Aménagement et qualité de vie

Les enfants d’âge préscolaire : de véritables urbanistes humanistes

Le 20 janvier 2021

Comment les enfants de moins de cinq ans vivent-ils leur ville ? Comment se la représentent-ils ? À quoi aimeraient-ils qu’elle ressemble ? Et que peuvent-ils nous apprendre sur la création d’environnements urbains qui soient à leur image ? Toutes les réponses à ces questions nous offrent ample matière à réflexion.

Depuis des années, la Dre Christina Ergler, de l’Université Otago, en Nouvelle-Zélande, mène des recherches sur la santé et le bien-être des enfants en milieu urbain. Or, malgré le fait qu’elle et ses collègues comprennent bien comment les enfants et les jeunes de l’école primaire utilisent la ville, et ce qu’ils aiment ou n’aiment pas dans la vie urbaine, personne n’avait jusqu’à maintenant songé à recueillir les avis des enfants préalphabétisés, entre 2 et 5 ans.

L’urbanité sort de la bouche des enfants

Les résultats de cette enquête inédite ont de quoi surprendre. La chercheuse a été étonnée de constater à quel point les enfants manifestent une compréhension profonde des liens qui se tissent entre les paysages sociaux, bâtis et naturels des villes. Bien sûr, ils ne représentent pas nécessairement leurs environnements d’une manière spatiale conventionnelle, comme le font les adultes, mais ils sont conscients des différents aspects de la vie urbaine.

Dans le cadre d’excursions, où les enfants devaient guider les chercheurs, la grande majorité d’entre eux a pu jouer son rôle de cicérone, connaissant d’avance le but, la direction, la destination, trop heureux de faire connaître les lieux d’intérêts de leur quartier. Certains d’entre eux pouvaient même estimer le niveau de difficulté d’un parcours avant de rallier un emplacement particulier et en prévenir les examinateurs.

Planifier pour tout le monde

Dans un autre volet de la recherche, on a invité les jeunes à imaginer les plans de la ville dans laquelle ils souhaiteraient vivre. Il s’agissait pour eux d’utiliser des tuiles illustrant les différents éléments que l’on retrouve dans un milieu bâti, ainsi que de leurs usagers et les services à leur disposition. Des outils d’ailleurs similaires à ceux utilisés dans le cadre d’exercices de participation citoyenne.

Bien sûr, leurs conceptions de l’espace étaient assez diverses, voire imaginatives. Par contre, ils ont tous délibérément sélectionné les éléments dont ils croyaient avoir besoin pour aménager leurs villes : maisons, écoles, autobus scolaire, parcs, crèmerie… Sans surprise, ils ont opté pour ceux qui sont les plus importants, agréables et utiles selon leur groupe d’âge. Mais ils ont également inclus des services de base, notamment en santé, et que tout le monde peut utiliser, afin de rendre la vie de leur ville plus sûre et plus équitable. Bref, ils se sont souciés du bien être des autres, pas seulement du leur.

jeu de construction

Donner la parole

Cette étude novatrice permet donc de constater que les enfants préalphabètes sont capables de comprendre l’environnement urbain et d’en communiquer une vision claire. L’utilisation des tuiles et des exercices de cartographie fait la démonstration qu’ils sont capables d’imaginer des environnements urbains à grande échelle. Or, ces méthodes de recherche, à la fois visuelles et sensorielles, déployées dans un contexte ludique, seraient aussi aptes à traduire les représentations que se font les jeunes préalphabètes de leurs environnements et ainsi leur permettre de participer pleinement aux débats publics dans leurs communautés.

Et ce faisant, ils ne feraient qu’exercer un droit qui leur revient. Ne l’oublions pas : la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant et l’initiative de l’UNICEF pour des villes amies des enfants, stipulent que les enfants de tout âge ou de toute capacité ont le droit d’utiliser, de créer, de transformer et de développer leur environnement urbain. Alors, le temps est maintenant venu de leur céder la parole !