Outaouais

Une escouade de bénévoles pour lutter contrer la faim et le gaspillage alimentaire

Le 14 décembre 2017

« Escouade », selon le dictionnaire Larousse : « Petit groupe de personnes rassemblées autour de quelqu’un. » On ne pourrait rêver d’une meilleure définition pour l’Escouade anti-gaspillage alimentaire de l’Outaouais : une équipe de bénévoles dévoués qui sont menés par l’enthousiaste chargée de projet Maxine Cléroux. Rencontre avec des citoyens qui changent le monde à leur façon, un légume (ou un fruit !) à la fois.

Il ne faudrait surtout pas s’étonner que les bénévoles se bousculent pour s’impliquer au sein de l’Escouade. Quand on parle à Maxine Cléroux, on comprend tout : son leadership est contagieux. Tellement qu’on a même eu envie de raccrocher en plein milieu de la conversation pour aller lui prêter main-forte tout de go !

maxine cléroux

Lorsqu’elle a pris les rênes de ce projet instigué par la Table de concertation sur la faim et le développement social en Outaouaiset entamé par les chargées de projet Nathalie McSween et Cynthia Macameau, la jeune femme a tout de suite compris qu’elle devait rallier la communauté. L’objectif ? Contrer le problème de la faim, très présent dans la région, en unissant les efforts des citoyens et des entreprises pour acheminer les denrées qui seraient autrement jetées vers des organismes d’aide alimentaire.

On estime que 29 000 personnes souffrent de la faim en Outaouais. Le chiffre surprend. S’il est si élevé, c’est en raison de plusieurs facteurs, explique Maxine Cléroux : d’importants défis de transport de la nourriture, des problèmes de déserts alimentaires et d’accessibilité à la nourriture fraîche, en plus du coût élevé de la vie dans la région.

gaspillage alimentaire

Un projet inclusif

L’Escouade mène plusieurs projets de front pour lutter contre la faim, dont la récolte aux champs. Cette tâche est devenue si populaire auprès des bénévoles que ceux-ci font pression pour qu’il y ait plus d’activités de récolte ! Selon Maxine Cléroux, c’est sa formation en travail social qui l’a poussée à être inclusive dans ses démarches : « On est très rassembleurs dans les activités de récoltes : j’ai aidé à faire venir des gens qui étaient extrêmement timides ou qui se sentaient isolés. J’ai supervisé des jeunes des centres jeunesse qui ont fait leur bénévolat ici. Il y a des gens âgés, des personnes qui souffrent de dépression, des personnes qui ont un trouble du spectre de l’autisme… »

La chargée de projets peine à cacher sa fierté quand elle parle du bébé de 4 mois qui a accompagné sa maman aux récoltes plus tôt cet automne, bien calé dans son porte-bébé. Elle mentionne aussi que ce jour-là, la personne la plus âgée parmi les bénévoles avait 83 ans. « On a du monde de partout, de tous les milieux. Cette mixité sociale est super plaisante !»

Un autre élément qui fait la particularité de l’Escouade, c’est son utilisation des réseaux sociaux. « J’aime prendre des photos de nos récoltes aux champs et mettre ça sur notre page Facebook, explique Maxine Cléroux. Les gens dans le besoin peuvent ainsi voir qu’il y a des services d’aide qui existent. Pour les bénévoles et les fermiers qui donnent, ça apporte de la fierté. Ça met les gens en valeur. »

lutte au gaspillage alimentaire

Récolter directement aux champs

Tous ces bénévoles sont affectés à différentes tâches. D’abord, en saison, il faut aller récolter aux champs ce qui, autrement, ne serait pas récolté. L’Escouade ramasse ainsi des fruits et des légumes « moches », mais aptes à être consommés, ou encore des surplus qui ne seront pas achetés par les détaillants. Ces denrées seraient tout simplement gaspillées si elles n’étaient pas glanées par l’équipe de Maxine Cléroux.

Cette dernière affirme d’ailleurs avoir dû créer des liens avec les agriculteurs pour savoir quand et comment mobiliser ses troupes. N’arrive pas aux champs qui le veut, quand il le veut : « Maintenant, ils m’appellent sur mon cellulaire et ils me disent, par exemple : “On a trop de patates sucrées, venez récolter ! » »

lutte au gaspillage

D’autres initiatives pour lutter contre la faim

Parmi les moyens mis en place pour lutter contre la faim par l’Escouade anti-gaspillage, on retrouve les frigos partage. Ces réfrigérateurs extérieurs sont remplis de denrées alimentaires encore comestibles. Ce sont des membres de l’Escouade, des organismes, des commerçants ou des particuliers qui les approvisionnent.

Les citoyens qui vivent dans un sentiment de précarité peuvent venir y ramasser un ou plusieurs aliments, selon leurs besoins. Ces frigos sont désormais monnaie courante en Outaouais : « On est la région qui en a le plus, à part Montréal, annonce fièrement Maxine Cléroux. Et puis on est la seule région où ils restent ouverts tout l’hiver. Des fois, ça gèle solide, mais on s’arrange ! »

Il y a aussi la cuisine anti-gaspi, un projet supervisé par le Regroupement des cuisines collectives de Gatineau. Avec la nourriture récoltée par l’Escouade, des bénévoles s’affairent à transformer des aliments qu’on enverrait généralement à la poubelle. Les parties pourries des fruits et légumes sont retranchées pour ne garder que les parties comestibles. Les fruits et légumes en fin de vie sont coupés, tranchés, ensachés puis surgelés. Au bout de la transformation, les denrées sont redonnées à des organismes d’aide alimentaire.

gaspillage alimentaire

Aller plus loin

Enfin, il y a toutes ces nouvelles idées à essayer et à peaufiner. Ainsi, l’Escouade et ses bénévoles sont allés cet automne planter de l’ail chez un fermier. L’année prochaine, ils iront récolter dans ce champ. L’esprit est au partage et au sentiment de communauté : « On aide à planter et on va venir récolter après. Mais c’est très clair que ce n’est pas nécessairement la gousse plantée par l’Escouade qui va nous revenir. Peut-être que ce sera une autre partie du plant d’ail, ou encore un autre aliment. »

Depuis sa formation en 2014, l’Escouade a récupéré 60 000 kilos de nourriture dans sa région. « Notre but premier était de contrer le gaspillage alimentaire, en récupérant aux champs les denrées comestibles invendues pour les redistribuer. Mais maintenant, on a élargi notre action. On veut contrer la faim en Outaouais. D’une part, c’est grâce à toute la communauté qu’on peut mener notre mission, et, d’autre part, notre projet crée des liens forts dans la communauté.»