Mobilité durable

Autobus 2.0 : l’avenir du transport collectif!

Le 18 mai 2018

Souvent perçu comme un mal nécessaire, tant par ses usagers que les autres utilisateurs de la route, l’autobus, est en voie de connaître un retour en grâce à titre de mode de transport efficace, fiable, confortable et durable.

Qui n’a pas, un jour, alors qu’il faisait le pied de grue sur le trottoir, pesté contre le retard d’un autobus ? Ou s’est plaint, de la chaleur, du froid, de l’odeur de diesel ou d’être trop à l’étroit ? Sans oublier les trajets qui s’éternisent en raison, bien sûr, de la congestion automobile… Autant de raisons qui font de l’autobus le mal-aimé des utilisateurs du transport collectif.

Des inconvénients, mais…

L’autobus offre pourtant de nombreux avantages, même dans sa forme actuelle. Car c’est d’abord le moyen de transport qui permet de déplacer le plus grand nombre de personnes tout en occupant une modeste portion de la chaussée. Même les cyclistes ont besoin de plus d’espace que les passagers d’un autobus. De ce point de vue, de tous les transports de surface, l’autobus demeure celui qui peut le plus efficacement lutter contre la congestion routière.

Un autre avantage de ce mode de transport repose sur sa souplesse d’utilisation. Même si, idéalement, les autobus devraient circuler sur des voies réservées, ce n’est pas une condition sine qua non pour demeurer efficace. Cette capacité d’adaptation leur permet de facilement modifier un parcours à la suite de la fermeture inopinée d’une rue ou d’une avenue. En outre, selon une récente étude, c’est un système peu coûteux à exploiter et qui est facilement modulable en fonction de la demande.

Enfin, autre avantage, et non le moindre, le transport par autobus est beaucoup plus sécuritaire qu’il ne l’est en voiture, comme le montre une toute récente étude réalisée à Montréal. Non seulement les passagers d’un autobus s’exposent à des risques de blessure 4 fois plus faibles, mais les cyclistes et les piétons sont aussi moins susceptibles d’être happés par un autobus que par une voiture.

Retour vers le futur

Certaines sociétés de transport commencent à réaliser qu’elles ont sous-estimé les services rendus par les autobus et qu’elles ont trop longtemps négligé d’en faire une priorité. Par exemple, à New York, la durée des parcours n’a cessé d’augmenter en raison de la congestion automobile toujours plus lourde. Résultat : la Ville a constaté une désaffection de son service. Alors, pour la première fois depuis des décennies, tous les trajets d’autobus seront réexaminés afin de les optimiser et de nombreuses voies réservées leur seront allouées.

Ces solutions, bien connues, peuvent s’avérer encore plus efficaces avec l’aide des nouvelles technologies. La Société de Transport de Laval (STL) a ainsi déployé, sur son territoire, le Transit Signal Priority (TSP). Il permet aux autobus de « demander », en fonction du nombre de passagers, à son bord une priorité de passage aux feux de circulation (prolongation du feu vert ou raccourcissement du feu rouge) grâce à un ordinateur de bord capable de déterminer, en temps réel, si le véhicule est en retard, à l’heure ou en avance.

Ces Mesures préférentielles pour bus (MPB), qui privilégient la fluidité du transport collectif aux dépens de l’auto solo, commencent à devenir la norme dans plusieurs villes. Par exemple, d’ici quelques semaines, a appris 100º, ce sera au tour de la Société de Transport de Montréal (STM) de tester une technologie similaire sur certains feux de circulation. Cette mesure, qui, à terme, devrait nettement améliorer la ponctualité du service, ne représente d’ailleurs qu’une des nombreuses innovations du projet iBus que la STM s’affaire à déployer sur l’ensemble de son réseau.

L’information en temps réel

À une époque où chaque minute compte, la mobilité durable doit se conjuguer avec la mobilité intelligente. À partir des données ouvertes des services de transport, nombre d’applications mobiles peuvent calculer un itinéraire en une fraction de seconde. Dans certaines villes, comme Laval, ou Québec, dont les flottes d’autobus sont équipées de GPS, l’usager peut suivre en temps réel la progression du véhicule qu’il souhaite emprunter. Et ce service intelligent n’est pas que l’apanage des grandes agglomérations. En Montérégie, par exemple, 12 municipalités se sont alliées pour déployer de ce genre de technologie sur leurs autobus.

L’accès à ces informations en temps réel n’est d’ailleurs pas réservé qu’aux seuls utilisateurs de téléphones intelligents. À bord des autobus, des panneaux à messages variables permettent de transmettre des renseignements pratiques aux usagers, comme le nom du prochain arrêt. Et aux arrêts les plus achalandés, des bornes affichent des informations sur les prochains départs et arrivées des autobus, y compris les retards qui surviennent occasionnellement en période de pointe. L’accès à ces informations bonifie considérablement l’expérience de l’utilisateur qui peut ainsi planifier plus facilement ses déplacements, ou encore adapter son parcours en fonction des situations.

Demain l’autobus

Depuis quelque temps, les voitures autonomes défraient régulièrement la chronique. Plusieurs considèrent que ces véhicules sans conducteur vont révolutionner la mobilité et résoudre les problèmes de congestion. Pourtant, c’est l’autobus qui a déjà une longueur d’avance en ce domaine. Déjà des navettes autonomes capables de transporter une quinzaine de passagers sont testées dans certaines banlieues des villes américaines. On les présente d’ailleurs comme la solution idéale au problème du « premier et du dernier kilomètre », un obstacle récurrent au développement du transport collectif et de la mobilité durable.

Crédit : Rama

Ces navettes, dédiées au microtransit, illustrent un autre des avantages du transport par autobus. Car, en fonction de l’achalandage et du réseau routier, il est possible d’utiliser des véhicules de tailles et de configurations très variables. Bien sûr, les autobus articulés ou les autobus à deux étages font déjà partie du paysage. Mais bientôt, des parcours pourraient accueillir ce que certains appellent des trains terrestres : des autobus à double articulation qui font près de 30 mètres de long!

Outre l’autonomie, l’autobus se prête tout particulièrement bien à la conversion électrique, le nec plus ultra de la mobilité durable. Cette électrification du transport par autobus est déjà amorcée dans des villes comme ChicagoWashington DC ou Saint-Louis. Et tout récemment, San Francisco annonçait sa volonté d’électrifier toute sa flotte d’autobus d’ici 2025.

Une question de tarification

Le mode de perception ou de validation des titres de transport peut nuire à l’efficacité du transport par autobus. À New York, il sera ainsi bientôt possible pour les usagers, comme cela se fait ailleurs dans le monde, de monter à bord d’un véhicule par toutes les portes et de valider ensuite son titre de transport grâce à la présence de quelques bornes électroniques. Certains gros joueurs dans le domaine de l’informatique et des transactions bancaires sont déjà à la recherche de solutions encore plus sophistiquées.

Mais si la véritable solution passait tout simplement par la gratuité ? L’autobus combinerait alors tous les avantages pour devenir le moyen de transport de surface par excellence. Une idée au demeurant moins farfelue qu’il n’y paraît puisque la Ville de Paris vient justement de lancer une étude de faisabilité dans l’optique d’offrir un système de transport collectif gratuit pour tous !