enfouissement, David Côté est conscient qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de lutte au gaspillage. Ainsi, plusieurs produits périssables, notamment les pains, les yogourts et les jus font l’objet de « ventes garanties », ce qui veut dire que le fournisseur rembourse les invendus au commerçant.

« Dans une épicerie, il est presque inconcevable de voir une tablette vide. Cette abondance, à laquelle les consommateurs s’attendent, a des effets pervers invisibles, mais réels. »

« Cette garantie permet aux commerçants d’avoir des tablettes toujours pleines, mais génère du gaspillage, déplore David Côté. Nous sommes le seul fabricant de jus périssables qui ne garantit pas les ventes aux commerçants. Nous préférons assumer le fait que parfois, il ne reste pas ou peu de bouteilles de nos jus sur les tablettes, c’est une question de cohérence. »

gaspillage pain

Valoriser les matières résiduelles, c’est payant

David Côté constate que les entrepreneurs sont souvent trop occupés pour prendre le temps de réfléchir à leurs matières résiduelles. « Il y a pourtant là une occasion de réduire les dépenses, souligne-t-il. Grâce à la transformation quotidienne de plus d’une tonne de fruits et légumes par jour, Courchesne Larose économise maintenant des dizaines de milliers de dollars par année en coûts d’enfouissement. »

Comme le souligne le conférencier, une meilleure gestion des matières résiduelles, permet aussi de préserver les ressources de la planète, un point qui lui tient très à cœur. Il fait d’ailleurs une déclaration pour le moins surprenante au sujet de la situation actuelle de la planète : « Je suis plutôt content que le chaos provoqué par le gâchis environnemental approche. C’est triste, mais c’est comme ça : l’inquiétude et l’adversité nous rendent plus intelligents et plus collaboratifs, parce qu’on n’a plus le choix de trouver des solutions ensemble. »

David Côté indique d’ailleurs que son idée fait du chemin. « Nous fabriquons des smoothies avec les surplus d’IGA, des fermiers nous appellent pour que nous utilisions leurs surplus, et nous avons même reçu des appels d’entreprises qui n’ont rien à voir avec l’alimentation, mais qui veulent trouver des façons de valoriser leurs matières résiduelles », se réjouit-il.

De la suite dans les idées

David Côté n’est jamais à court d’idées, bien au contraire ! Une bière fabriquée à partir de pains invendus sera lancée cette semaine, mais il ne compte pas s’arrêter là, même si le succès des jus Loop a été fulgurant. « Nous avons 1500 points de vente au Canada, indique-t-il. Nous allons bientôt atteindre le seuil des mille tonnes de fruits et légumes sauvés de l’enfouissement et remis sur la chaîne de valeur. »

« C’est fou l’ampleur que ça a pris, mais c’est pour la simple raison que nous répondons à un besoin collectif, un besoin plus grand que celui de vendre nos produits pour faire du profit. »

Le conférencier a décoiffé l’assistance jusqu’à la fin en proposant la réflexion suivante, qu’il qualifie lui-même de radicale, mais essentielle : « Dans votre entreprise, votre organisation ou votre milieu, avez-vous l’impression de faire partie de la solution ? Si ce n’est pas le cas, c’est probablement que vous faites partie du problème et qu’il est temps de vous demander : quel cadeau puis-je offrir au monde, quel changement puis-je réaliser, quelles traces est-ce que je veux laisser ? »

Le silence qui a suivi cette déclaration s’est vite transformé en applaudissements nourris. On peut dire que David Côté a visé juste au cours de cet évènement intitulé Créer l’impact  !