Nouvelle étude

La mise en marché intensive des boissons sucrées au Québec

Le 22 août 2020

C’est un portrait alarmant de la vente de boissons sucrées vendues en supermarchés, en pharmacies et dans les restaurants-minute situés à proximité des écoles de milieux défavorisés que brosse un récent rapport d’Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal.

L’étude exploratoire qu’Extenso a effectuée, en 2017-2018, révèle qu’une quantité de 250 ml (une tasse) de boisson sucrée vendue au Québec contient en moyenne 21 grammes de sucre (5 cuillères à thé). Cette teneur moyenne correspond presque à la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé de limiter la consommation de sucres libres à 5 % de l’apport énergétique quotidien. Donc, une seule boisson sucrée par jour, c’est déjà trop. Et en plus, elles sont partout et prennent de nombreux visages.

Extenso a ainsi classé les différentes boissons sucrées en dix catégories, ce qui témoigne de l’éventail de choix offert aux consommateurs :

  • Boissons à saveur de fruits de type punchs, cocktails, smoothies ou nectars
  • Boissons gazeuses (excluant les boissons diètes édulcorées)
  • Boissons sucrées au café froid prêtes à la consommation
  • Boissons énergisantes
  • Boissons pour sportifs
  • Boissons végétales aromatisées et sucrées
  • Eaux sucrées et aromatisées
  • Kombucha
  • Laits et boissons laitières aromatisés et sucrés
  • Thés glacés

Appellations incontrôlées

L’analyse des différentes catégories de boissons sucrées montre, en outre, que le sucre se camoufle sous une grande variété de noms. En tout, 22 sources de sucres libres ont été identifiées. Et, au palmarès de celles qui en combinent le plus grand nombre trône la catégorie des laits et boissons laitières aromatisés et sucrés, avec 14 sources différentes ! Une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

Et pour mieux brouiller les cartes, de plus en plus de sucres aux allures naturelles entrent dans la composition des boissons sucrées comme le jus ou sirop de canne à sucre, le miel, le sirop de riz brun ou le nectar d’agave. À ce chapitre, le sucre de canne est le champion de l’ubiquité puisqu’il est présent dans les dix catégories de boissons sucrées. Les concentrés de jus de fruits, que l’on retrouve dans huit catégories, arrivent, eux, en deuxième place. Or, peu importe le nom, ce sont des sucres ajoutés.

Des bonbons liquides

Autre palmarès établi par Extenso, voici le top 5 des boissons sucrées qui, en moyenne, renferment le plus de sucre par portion de 250 ml :

  • Boissons gazeuses (27 g de sucre)
  • Boissons énergisantes (25 g de sucre)
  • Boissons à saveur de fruits (24 g de sucre)
  • Laits et boissons laitières aromatisés et sucrés (24 g de sucre)
  • Boissons au café froid sucrées (23 g de sucre)

On doit noter que, ces dernières années, l’industrie a diversifié son offre afin de compenser, entre autres, la baisse de consommation des boissons gazeuses. Et cette stratégie semble porter fruit puisque, de 2004 à 2015, indique un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec, la consommation des cafés et thés sucrés a augmenté de 165 % ! Bref, malgré les changements d’habitude des consommateurs, le sucre continue de couler à flots.

Une offre de masse

Extenso a réalisé des visites dans 30 supermarchés et 32 pharmacies de la région de Montréal afin d’évaluer l’espace-tablette alloué aux boissons gazeuses et celles à saveurs de fruits. En moyenne, cet espace-tablette est de 20 mètres en supermarché, tout en pouvant atteindre le double, et de presque 3 mètres en pharmacie. On note, par ailleurs, que dans les zones défavorisées, cet espace-tablette en supermarché s’allonge, bien qu’il tende à se réduire en pharmacie.

Outre la superficie allouée, les boissons sucrées occupent souvent des emplacements stratégiques, notamment près des caisses (39 %) où les gens font bien sûr la file, et au bout des allées pour mieux attirer leur attention (39 %). Fait à remarquer dans les pharmacies, l’espace réfrigéré de boissons en format individuel, et donc prêtes à être consommées, est plus considérable que l’espace-tablette qu’elles occupent. Enfin, les quatre premières positions du top 5 des boissons renfermant le plus de sucre figuraient parmi les 5 produits (en compagnie des thés glacés) qui accaparaient la plus grande proportion des emplacements stratégiques. Bref, on ne ménage aucun effort pour leur garantir la meilleure visibilité.

Des fontaines sans eau

Dans la dernière partie de son enquête, Extenso a visité 196 restaurants-minute (ce qui inclut les cafés) situés à proximité de 52 écoles défavorisées, dans trois régions administratives du Québec (Montréal : 53 %, Capitale-Nationale : 36 %, Lanaudière : 11 %). En utilisant la règle de trois, on peut calculer qu’il se trouve, en moyenne, 3,8 restaurants-minute à moins de 750 mètres d’une de ces écoles !

Si l’on exclut les 51 cafés, qui ne possèdent pas de fontaine de boissons sucrées, Extenso a pu établir que près de la moitié (48 %) des 145 restaurants visités offraient des boissons en libre-service, autrement dit jusqu’à plus soif. Et qu’ils utilisent des stratégies de marketing pour en faire la promotion. Par contre, seulement un établissement visité sur quatre offrait de l’eau en libre-service. Et quand il le faisait, le consommateur courait 75 % de chances de se la faire offrir comme une option jumelée à une boisson sucrée.

Invisibilité

Pour terminer, seulement quelques-uns (5 %) des 196 restaurants visités faisaient la promotion de l’eau, pourtant la boisson la plus désaltérante qui soit. Alors que le sucre, lui, continue d’inonder le marché…

Sources : Coalition québécoise sur la problématique du poids
Portrait québécois de l’offre de boissons sucrées prêtes à boire et en fontaines libre-service
Offre et pratiques de vente des boissons sucrées au Québec