Partage de la route

Transport actif : « Petits Véhicules », grands changements

Le 16 juillet 2018

Après les vélos à assistance électrique, on voit maintenant poindre les trottinettes électriques, les planches à roulettes motorisées, les gyropodes sans guidons, les unicycles électriques et toute une gamme de transporteurs personnels à batterie qui vont bientôt, peut-être, se partager ou se disputer la voie publique.

Certains rêvent déjà que ces Petits Véhicules, qui sont tout sauf des voitures, s’imposent en tant que technologie disruptive dans les villes. Car, en bousculant l’archaïque paradigme de l’auto solo, ils pourraient bien permettre aux municipalités d’atteindre deux objectifs qui leur échappent encore : la réduction radicale de la pollution atmosphérique et la Vision Zéro. Autrement dit, la mobilité durable.

L’automobile, sur la voie de garage ?

En effet, ces Petits Véhicules partagent, à divers degrés, des caractéristiques qui les distinguent nettement de l’automobile. D’abord, ils sont bien plus légers et compacts. Ce qui prend tout son sens quand on les compare à l’auto solo – une tonne de métal et de plastique pour déplacer une seule personne. Ensuite, leur vitesse est limitée, disons à une échelle humaine, ce qui réduit d’autant les risques d’accidents mortels en cas de collision. Enfin, leur mode de propulsion repose sur l’énergie électrique et/ou musculaire, ce qui, lors de leur utilisation, ne produit aucune pollution atmosphérique (bien que pour leur recharge, les avantages soient variables selon les sources de production d’électricité).

Toutefois, avant que les usagers de ces Petits Véhicules n’atteignent une masse critique qui mettent à genou l’industrie automobile, de nombreux obstacles devront être surmontés. Certes, la miniaturisation des composantes moteurs ainsi que la densité énergétique accrue de batteries toujours plus légères et moins coûteuses ont changé la donne. Mais, malgré leurs gains en puissance et en autonomie, ces petits véhicules vont devoir prouver leur efficacité en toutes saisons, pour toutes sortes de déplacements et pour tous les types d’usagers.

Distance : 5 kilomètres en moyenne

Il existe déjà des options prometteuses de Petits Véhicules offrant une bonne protection contre les intempéries. Ce sont des tricycles à assistance électrique dotés d’une coque en plastique et pouvant même intégrer des portières. Capables de déplacer une charge totale de plus de 200 kg, incluant le conducteur, ils sont en mesure d’aisément concurrencer l’automobile en milieu urbain et même de se montrer plus efficaces, par exemple aux heures de pointe.

Bien que l’idée qu’un tricycle, même électrique, remplaçant une automobile puisse paraître extravagante, notons que, selon des statistiques américaines, près de la moitié des déplacements en voiture couvriraient moins de 5 kilomètres, une distance à la portée de tous les types de petits véhicules, y compris, bien sûr, d’une simple bicyclette actionnée à la force des mollets.

Le premier kilomètre et le dernier

Les tricycles motorisés dotés d’une coque de protection, et qui s’approchent le plus du concept de voiture automobile privée, moins la majorité de ses défauts, sont sans doute les plus lourds et les plus volumineux de ceux qui figurent dans la catégorie des Petits Véhicules. Mais d’autres sont de taille si réduite qu’ils peuvent, au besoin, être transportés par leur propre conducteur ! Il s’agit donc d’un mode de transport… transportable… via d’autres modes de transport !

C’est le cas de certaines trottinettes électriques repliables qui, tout comme les simples planches à roulettes, se hissent aisément à bord d’un autobus, d’un train ou d’un wagon de métro. Des Petits Véhicules qui s’imposent ainsi comme de sérieux candidats pour résoudre le fameux problème du premier et du dernier kilomètre : cette distance critique qui sépare un usager potentiel d’un arrêt d’autobus, d’une gare ou d’une station de métro, et au-delà de laquelle il risque d’opter pour la voiture au détriment du transport collectif.

Décongestion… routière

Selon les plus récentes statistiques, dans les grandes villes américaines, le secteur des transports est désormais le principal responsable des émissions de gaz à effet de serre. Une donnée qui ne résulte en aucun cas d’une mobilité plus efficace. Au contraire! Puisqu’une bonne partie de ces gaz à effets de serre sont produits par des véhicules immobilisés dans le trafic. Au point où, à New York, aux heures de pointe, il est plus rapide, et moins coûteux d’emprunter un vélo libre-service pour parcourir un trajet de 3 km que de héler un taxi.

On touche ici à un autre des avantages offerts par les Petits Véhicules. Non seulement ils ne produisent pas de gaz à effet de serre durant leur utilisation, en plus d’être très économiques à l’usage, tout en rivalisant de vitesse avec les automobiles, mais, ne l’oublions pas, ils occupent beaucoup moins d’espace sur la chaussée. On estime, d’ailleurs, que sur une même largeur de voie, le débit de bicyclettes peut être10 fois plus élevé que celui des voitures. Autrement dit, plus les utilisateurs de Petits Véhicules seront nombreux, moins les heures de pointe seront longues!

Cohabitation volontaire !

En Amérique du Nord, plusieurs villes accordent une place accrue aux vélos – ces pionniers parmi les Petits Véhicules – en multipliant les voies cyclables. Montréal, souvent qualifiée de Copenhague outre-Atlantique, malgré de louables efforts, ne parvient pourtant pas à bien répondre à la demande puisque certains axes sont régulièrement aux prises avec des bouchons de bicyclettes. C’est un premier problème.

D’autre part, des conflits de cohabitation toujours plus nombreux se manifestent entre différents modes de transports sur les pistes cyclables. C’est le cas plus récent des scooters électriques, sans pédales, ou à titre décoratif, et qui doivent être considérés comme des véhicules motorisés à part entière. De fait, en raison de leur vitesse de pointe élevée et de leur masse considérable, ces véhicules sont réputés faire courir des risques aux cyclistes en circulants sur les pistes cyclables, plutôt que sur la voie publique.

Et ce n’est que le début de négociations ardues à prévoir entre les différents usagers de Petits Véhicules, entre autres, et les autorités publiques. On peut songer, ici, aux planches à roulettes, encore associées à une forme de sport extrême pratiqué par les adolescents, sinon à un mode de vie marginal, mais dont le potentiel en matière de mobilité durable demeure largement sous-estimé et qui mériterait qu’on lui accorde une bien plus grande place sur la chaussée.

Or, qui sait ! La multiplication des usagers de Petits Véhicules, dont on appréhende la difficile cohabitation, est peut-être synonyme d’un beau problème… Car, plus ces utilisateurs seront nombreux, moins il y aura de voitures en circulation. Et, alors, parions qu’il y aura amplement plus d’espace à partager sur la chaussée pour accueillir tout ce beau monde! Dans une volonté de cohabitation empreinte de convivialité…