Aménagement urbain

Sait-on vraiment ce que les gens font en ville? Un appel pour mieux étudier la vie urbaine

Le 4 mai 2019

Avec le retour du printemps, les habitants des villes retrouvent le plaisir de sortir sur leur balcon, vagabonder dehors et prendre d’assaut les parcs de leur quartier. Mieux comprendre cette vie urbaine qui fluctue au fil de la météo et des envies, c’est ce que propose la maison d’éditions Écosociété en lançant le 7 mai prochain La vie dans l’espace public, Comment l’étudier des architectes Jan Gehl et Birgitte Svarre, en partenariat avec la Fondation McConnell, l’Ordre des urbanistes du Québec (OUQ) et le Centre d’écologie urbaine de Montréal.

Les villes peuvent déjà compter sur des outils phares pour mieux comprendre l’ensemble des usages qui créent l’ambiance d’un quartier. En 2012, le livre Pour des villes à échelle humaine de Jan Gehl offrait aux francophones amoureux des villes une vision inspirante des bonnes pratiques pour aménager les quartiers en mettant l’être humain au cœur de leur conception. Depuis, les quatre principes d’aménagement de Gehl — sécurité, animation, durabilité et santé — se fraient un chemin aux tables à dessin des urbanistes et des décideurs des villes québécoises.

Il faut toutefois résister à l’idée de trouver une recette magique pour tous les quartiers : il n’existe pas d’aménagement idéal, mais une gamme de solutions et de principes à adapter. Créer une ville qui facilite le transport actif et le maintien de saines habitudes de vie demande donc, avant toute chose, de descendre dans la rue pour constater les besoins des citoyens à même leurs bancs bricolés ou chemins improvisés.

la vie dans l'espace public jean gehl

Où sont les marcheurs et les rires ?

Alors que d’ici 2050, plus de 75 % de la population mondiale habitera en ville, les urbanistes ont très peu de données et d’informations sur l’utilisation que les citoyens font des espaces urbains. Face à ce constat, Jan Gehl et Brigitte Svarre proposent une série de questions en apparence simples pour étudier l’espace public. Qui l’utilise ? Où ? Combien de temps ? Une sélection de méthodes ancrées dans 50 ans de pratiques et d’études accompagne ces interrogations.

Place Wellington

Place Wellington, un projet de place publique transitoire dans le cœur institutionnel et commercial de l’arrondissement de Verdun. | Crédit photo: Centre d’écologie urbaine de Montréal

Conscients de l’importance de se baser sur des données solides dans les processus décisionnels, Svarre et Gehl spécifient les variables à standardiser (ex. dénombrer les gens pendant 10 minutes par heure) pour répéter les observations dans les mêmes conditions ailleurs, ce qui permet d’établir une comparaison.

« Considéré isolément, un chiffre ne présente guère d’intérêt. Il importe que les résultats puissent être comparés. Par conséquent, il est essentiel de les noter avec précision et sous des formes comparables. » – Jan Gehl et Birgitte Svarre

Combien de gens sourient ? Marchent ? Discutent ? Combien de femmes utilisent un parc ? Et d’enfants ? Ces petits gestes et ces présences, anodins en apparence, sont des indicateurs de l’ambiance actuelle d’un parc ou d’une ruelle. Par exemple, les auteurs expliquent que compter le nombre de femmes dans un espace public est crucial. Il s’agit d’un indicateur du sentiment de sécurité.

Créer des cartes et tracer les parcours des usagers d’une rue, par exemple, permet à la fois de retracer les routines de circulation pour cibler les trottoirs surchargés ou délaissés. En bref, Svarre et Gehl cherchent à mettre de l’ordre dans nos observations pour les standardiser, mais ils rappellent aussi l’utilité du bon vieux calepin. Accessible à tous, la méthode classique du journal de bord permet de révéler des changements d’ambiance et de l’environnement physique, qui échappent bien souvent aux méthodes de comptage plus ciblées.

Retrouver des leviers d’actions collectives

Est-ce que ces méthodes peuvent vraiment influencer les décideurs ? Absolument, soutiennent les auteurs. Leur livre offre des pistes d’actions concrètes, mais aussi des exemples de réussites où leurs comptages et leurs dessins ont influencé un plan d’aménagement.

En guise de complément, les lecteurs curieux pourront trouver sur le site de l’Institut Gehl plusieurs exemples spectaculaires de l’application de ces méthodes. Par exemple, on y apprend qu’une étude de l’espace public à New York de Gehl Architects en collaboration avec le Département de Transports de la ville (NYC DOT) et l’équipe du J. Max Bond Center (JMBC) propulsa la création de 73 nouvelles plazas afin de doter des quartiers plus défavorisés d’espaces ouverts pour faire du sport, se détendre et se rassembler.

Processus de réalisation d’une étude de la vie dans l’espace public souligne l’importance du dialogue. Crédit image: Jan Gehl et Birgitte Svarre, La vie dans l’espace public. Comment l’étudier, Éditions Écosociété, 2019

Les organisateurs communautaires et les professionnels de l’urbain trouveront ainsi dans ce livre une série d’exemples et d’outils gratuits à ajouter à leur répertoire. Plus qu’une invitation aux citoyens à observer individuellement la ville avec leurs chronomètres et calepins, il s’agit d’un rappel des leviers à notre disposition pour créer collectivement des villes conviviales, équitables et en santé.



Ce sujet vous intéresse ?

Pour participer à ce mouvement, vous pouvez vous joindre à nous lors de la conférence donnée par Birgitte Svarre le 23 mai dès 17 h 30 à la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal (UdeM) : détails et inscriptions.

 

Pour le Gehl Institute et le Centre d’écologie urbaine de Montréal, la vie dans l’espace public constitue un moteur intentionnel de la conception et de l’animation des lieux publics et des politiques et des modes de gouvernance régissant nos espaces communs.

Crédit : Vidéo produite par le Gehl Institute, traduite et sous-titrée par le Centre d’écologie urbaine de Montréal.

* Ce texte a été réalisé en collaboration avec Julien Voyer, agent de projets et de participation citoyenne au Centre d’écologie urbaine de Montréal.