Interventions économiques

Taxer les aliments pour encourager une saine alimentation: une mesure efficace ?

Le 26 mai 2017

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) vient tout juste de publier un portrait des mesures économiques les plus efficaces pour favoriser de saines habitudes alimentaires. La taxation des produits malsains arrive en tête de liste.

En matière de saine alimentation, les décideurs peuvent choisir de modifier l’environnement alimentaire dans lequel évoluent les citoyens, par exemple en adoptant des politiques alimentaires ou en finançant des projets d’agriculture urbaine. Mais ils peuvent aussi modifier directement ou indirectement le prix des aliments.

Les auteurs de cette synthèse ont scruté les résultats de 200 études. Ce document offre donc aux décideurs et aux acteurs de la santé publique un portait des différents instruments économiques disponibles pour inciter les citoyens à acheter plus d’aliments sains et moins de produits malsains.

Taxer ? Oui !

La taxation des boissons sucrées et d’autres aliments à faible valeur nutritive est l’intervention économique la plus étudiée (102 études). Dans plus de 80 % des cas, les études ont conclu que la taxation fondée sur des critères nutritionnels menait aux effets positifs attendus, par exemple une réduction de la consommation des aliments visés par la taxe.

Subventionner ? Oui !

Panier de légumes

L’INSPQ a scruté 69 études mesurant l’impact des subventions ou des rabais sur les produits sains, dont 25 portaient sur l’achat de fruits et légumes. Les deux tiers de ces mesures ont eu les effets désirés.

La distribution sans frais, ou à prix réduit, de fruits et légumes dans les écoles a fait l’objet de dix études. La majorité indiquait une augmentation de la consommation de fruits et légumes chez les élèves à la suite de cette intervention.

Un effet plus marqué sur les ménages moins nantis

La synthèse de l’INSPQ inclut 49 études ayant vérifié si l’impact de ces mesures économiques variait selon le statut socio-économique des ménages ou des individus. Dans la majorité des cas, qu’il s’agisse d’une taxe sur les aliments malsains ou d’une subvention pour l’achat d’aliments sains, les chercheurs ont observé un effet positif plus marqué sur l’alimentation des ménages les moins nantis.

« Seule la combinaison d’un éventail d’actions et de politiques publiques au niveau local, régional, provincial et fédéral, ciblant les environnements économiques, physiques, socioculturels et politiques, permettra une amélioration majeure de nos habitudes alimentaires. »

Le fait que les personnes défavorisées soient plus sensibles à l’augmentation des prix qu’entraîne la taxation, soulève des questions concernant l’équité et le caractère régressif de cette mesure. Les auteurs des études recommandent généralement que les revenus générés par ces taxes financent des interventions qui ciblent les populations défavorisées telles que des subventions pour l’achat de fruits et légumes.

Notez que dans la grande majorité des 16 publications qui comportaient une dimension d’évaluation économique, le ratio coût-efficacité de la taxation s’est avéré avantageux.

De plus, comme l’a rapporté Cent degrés, une méta-analyse publiée en mars dernier concluait que la diminution du prix des aliments sains et la taxation des produits malsains sont des stratégies efficaces pour inciter les populations à mieux manger.

La synthèse de l’INSPQ permettra notamment à des chercheurs d’examiner la faisabilité et l’impact anticipé de certaines mesures au Québec. Selon L’INSPQ, le fait que la taxation des boissons sucrées soit mentionnée dans la Politique gouvernementale de prévention en santé ouvre la porte à la réalisation de telles études dans un avenir rapproché.

Source : Blouin, Chantal. Les instruments économiques pour favoriser la saine alimentation : synthèse des connaissances. Institut national de santé publique du Québec. Direction du développement des individus et des communautés, mars 2017.

Résumé publié en septembre 2017 :  Les taxes et les subventions pour favoriser la saine alimentation. TOPO, numéro 15 – Septembre 2017.



Aller plus loin que la taxation

La synthèse de l’INSPQ mentionne qu’en 2015 l’agence Public Health England, a produit un rapport sur les interventions à mettre en œuvre afin de réduire la consommation de sucre. L’agence suggère, entre autres, de limiter les promotions sur les prix des produits à haute teneur en sucre, en sodium ou en gras que ce soit dans les épiceries, les restaurants ou les commerces. En revanche, l’agence suggère d’encourager les promotions sur le prix des aliments plus sains. Elle recommande également d’appliquer cette politique sur les aliments à haute teneur en sodium et en gras.